Les agents de protection de la faune ont frappé pour la quatrième fois en 17 ans chez des braconniers sévissant au lac Memphrémagog. Ils sont repartis avec de l’équipement de pêche et des sacs de perchaude vendue illégalement.

La traque aux irréductibles

CHRONIQUE / La frappe contre une centaine de personnes soupçonnées d’avoir participé à la vente illégale de perchaude au lac Memphrémagog était une opération d’envergure. Quatrième opération du genre en 17 ans, elle envoyait un message aux irréductibles : nous irons vider vos congélateurs, nous vous dépouillerons de certains de vos biens et vous serez mis à l’amende tant et aussi longtemps que durera cette délinquance chronique.

Une première série d’arrestations a été effectuée en 2000, une seconde en 2008, une autre en 2014, puis il y a eu celle de mardi.

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« À ce moment-ci, nous pouvons confirmer qu’au moins quatre des personnes appréhendées ont déjà été condamnées pour ce type d’infraction au lac Memphrémagog. Ces récidivistes étaient parmi les vendeurs les plus actifs d’un réseau qui avait une envergure comparable à ceux démantelés dans le passé », a précisé le commandant Pierre Fortin.

L’enquête qui vient de débloquer a été entreprise il y a cinq ans. Elle a été en quelque sorte le prolongement de la précédente.

« Les individus qui ont déjà été pris connaissent le tabac, ils sont plus difficiles à coincer. Il a fallu beaucoup, beaucoup de temps de filature, de surveillance et de vidéos de nos agents. Un travail qui a été effectué efficacement et discrètement puisque les personnes sous surveillance n’agissaient pas comme des pêcheurs qui se sentaient épiés ou traqués. L’effet de surprise ne leur a pas laissé le temps de faire disparaître de preuves », se réjouit le grand patron des agents de protection de la faune de l’Estrie.

Au-delà de la saisie de sacs de poisson et du matériel de pêche ou de transport utilisé pour commettre ce braconnage à grande échelle, les autorités auraient mis la main sur des documents incriminants.

« L’un des malfaiteurs avait épinglé sa liste de clients au-dessus de son congélateur. Lors d’autres perquisitions, nous avons mis la main sur des carnets dans lesquels toutes les captures étaient notées. La somme de ces informations nous permettra de situer cette pêche illégale dans le temps et de mieux évaluer les sommes qu’elle a pu rapporter.

« Il est possible que nous puissions démontrer à la fin de l’enquête que les participants ont touché des revenus supérieurs aux amendes préliminaires de 270 000 $ que nous avons annoncées. Avec des arguments solides à l’effet qu’il s’agissait d’un réseau d’importance, le procureur de la poursuite fera les représentations nécessaires au niveau des amendes », a également détaillé le porte-parole du ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs.

La perchaude est de la même famille que le doré. Sa chair est savoureuse et recherchée. Plusieurs transactions auraient été réalisées à un prix variant entre 6 à 12 $ la livre, selon que le poisson était vendu en filets ou en entier. Au prix moyen, cela représente 17,60 $ du kilo.

Contrairement à ce qui est survenu dans le passé, les pêcheurs fautifs n’auraient pas approvisionné de places d’affaires.

« Il n’y a pas de preuve en ce sens. Nous associons la pratique à des réseaux de connaissances de personne à personne. Les vendeurs opéraient de leur domicile ou assuraient eux-mêmes la livraison.

Nous n’avons cessé de talonner ces braconniers, nous ne les avons pas lâchés. L’enquête est susceptible de nous lancer sur d’autres prises », croit le commandant Fortin.

Un acte de braconnage étant une infraction pénale au même titre qu’un excès de vitesse, les prévenus ne seront pas évidemment amenés au palais de justice en fourgon cellulaire. Leur comparution et leur éventuelle condamnation sont même susceptibles de passer inaperçues.

« N’hésitez pas à mettre la photo de ceux qui vident le lac Memphrémagog dans le journal », m’a lancé un pêcheur sportif agacé que les peines ne soient pas plus dissuasives.

La récurrence est choquante, j’en conviens. Cependant, une accusation de conduite en état d’ébriété est une infraction plus grave selon nos barèmes judiciaires. Un dossier criminel vient avec une condamnation. Pourtant, il n’y a pas de catalogue des châtiés qui repartent de la salle de cour sans permis de conduire.

Oui à la détermination des agents de la faune, non aux châtiments disproportionnés.