Une nouvelle prétendante se pointe chez les libéraux fédéraux alors qu’Élisabeth Brière veut devenir la candidate de Justin Trudeau pour la circonscription de Sherbrooke. Si Claude Belleau a renoncé, Edwin Moreno a les mêmes ambitions que Mme Brière.

La valeur d’une photo avec Justin

CHRONIQUE / Justin Trudeau et les ministres de son cabinet passeront quelques jours en caucus à Sherbrooke pour agencer le calendrier parlementaire avec la stratégie électorale sur laquelle le chef du Parti libéral du Canada (PLC) misera pour obtenir un deuxième mandat.

N’attendons que très peu de discussions nationales dont la teneur nous sera dévoilée au compte-gouttes suivant un plan déjà bien défini.  

D’un point de vue local, le premier ministre Trudeau ne pourra se soustraire aux dossiers d’actualité que sont la disparition d’Édith Blais au Burkina Faso ou la sourde oreille des Saoudiens pour obtenir la libération du blogueur Raif Badawi. Sauf qu’à moins de développements inattendus dans l’un ou l’autre de ces cas, il s’en tiendra à des généralités que nous avons déjà entendues.

En dehors de l’officiel, quel coup d’éclat nous réserve Justin Trudeau?

Aventurier et maître du divertissement, le PM chaussera-t-il les skis à Orford ou à Owl’s Head afin de se montrer plus alerte que ses rivaux? Se rendra-t-il dans les vestiaires de hockeyeurs de 7 et 8 ans participant à leur premier tournoi dans le cadre du Novice-O-Rama? La recette de l’originalité est si payante pour le chef libéral, y compris lorsqu’il voyage à l’étranger, que ce sera une surprise si elle n’est pas au menu de la semaine.

C’est à titre de conférencier que M. Trudeau se présentera au coquetel de financement qui aura lieu à l’hôtel Times, mercredi soir. Mais encore là, je parierais qu’il passera plus de temps sur le plancher à offrir des poignées de main ou des opportunités de photo aux partisans qui auront déboursé 400 $ qu’à discourir au micro sur les valeurs libérales.

Chose certaine, Élisabeth Brière fera le tour de sa garde-robe en fin de semaine pour choisir les vêtements qu’elle portera lors de son baptême politique. La notaire de 50 ans est en cabale pour devenir candidate libérale de la circonscription de Sherbrooke.

« Ma décision n’est pas définitive, mais disons que la température est très élevée sur le thermomètre des probabilités. En effectuant mon jogging matinal autour du lac des Nations, l’image de deux locomotives s’apprêtant à quitter la gare avec un long convoi est devenue mon leitmotiv politique : j’aimerais être l’une de ces locomotives et unir mes forces à celles du parti. Dans ce contexte, j’espère bien sûr pouvoir me présenter à M. Trudeau mercredi soir... » a avoué à La Tribune la professionnelle de droit qui est associée senior au sein du même cabinet que son mari François Sylvestre.

Me Brière n’a jamais milité en politique. À ce jour, elle s’est davantage investie auprès d’organismes communautaires comme la Maison Aube-Lumière, dont elle assure la présidence.

Celle qui sort de l’ombre n’aura pas à se mesurer au directeur général d’Estrie Aide, Claude Belleau, qui avait déclaré publiquement son intérêt et qui a multiplié les consultations pour mesurer ses appuis.

« Personne ne m’a dissuadé, c’est moi qui me suis désisté. La perception à l’égard des politiciens est trop sévère et trop négative. J’ai actuellement des défis qui conviennent parfaitement au rythme de vie que je veux m’imposer comme semi retraité », a conclu au terme de sa réflexion l’ancien chargé de projet de l’Agence canadienne de développement international (ACDI).

M. Belleau a des affinités très évidentes avec les libéraux fédéraux puisque sa conjointe est à l’emploi de la ministre Marie-Claude Bibeau. Toutefois, comme membre de l’équipe économique de Luc Fortin et à titre de collaborateur de Bernard Sévigny, M. Belleau a également été proche témoin des défaites amères subies l’automne dernier par l’ex-ministre provincial et, un an plus tôt, par l’ancien maire.

La voie n’est pas libre pour autant. Devancé par Tom Allen lors de l’investiture de 2014, Edwin Moreno entend bien cette fois être le choix des militants libéraux dans Sherbrooke.

« Je suis entouré d’une bonne équipe et notre travail auprès de nos 450 membres est entrepris depuis plusieurs mois. Même si Élisabeth Brière arrivait avec une étiquette de vedette, ça ne me dérange pas », commente l’aspirant qui préside la Fédération des communautés culturelles de l’Estrie.

À la suite de récentes élections, près des trois quarts des sièges à l’exécutif du PLC de Sherbrooke sont occupés par des Néo-Canadiens.

« Il n’y aura pas de lutte identitaire. L’objectif premier est de mettre fin au rejet d’un parti ayant longtemps représenté les Sherbrookois à Ottawa. Pour cela, ça prend de la continuité dans l’action et pas juste une implication le temps d’une campagne », juge le nouveau président, Matamba Henry M’Batika.

Au dernier scrutin fédéral, les libéraux ont pris le deuxième rang dans Sherbrooke avec 30 % des voix, huit points de moins que le député sortant, Pierre-Luc Dusseault.

Pour préparer sa troisième bataille électorale, le premier souci du député Dusseault a été de se trouver un directeur de campagne pour remplacer Pierre Tardif qui, dans le même rôle, a frappé le mur provincial avec Luc Fortin.

« J’ai en mon ami Harun Jasarevic un homme qui saura orchestrer une campagne aussi efficace que celle ayant assuré ma réélection il y a quatre ans. Ce n’est pas parce que le parti éprouve des difficultés au national que la bataille est perdue dans Sherbrooke, loin de là. Il y a des similitudes entre nos propositions progressistes et celles de Québec solidaire, notamment en matière d’environnement. L’élection de Christine Labrie est plus positive que négative pour moi », considère le député néo-démocrate.

« Nous ne nous engageons pas dans la reconstruction du parti avec l’intention de n’être que des figurants dans Sherbrooke l’automne prochain. Nous avons l’ambition de reprendre le comté nous ayant déjà appartenu », lance à son tour le président du Bloc québécois de Sherbrooke, Marc Boulianne, à la veille de la première réunion régionale sur le repositionnement.

« Mes consultations dans Sherbrooke sont très positives. Nous vous surprendrons », annonce lui aussi le député de Richmond-Arthabaska, Alain Rayes, le lieutenant québécois se chargeant de recruter les candidats chez les conservateurs.

Ben cou donc, commençons l’année avec l’hypothèse que Sherbrooke pourrait s’avérer, en 2019 au fédéral, la boîte à surprises qu’elle l’a été depuis 15 mois au municipal, puis au provincial!