Selon une étude de la firme Cisco, près de 90 % des jeunes Canadiens consultent leur téléphone intelligent avant même d’avoir mis un pied hors du lit.

La vie sans écrans

CHRONIQUE / L’idée m’a traversé l’esprit alors que nous étions chez ma sœur, l’autre jour, avec le beau-frère, les cousins, les cousines… Nous étions rassemblés autour de la table, riant et parlant fort, à jouer à ce jeu de dés qui ressemble au bridge et dont j’oublie le nom. C’était le bonheur et je me suis dit : on est-tu bien, des fois, sans nos écrans.

Tout à coup, il n’y avait plus que le plaisir d’être ensemble qui comptait. Sans sonnerie pour interrompre à tout moment les conversations. Sans les regards furtifs sur le cellulaire pour vérifier une liste de courriels, un statut Facebook ou la dernière notification qui vient d’entrer.

Il ne s’est rien passé de spécial pour qu’on en arrive là, à jouer en famille avec un bon vieux jeu de table traditionnel. Personne n’a pris formellement la résolution de se déconnecter pour le temps des Fêtes. C’est plutôt comme si les traditions d’avant Internet et des médias sociaux avaient repris le dessus. Les téléphones intelligents et autres tablettes ont pris le bord tout naturellement, le temps de quelques heures.

Oui, ça faisait du bien.

Je ne dis pas ça pour faire la morale à quiconque. Je serais bien mal placé pour le faire. J’aime les écrans, j’adore les écrans. Ce sont de merveilleuses bébelles qui nous connectent comme jamais sur le monde. J’y passe des heures à jouer aux échecs, à regarder du squash ou des séries sur Netflix, à lire des journaux, à dévorer des romans de Deon Meyer ou de Hjorth et Rosenfeldt. Parfois jusqu’à tard, bien trop tard !

J’aime les écrans, mais je trouve qu’on a une relation compliquée avec nos machines. Il y a toujours un moment où notre rapport avec la tablette ou l’ordinateur se teinte de culpabilité. Un moment indéfinissable où on franchit la ligne. Où le plaisir pur devient un plaisir coupable. Par exemple, quand on décide de visionner un cinquième épisode d’affilée sur Netflix, alors qu’il est rendu une heure du matin, un soir de semaine, et qu’on travaille le lendemain.

Je trouve que la gestion des écrans est encore plus compliquée avec les enfants. On entend de plus en plus parler d’hyperconnectivité, voire de cyberdépendance. Radio-Canada citait une étude de la firme Cisco l’autre jour : près de 90 % des jeunes Canadiens consultent leur téléphone intelligent avant même d’avoir mis un pied hors du lit. Un jeune Québécois sur cinq utiliserait Internet de matière problématique, estime Capsana, une organisation qui fait la promotion de saines habitudes de vie.

Comment fais-tu pour gérer le temps sur les écrans de tes enfants quand toi-même, comme parent, tu passes un temps interminable à vérifier tes courriels, flâner sur les médias sociaux et jouer aux échecs ? Comment fais-tu pour trouver l’équilibre impondérable entre le plaisir pur et le plaisir coupable ? Surtout quand c’est rendu, toujours selon l’étude de Cisco, que plus d’un adulte sur deux utilise son appareil intelligent dans la salle de bain. Dans mon jeune temps, on lisait plutôt de vieilles éditions du Sélection du Reader’s Digest

Capsana propose de prendre des pauses. L’organisme a lancé, en novembre, une campagne pour faire la promotion d’une utilisation « juste et équilibrée » d’Internet. Tout ça avec le soutien du Secrétariat à la jeunesse. La campagne s’appelle justement PAUSE et elle souligne l’importance de se déconnecter régulièrement. Ne serait-ce que pour en ressentir les effets sur notre organisme. Si le manque nous rend irritables, malheureux ou anxieux, c’est peut-être le signe qu’une pause s’impose. Le temps d’une partie de dés en famille, tiens.