Le projet Mont-Saint-Famille est dans l’axe du champ des Buttes, des immenses terrains et des bâtiments industriels à reconvertir sur la berge sud du lac des Nations. À vol d’oiseau, à peine un kilomètre sépare ce futur secteur résidentiel de l’hôtel Times.

La signature contemporaine de Sherbrooke

CHRONIQUE / Un pont distinctif au centre-ville, un appel d’offres pour la revitalisation de la rue Wellington Sud et une proposition privée de 70 M$ pour transformer le site des Petites sœurs de la Sainte-Famille. Tout ça dans la même semaine!

Le nouveau maire Steve Lussier navigue à son tour toutes voiles dehors, lui qui a pourtant reproché à son prédécesseur Bernard Sévigny des ambitions démesurées durant la campagne électorale de l’automne. Pas plus tard que le mois dernier, lors du dépôt du rapport financier 2017, M. Lussier s’inquiétait d’ailleurs encore d’un bond substantiel de 23 M$ de la dette municipale ayant atteint 476 M$ au 31 décembre dernier.

Mais bien qu’il faille maintenir un œil attentif sur le niveau d’endettement, le retour sur les investissements municipaux n’est pas qu’hypothétique pour ces projets. Sans reprendre toute l’analyse de Well inc. devenu Well Sud, les immeubles qui lèveront doivent être une impulsion du privé. Les promoteurs bénéficieront d’une exemption fiscale durant une certaine période, mais la croissance du parc immobilier sera durable dans le temps.

Même chose à l’autre extrémité de la rue Wellington, où la reconfiguration du pont des Grandes-Fourches devrait stimuler un potentiel évident de développement. Un pont « signature » coûtant 5 M$ n’était pas nécessairement indispensable pour réveiller ce secteur en dormance, mais ce choix cautionné par une majorité d’élus incluant le maire Lussier traduit l’importance d’une planification globale du centre-ville. Je me réjouis que nos représentants politiques aient le courage d’oser.

Voyons les choses différemment. L’arrivée au centre-ville via l’autoroute 610 et par le boulevard Saint-François n’est pas très tape-à-l’œil à travers une gravière et une carrière. De ce côté de la rivière, il est vrai que le « pont » signature sera pratiquement invisible.

Mais comme ce boulevard n’est pas non plus la voie la plus simple ni la plus pratique pour sortir du centre-ville — avec un virage à gauche hasardeux sur la rue King Est devant l’hôtel Albert — voilà autant de raisons de tracer un nouvel itinéraire.

Une fois les vieilles infrastructures démantelées et les nouvelles prêtes à utiliser, c’est par le chemin des Écossais et le boulevard Queen-Victoria que devrait débuter le bain culturel que Sherbrooke veut offrir à ses visiteurs. Alors, l’effet spectaculaire du nouveau pont se produira, et juste au moment où l’hôtel de ville et la cathédrale entreront aussi dans ce jeu de séduction.

Le choix « d’habiller » le pont Jacques-Cartier de cette originalité serait quant à moi mal avisé, car il causerait un détournement d’attention. Cette structure doit être effacée pour laisser toute la place à la montagne ainsi qu’au site de prestige dont les Petites sœurs de la Sainte-Famille veulent se départir après avoir déménagé dans un édifice neuf de moindre superficie.

Il est totalement utopique de croire à une transformation qui ne se limiterait qu’à la conversion de l’ancien bâtiment religieux en habitations locatives. Nombre de contraintes physiques et techniques rendent une pareille adaptation coûteuse.

Le pire des scénarios serait la construction de 10, 20 ou 30 luxueuses résidences adossées au parc du Mont-Bellevue avec vue panoramique vers le mont Orford. Seule une poignée de bourgeois jouirait alors de cet immense privilège. Cette approche laisserait le pourtour du couvent plus aéré, mais serait vraisemblablement insuffisante pour rentabiliser les coûts d’acquisition d’une propriété que la Ville évalue à 13,7 M$ dans son rôle foncier.

Les Sherbrookois Mathieu Cardinal et Christian St-James proposent de ceinturer le couvent d’une vingtaine de bâtiments résidentiels et de services pouvant représenter des investissements de l’ordre de 70 M$. Au taux de taxation actuel, un pareil complexe rapporterait 700 000 $ par année dans les coffres municipaux uniquement en recettes foncières, sans calculer les taxes de services. Et cela, en limitant les déboursés afin de prolonger les infrastructures municipales.

La Ville se voit par ailleurs offrir l’occasion d’acquérir une superficie boisée de près de 39 000 m² afin d’agrandir les aires protégées qui longeraient un corridor multifonctionnel par lequel piétons et cyclistes pourraient se rendre sur la colline universitaire en toute sécurité. L’approche paraît logique.

Ce développement dans l’axe sud-ouest comporte comme autre avantage d’orienter enfin l’Université et ses composantes vers le cœur de la ville. Vers le point chaud que deviendra la berge sud du lac des Nations au fur et à mesure que les entreprises manufacturières s’en retireront. Le champ des Buttes, les immenses terrains et les bâtiments industriels à reconvertir sont justes au bas de la côte. À vol d’oiseau, à peine un kilomètre sépare ce futur secteur résidentiel de l’hôtel Times alors qu’un tour de lac représente une marche de 3,5 km.

N’en démordons pas, la signature contemporaine et indélébile que les Sherbrookois doivent sans cesse viser est celle qui les unira à nouveau à leurs cours d’eau. Voilà trois pas qui seraient dans la bonne direction.