Il faut certes revoir nos modes de consommation, mais la solution à de tels désastres écologiques passe par une valorisation à la même échelle. Par des innovations comme celles nous permettant aujourd’hui de traiter plus efficacement nos eaux usées avec le souci de ne plus jamais exposer cette ressource précieuse aux abus du passé.

La vigilance en vrac

Un collègue a récemment trouvé une vis dans une salade de brocoli achetée au comptoir du prêt-à-manger d’un supermarché de Sherbrooke. Son plat a vite été remplacé, et avec des excuses.

Des vérifications en sa présence ont d’autre part démontré que la pièce de quincaillerie ne correspondait à aucune des composantes de l’aire de travail où les mets sont préparés. L’erreur aurait donc été celle d’un fournisseur.

Un autre mystère non résolu, à plus petite échelle et à moindre résonnance que la carcasse de rongeur qu’une cliente de la chaîne Normandin avait découverte il y a quelques années dans son assiette. Ou que l’énigmatique cathéter dont personne n’a pu expliquer la présence dans un contenant de crème glacée de la Laiterie de Coaticook, acheté l’été dernier en Mauricie.

Rappelons que dans ce cas, ayant pu rapidement démontrer l’efficacité de son système de contrôle de qualité, l’entreprise coaticookoise avait été blanchie au terme d’une brève enquête de l’Agence canadienne d’inspection des aliments.

Intégrée au processus de mise en marché pour la viande ainsi que pour une multitude d’autres produits alimentaires, la traçabilité s’avère une police d’assurance autant qu’un instrument de marketing­ pour les compagnies orientée vers la consommation de masse.

Des émissions télévisées telles Comment ça marche ou sa version adaptée On va se coucher moins niaiseux, ayant attiré l’humoriste Mario Jean comme animateur dans une entreprise québécoise de pâtes alimentaires, nous montrent le débit ainsi que la précision obtenue sur les chaînes de production grâce à la mécanisation.

Sans prétendre que la Sherbrookoise Karyne Blanchette vit d’ambition de freiner cette immense roue avec sa seule demande de pouvoir réutiliser ses contenants personnels pour l’achat de produits en vrac dans les supermarchés, c’est le contexte général dans lequel sa requête a été exprimée. C’est pourquoi il est peu étonnant qu’elle ait reçu un accueil plutôt tiède de la part de la direction de la chaîne Sobeys (propriétaire de la bannière IGA).

Mme Blanchette y voit un geste bénéfique pour lutter contre l’omniprésence du plastique que nous récupérons en grande quantité au Québec mais pour lequel le taux de recyclage est beaucoup moindre. Les attentes de la jeune femme se butent cependant aux préoccupations de sécurité et de salubrité dont les autorités fédérales et provinciales se font gardiennes avec des règlementations ne pouvant être appliquées en vrac, selon le niveau de tolérance de chacun.

L’an dernier, 36 commerces du secteur alimentaire de l’Estrie ont écopé d’amendes totalisant 26 750 $ pour des infractions aux règles édictées, la plus commune étant une sanction de 250 $ « pour avoir détenu pour la vente, un produit altérable à la chaleur sans le maintenir constamment à une température interne et ambiante ne dépassant pas 4 degrés Celsius jusqu’à sa livraison au consommateur ».

De la crème à café trop tiède ou des œufs laissés trop longtemps sur le bord de la plaque de cuisson peuvent valoir mauvaise presse à un commerçant, en plus de la pénalité financière.

Nos normes sont strictes, à croire parfois qu’elles tiennent de la paranoïa. Mais gardons en mémoire que des milliers de personnes âgées sont mortes de la bactérie C. difficile dans nos hôpitaux québécois avant l’admission par les autorités que cette clientèle vulnérable pouvait être mieux protégée avec de meilleures pratiques d’hygiène interne et un entretien ménager plus minutieux. C’était avant qu’on se mette à compter les victimes de coup de chaleur une à une pour se donner bonne conscience...

Tout à fait d’accord avec Mme Blanchette ainsi qu’avec toutes les autres personnes prêtes à s’investir afin que cesse la pollution causée par le plastique et ses dérivés. Les océans souillés, sur lesquels il faudra envoyer des bateaux-usines pour espérer un jour recycler ces matières premières, sont un miroir de honte.

Mais la lecture d’un rapport scientifique produit à la demande de Recyc-Québec et publié en décembre dernier appelle au discernement en même temps qu’à la bonne volonté. Les auteurs concluent que le bannissement des sacs de plastique n’est pas un remède miracle. Pas plus que l’usage de sacs réutilisables en coton qui, selon eux, « nécessiteraient entre 100 et 2954 utilisations afin que son impact sur les indicateurs environnementaux de cycle de vie soit équivalent à celui du sac en plastique conventionnel ».

Il faut certes revoir nos modes de consommation, mais la solution à de tels désastres écologiques passe par une valorisation à la même échelle. Par des innovations comme celles nous permettant aujourd’hui de traiter plus efficacement nos eaux usée avec le souci de ne plus jamais exposer cette ressource précieuse aux abus du passé.