L’affaire de personne

CHRONIQUE / «Bravo pour votre chronique que je lis à chaque parution. Mon questionnement concerne certaines tournures négatives. Que penser des "il n’y a pas personne", "personne ne veut pas", "il y a longtemps que je n’ai pas mangé", "ça fait longtemps que je ne l’ai pas fait "?» (Gilles Vachon, Saint-Michel-de-Bellechasse)

Avant tout, je vous précise que les réponses proviennent de chroniques antérieures, publiées respectivement le 13 mai 2005 et le 15 avril 2011. Si je le mentionne, c’est parce que je ne veux pas me faire accuser par les lecteurs plus assidus de vous servir du réchauffé en catimini. Or, d’autres amateurs de la chronique ont perçu ces dates comme un reproche, comme si j’étais frustré qu’ils ne se souviennent pas que j’avais déjà répondu à ces questions. J’espère que mes intentions sont maintenant claires pour tout le monde.

Donc, doit-on dire «il y a longtemps que je t’ai vu» ou «que je ne t’ai pas vu»? «Le bon usage» de Grevisse et Goosse m’indique qu’il faut utiliser cette expression à la forme négative. «Il y a longtemps que je ne t’ai pas vu» veut dire «je ne t’ai pas vu pendant longtemps» ou «j’ai été longtemps sans te voir».

Malheureusement, on a tendance à croire que cela signifie «il s’est passé beaucoup de temps depuis la dernière fois que je t’ai vu», d’où la tentation de laisser la phrase à la forme affirmative.

Mais j’ai un truc pour vous : remplacez «longtemps» par «une semaine», «trois mois» ou «cinq ans». Direz-vous «cela fait une semaine que je t’ai vu» ou «que je ne t’ai pas vu»?

Je suis assez certain que, d’instinct, vous serez enclin à choisir la deuxième option.

Poursuivons avec le pronom indéfini «personne». Il faut être très prudent avec les doubles négations, qui parfois s’additionnent pour exprimer l’inverse, parfois non.

Ainsi, «ne» et «pas», lorsqu’ils sont utilisés ensemble, sont considérés comme un seul et même adverbe de négation. Idem avec «ne» et «personne».

On dira donc «il n’y a personne» ou, dans la langue familière (qui fait ellipse du «ne»), «y a personne». Dire «il n’y a pas personne», c’est additionner deux négations, ce qui équivaut à dire «il y a quelqu’un». Dans le même sens, «personne ne veut pas» signifie «tout le monde veut». En fait, «personne» et «pas» ne s’utilisent jamais ensemble.

Par contre, avec les mots «jamais», «plus» et «rien», «personne» reste de l’ordre de la négation simple.

«Personne n’a jamais réalisé un tel exploit.»

«Il n’y a plus personne ici.»

«Personne ne peut rien faire.»

Il y a des cas où «personne» veut dire «quiconque», «quelqu’un». Le mot est alors utilisé sans «ne».

«Tu le connais mieux que personne.»

«Elle s’est faufilée sans se faire voir de personne.»

«Il ne croyait pas rencontrer personne de son village [le «ne pas» est ici rattaché à «croyait» et non à «rencontrer»].»


Perles de la semaine

Cette semaine, des perles du jeu-questionnaire télévisé français «Le maillon faible». Les concurrents qui ont donné ces réponses ne peuvent mieux seoir à ce titre.


«Quel fleuve traverse Budapest, la capitale de la Hongrie?»

Le Rio Grande.


«Qui fut maire de Paris de 1977 à 1995?»

Louis XIV.


«David Douillet est ceinture noire de...»

Rugby.


«Comment appelle-t-on les habitants de l’Australie?»

Les australopithèques.


«Comment appelle-t-on les habitants de Périgueux?»

Les Péruviens.


Source : «L’intégrale des perles», Sébastien Lebrun, City Editions, 2007.


Questions ou commentaires? Steve.bergeron@latribune.qc.ca.