Le designer André Dufour s’est porté volontaire pour une création in situ sur des mannequins jalonnant l’Avenue de la mode du Salon des métiers d’art.

L’art de ne pas se démoder

CHRONIQUE / Comme ça, il y a encore quelque part dans le fin fond de la boîte à bois quelques petits préjugés pognés en paquet au sujet des salons des métiers d’art ? Ça sonne le vieux ? Le passé date ? L’ancien temps ? Ah ah. Il est temps que tu te mettes à la page mon ami.

On est loin de la nuisette à boîtes de mouchoirs en phentex, je le précise d’emblée, et ceci étant dit avec tout l’amour du monde pour les couvre-boîtes de papier mouchoir.

Petite visite mardi au Centre de foires, où ça fourmillait joyeusement dans les 60 kiosques du Salon qui lance aujourd’hui sa 28e édition, un exploit en soi à une époque d’achat en ligne et du prêt-à-jeter fabriqué à l’autre bout du monde qu’on rêvera de remplacer à peine l’aura-t-on acheté.

Ça fourmillait donc joyeusement, disait-on, les artisans et leur garde rapprochée s’employant à convertir chaque petit espace de contreplaqué en lieu de rencontres chaleureux et invitant pour mettre en lumière non seulement leurs réalisations, mais aussi cette passion qui les anime. Qui les anime suffisamment pour avoir décidé de vivre de cette passion, de ce talent, de ce besoin de créer du beau et du bon avec leurs mains et leur imagination.

« Ce n’est pas parce que tu bricoles à la maison que ça devient un métier d’art, rappelle la présidente de la Corporation des métiers d’art du Québec en Estrie, Diane Ferland.

« Les artisans qui se retrouvent dans les salons des métiers d’art du Québec sont des professionnels, il est temps qu’ils soient reconnus comme tels, poursuit encore Diane Ferland. On trouve normal quand on va chez le fleuriste de payer en fonction d’un salaire, de services et de frais à payer. C’est la même chose pour un artisan ou un métier. C’est un métier, il gagne sa vie ainsi, on doit y associer une notion de revenus. »

Elle dit ça, Diane Ferland, parce qu’elle entend souvent les gens s’étonner du prix de certaines pièces qui se retrouvent en kiosques du Salon ou sur les étals de la boutique de la Corporation, rue Frontenac au centre-ville de Sherbrooke. Payer quelques dizaines ou une centaine de dollars pour un bijou, une pièce de céramique ou une lampe fabriqués par un artisan quand on peut s’offrir pour une poignée de change une babiole made in n’importe où fait par des jeunes à presque pas de salaire, c’est sûr que ce n’est pas la même affaire. Dans l’éthique, déjà, on ne va pas se faire de dessin là-dessus, mais aussi dans la valeur réelle de l’objet, du geste derrière l’objet, de la personne à l’origine du geste.

« On s’offre alors un plaisir qui est durable dans le temps, assure Diane Ferland. Quinze ans après l’achat, l’objet nous procure encore autant de plaisir, de satisfaction. C’est même un objet que l’on peut léguer, que nos enfants et petits-enfants voudront recevoir et posséder à leur tour. »

Je ne ferai pas ici avec vous le tour des 60 kiosques du Salon version 2018, je vous laisse le plaisir de la découverte, mais la fille de bois en moi fait dire que vous ne pourrez pas manquer à l’entrée les kiosques presque côte à côte de Ghislain Rattelade et de Gilles McInnis, deux ébénistes de feu dont les créations vous convaincront de jeter au feu pas mal tous vos préjugés sur les salons des métiers d’art.

Et si jamais il vous en reste après être passé par là (ça n’arrivera pas), sachez qu’on a créé en grande première cette année l’Avenue de la mode où une bonne demi-douzaine de mannequins sur pied ont été habillées par des créateurs du Salon, André Dufour et France Ménard pour ne pas les nommer.

Ça sonne vieux ? Passé date ? Ancien temps ?

Non, ça sonne très tendance. Mais de ces tendances qui durent dans le temps, comme le Salon.

Le Salon des métiers d’art débute ce mercredi 29 novembre et prendra fin dimanche 3 décembre.