Accompagnée de son amoureux, Tommy Monfette, Patricia Massé-Vézina s’est présentée à son bal des finissants à bord du semi-remorque de Dominique Bessette et de Karine Lemay.

La robe de Nancy, le bal de Patricia

CHRONIQUE / Patricia Massé-Vézina, 17 ans, a toujours su que le jour venu, sa robe de bal serait noire avec une série de petites fleurs blanches sur toute sa longueur, dans toute sa splendeur.

En onze ans, la question ne s’est jamais posée. Ce vêtement était là, suspendu dans un placard de la maison, conservé précieusement dans son enveloppe d’origine. Jamais porté.

Même chose pour les bijoux en pierre du Rhin qui n’ont rien perdu de leur éclat. Ils sont demeurés dans un tiroir durant toutes ces années, jusqu’à ce que la nouvelle diplômée les sorte de leur boîte, fixe délicatement les boucles d’oreilles et attache le collier qui, comme par magie, s’est mis à briller autour de son cou.

Patricia n’aurait pas pu choisir mieux que sa grande sœur, celle à qui tout ceci était initialement destiné.

Nancy est décédée tragiquement à l’âge de 16 ans, trois semaines avant son bal de fin d’études.

Onze ans plus tard, sa robe vient de prendre vie grâce à sa petite sœur.

Voici l’histoire de la journée parfaite de Patricia.

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«Entrez! Vous pouvez vous installer ici.»

C’est Patricia qui m’invite à m’asseoir dans la minuscule cuisine d’un casse-croûte, à la sortie de l’autoroute 20, en direction de Saint-Louis-de-Blandford.

Elle est visiblement chez elle ici, à la Cantine la patate à Patou.

«Patou, c’est pour Patricia! J’ai grandi dans la restauration.»

Tout sourire, l’adolescente presque adulte m’explique qu’elle est propriétaire de la place avec sa mère, Annie Vézina.

Entre deux clients à servir, la jeune femme me raconte ce bal mémorable qui lui a récemment été permis de vivre, une journée de rêve pour celle qui n’avait que 7 ans lorsque son enfance a viré au cauchemar avec la mort effroyable de sa grande sœur adorée.

L’accident est survenu le 19 mai 2007, aux environs de 21 h, sur la route 261, à Sainte-Anne-du-Sault. «Ma sœur s’en allait reconduire notre cousin Bobby à un party.»

La fille de 16 ans et le garçon de 15 ans sont décédés après que la voiture dans laquelle ils prenaient place eut été heurtée par un véhicule conduit à haute vitesse par un jeune homme en état d’ébriété. Sous la force de l’impact, l’automobile emboutie a pris feu.

La petite Patricia était également en voiture, avec ses parents, lorsqu’ils ont croisé des véhicules d’urgence. Puis, au loin, un barrage routier, mais surtout, de la fumée. Spontanément, Annie Vézina s’est arrêtée dans un dépanneur pour contacter sa fille Nancy qui avait quitté la maison plus tôt.

«Ça ne répondait pas... Ma mère capotait. Mon père s’est rendu sur les lieux de l’accident et c’est là qu’il a aperçu l’auto de ma sœur. Mon père ne nous a jamais dit ce qu’il avait vu, mais il n’a pas voulu qu’on s’approche ma mère et moi.»

Patricia n’était qu’une fillette qui pensait avoir toute la vie pour fabriquer des souvenirs avec sa grande sœur. Témoin d’une scène impensable, son traumatisme a été grand même si, à travers l’enquête de la police, le procès du chauffard et les inévitables étapes du deuil, la petite s’est efforcée de faire sourire sa mère qui a eu le même réflexe envers elle. Une question de survie.

Jusqu’à l’âge de 11 ans, Patricia a dormi à côté du lit de ses parents.

«Il fallait que je sois proche de ma mère. Tout le temps.»

Petit à petit, elle a apprivoisé l’absence de cette grande sœur qui était à quelques semaines seulement de se transformer en une véritable princesse.

«Je n’avais pas le choix de grandir.»

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Patricia vient de terminer son parcours scolaire à l’école secondaire Sainte-Anne, à Daveluyville.

Pour la grande majorité des finissants, cette dernière année est un feu roulant d’événements tous plus symboliques les uns que les autres, à commencer par l’obtention du permis de conduire.

«Au début, ma mère avait plus peur que je sorte, qu’il m’arrive quelque chose avant mon bal, que la même chose se reproduise.»

On peut la comprendre. Patricia, la première, se montre sensible à l’insécurité de sa mère qui l’embrasse chaque fois qu’elle quitte la maison. Cette fille est un ange, comme Nancy, une brune aux yeux bruns.

«Ma mère trouve que je ressemble à ma sœur.»

Personne ne l’a obligée à porter la robe de bal de celle-ci, mais pour Patricia, ça allait de soi.

«C’est ma décision et quand je l’ai enfilée, c’est comme si elle était faite pour moi. J’aimais ce que je voyais dans le miroir. Je me sentais belle!»

La jeune femme resplendit sous sa casquette aux couleurs de son casse-croûte. Les clients passent leur commande et elle est là, à prendre le temps de revenir dans le coin de la cuisine où je me trouve. Enthousiaste, l’adolescente me raconte comment sa journée de rêve s’est déroulée, à commencer par ce rendez-vous avec la coiffeuse, la même que Nancy.

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Son arrivée au bal dans un camion-remorque rose, c’est l’idée de sa mère.

Patricia a une véritable fascination pour cette couleur et son père, un ancien camionneur, lui a transmis sa passion pour ce type de véhicule lourd.

«Il fallait que je trouve quelque chose d’exceptionnel.»

Annie Vézina s’est installée devant son ordinateur, bien décidée à surprendre sa fille.

«J’ai perdu un enfant. Je veux que ma fille ait un bal parfait. Je veux faire le maximum. Je n’ai pas pu le faire pour l’autre.»

C’est, en gros, ce qu’elle a écrit sur la page Facebook de Truck Stop Québec en espérant que quelqu’un, quelque part, allait donner suite à sa demande.

Un couple de Saint-Jean-sur-Richelieu, Dominique Bessette et Karine Lemay, a répondu présent, de sorte que le 15 juin dernier, l’adolescente est arrivée à son bal à bord d’un semi-remorque rose vif et festif.

«J’étais comme une enfant, les yeux illuminés!»

Et tout au long de cette journée parfaite, Patricia a eu une pensée pour sa grande sœur à qui elle a tenu à écrire ceci: «Tu n’étais peut-être pas là, mais avec ta robe, je t’ai sentie près de moi.»