Le temps d’une photo, le nouveau maire de Sherbrooke, Steve Lussier, a pris place dans le fauteuil qu’il occupera pour les quatre prochaines années et il a reçu en même temps les félicitations d’un citoyen.

La ruade et le cavalier déchu

CHRONIQUE / Le maire et cinq de ses conseillers mis à la porte, le message ne peut pas être plus clair. Les Sherbrookois ont tiré un trait sur l’ère de Bernard Sévigny sans lui permettre de devenir le premier maire à diriger la ville unifiée pour un troisième mandat.

Des bourrasques ont secoué la région durant toute la journée du vote, mais on ne les attendait pas aussi fortes à l’heure du dévoilement des résultats. La directrice de campagne du maire Sévigny, Sylvie Proulx, n’avait rien vu de cette tempête sur ses radars.

Les organisateurs du Renouveau sherbrookois avaient mis les bouchées doubles pour pointer 40 800 électeurs, deux fois plus qu’en 2013. Avec près d’une centaine de bénévoles déployés sur le terrain, ils estimaient avoir déployé les efforts nécessaires pour assurer la réélection du maire en plus de viser une représentation majoritaire de conseillers. Il n’en restera que deux sur 14.

M. Sévigny s’est pointé au lieu de rassemblement de son parti dès la fermeture des bureaux de scrutin. Il a cependant pris ses distances des caméras et des journalistes dès l’apparition des premiers résultats annonçant sa défaite.

Sa conjointe, la ministre fédérale Marie-Claude Bibeau, s’est même posée en préfet de discipline lorsque j’ai tenté d’atteindre le maire au deuxième étage du restaurant Le Bouchon pour obtenir ses premiers commentaires.

« Non, non, nous descendrons vous voir » m’a lancé sèchement la ministre Bibeau qui a servi le même genre de remarque à un confrère de la télé de Radio-Canada Estrie.

Au diable la retenue et le protocole!

La soirée électorale a été à l’image de la campagne du Renouveau sherbrookois : pas très réussie.

Ne vous inquiétez pas, ces premiers résultats sont la compilation du vote par anticipation, les vrais chiffres, ceux qui renverseront cette tendance, ne tarderont pas, a-t-on d’abord véhiculé au sein de l’équipe de M. Sévigny. Ça ne s’est jamais produit.

Le vote par anticipation qui avait sauvé le premier ministre Jean Charest d’une défaite annoncée par Radio-Canada, il y a dix ans, avait été calculé à la fin du dépouillement. Ces voix étaient venues pondérer une dégringolade de fin de campagne des libéraux.

Cette fois, les votes précédant d’une semaine le scrutin général ayant été dépouillés en premier, les résultats ayant suivi ont confirmé la ruade jusqu’à creuser une majorité de près de 6000 voix en faveur de Steve Lussier.

Malgré cela, ce n’est que très tardivement que le maire Sévigny a concédé la victoire à M. Lussier et l’a contacté pour le féliciter.

Le cavalier tombé en bas de sa monture aurait pu se montrer plus courtois et plus diplomate, lui qui avait été privé des traditionnelles réjouissances à l’hôtel de ville lors de sa toute première victoire en 2009. Sa mince victoire par 122 voix avait été confirmée très tardivement.

Le nouveau maire ainsi que plusieurs des conseillers réélus ont tout de même assisté au dévoilement des résultats officiels par la directrice du scrutin Me Line Chabot. Quelques minutes auparavant, le temps d’une photo, Steve Lussier a pris place dans le fauteuil qu’il occupera au cours des quatre prochaines années.

« La tâche ne m’intimide pas. Mon équipe et moi nous avons travaillé fort pour atteindre cet objectif. La nuit porte conseil et je commencerai dès demain à réfléchir à la mise en place des comités », a déclaré le candidat victorieux.

« L’échange téléphonique que j’ai eu avec M. Sévigny a été très correct. Je l’ai senti sincère dans son désir de collaborer pleinement à la transition. Ça devrait bien se dérouler », a-t-il ajouté.

Bernard Sévigny est le deuxième maire de Sherbrooke (incluant l’époque de l’ancienne ville) à subir une défaite surprise tout en occupant la présidence de l’Union des municipalités du Québec.

Jean-Paul Pelletier avait délogé Jacques O’Bready dans des circonstances à peu près similaires au début des années 1980. Tout comme ce fut le cas hier pour M. Sévigny, rien ne laissait présager une défaite du maire sortant quelques mois avant l’élection.

La rebuffade est également sévère pour les vétérans Robert Pouliot et Diane Délisle, eux qui représentaient pourtant des valeurs sûres parmi les sièges que le Renouveau sherbrookois croyait pouvoir conserver.

Avec l’élection d’Évelyne Beaudin, le parti Sherbrooke Citoyen obtient une première place au conseil municipal. Un bel encouragement pour préparer la prochaine campagne.