Hugues Grimard, Philippe Pagé et André Bachand

L’après-Vallières

CHRONIQUE / En choisissant de ne pas être candidate à l’élection d’octobre, la députée de Richmond, Karine Vallières, a assurément pris de court le premier ministre Philippe Couillard et ses organisateurs de premier niveau.

Les libéraux provinciaux se doivent d’anticiper depuis plusieurs mois une possible, osons même dire une probable rupture avec l’histoire dans Brome-Missisquoi avec le départ du vétéran Pierre Paradis. Mais voilà qu’un autre de ses châteaux forts de l’Estrie pourrait basculer.

Mme Vallières a passé le test de la transition familiale avec justesse en 2012, ayant succédé à son père Yvon avec une courte majorité de 269 voix. Mais rappelons-nous que c’est l’élection au cours de laquelle Jean Charest a été chassé du pouvoir et a été battu dans sa circonscription de Sherbrooke.

S’ajoutait à ce contexte défavorable, une reconfiguration qui sortait la famille Vallières de sa « zone de confort » avec la greffe des électeurs du noyau urbain de l’arrondissement de Rock Forest-Saint-Élie-Deauville à ceux du Val-Saint-François et de la MRC des Sources, qui auront été fidèles au père et à la fille durant plus de 35 ans. Sa majorité portée à 5657 voix en mars 2014 a démontré que Mme Vallières avait forgé sa propre identité politique en à peine deux ans.

Son départ inattendu, basé sur le désir de vivre l’étape charnière de l’adolescence avec ses deux filles, amplifie les tracas du changement de garde avec lequel les libéraux de la région doivent déjà composer en raison de l’âge de leurs députés sortants. Il y a une semaine, caquistes, péquistes et solidaires ne fondaient sûrement pas de très grands espoirs de s’emparer de Richmond. L’après-Vallières change la donne.

Pour tenter de préserver l’image de marque, les libéraux solliciteront le maire d’Asbestos, Hugues Grimard, un proche s’étant investi dans plusieurs campagnes électorales d’Yvon Vallières. De même, sa familiarité et sa complicité avec la politicienne de deuxième génération étaient sans équivoque.

« La décision de Karine m’a scié les deux jambes. Suis-je intéressé par la politique provinciale? Bien sûr, mais ça me bouscule un peu. Moi, j’ai aussi une jeune fille. Outre le volet familial, je pilote plusieurs dossiers que j’aimerais rendre à terme. Mon expérience de président de la table des préfets de l’Estrie serait par contre sans doute utile pour faire avancer des dossiers à Québec. Je vais y réfléchir » m’a répondu le maire Grimard, qui est aussi préfet de la MRC des Sources.

Le nom de l’ex-conseiller municipal Bruno Vachon circule dans les rangs caquistes depuis sa défaite aux élections de novembre à Sherbrooke. M. Vachon réside à Deauville, donc dans la circonscription de Richmond.

François Legault pourrait cependant lui préférer André Bachand, un autre « agent libre » frayant ouvertement avec les caquistes lors d’activités publiques. M. Bachand est moins connu que M. Vachon à Sherbrooke, mais il a le net avantage d’avoir représenté les secteurs de Windsor, Richmond et Asbestos à Ottawa. Il a également été maire d’Asbestos.

En plus d’apporter notoriété et expérience au sein de l’équipe estrienne de la CAQ, M. Bachand pourrait être la caution d’un pouvoir décentralisé que les villes périphériques continueront à exercer. À l’opposé, le choix de M. Vachon pourrait nourrir des craintes d’une concentration du pouvoir politique à Sherbrooke. Aucun d’eux n’a retourné mon appel.

Le jeune maire de Saint-Camille, Philippe Pagé, était déjà le candidat péquiste pressenti dans Richmond. Lorsque je l’ai questionné, la semaine dernière, il disait y songer, sans plus. Voilà que son temps de réflexion vient d’être écourté.

« J’ai récemment rencontré Mme Vallières pour discuter de dossiers municipaux et je n’ai détecté aucun signe avant-coureur de son départ. J’en suis aussi très surpris. Je devrai me fixer d’ici un ou deux mois, car pour espérer gagner il faut partir. J’ai également le souci de ne pas vouloir entretenir l’ambiguïté ou le doute quant à mon engagement comme maire de Saint-Camille », répond M. Pagé.

Le PQ a terminé deuxième dans Richmond à l’élection de 2014, à 14 points des libéraux. Son score de 27 % a été cinq points de mieux que celui de la CAQ. Sa candidate Colombe Landry n’ayant récolté que 7 % des voix au dernier scrutin, Québec solidaire a une bonne pente à remonter pour espérer l’emporter.

Avec deux circonscriptions sûres se retrouvant plutôt au ballotage, la forteresse libérale de l’Estrie est vulnérable. Comme les deux longent le corridor des vents qui seraient favorables à la CAQ, c’est doublement inquiétant pour les libéraux.