Selon une étude de l’Université Harvard rendue publique il y a quelques mois, les enfants qui aident le plus à la maison sont ceux qui réussissent le mieux dans la vie.

La réussite passe par le ménage

Paraît que les ados de 13 ans, ça s’emmerde l’été. Je n’en suis pas encore là avec mes enfants toujours en âge de s’émerveiller devant un simple papillon, mais j’ai entendu les échos de bien des parents. Trop vieux pour aller au camp de jour, trop jeunes pour travailler légalement, paraîtrait que ces êtres en transition ne savent pas quoi faire de leur corps en pleine mutation une fois le dernier examen remis.

Personnellement, je me souviens très bien de l’été de mes
13 ans. C’était à une autre époque, j’en conviens. Les écrans ne s’étaient pas encore multipliés dans les foyers, imaginez ! Mais cet été-là, croyez-moi, je n’ai pas eu le temps de m’ennuyer.

Cet été-là, j’ai appris à me débrouiller. Ma mère avait subi une opération qui l’avait clouée au lit pendant six longues semaines. J’étais devenue, par la force des choses, maîtresse de maison intérimaire. Je m’étais retrouvée chef de famille, directrice du département des tâches ménagères et présidente du clan fraternel.

J’ai alors apprivoisé les fourneaux, fait connaissance avec le lave-vaisselle, découvert les secrets de la laveuse et fraternisé avec l’aspirateur. En parallèle, j’ai également développé de solides compétences en gestion de crisesssssssss auprès de mes trois frères, plus jeunes, ainsi qu’un certain talent de GO.

Je n’ai obtenu aucun diplôme à la fin de ce contrat imposé. Encore moins une rémunération au-delà d’un simple « Merci » venant du fond du cœur de ma chère maman. Mais le moins qu’on puisse dire, c’est que je suis ressortie grandie de cette « épreuve ».

Et savez-vous ce que je retiens de cette expérience qui m’a propulsé dans le monde des « grands », outre les très utiles connaissances de la gestion du quotidien ? C’est le souvenir que je n’ai pas détesté ça du tout ! J’irais même jusqu’à dire que j’ai passé du bon temps.

Éthique de travail

Si je vous parle de tout ça, c’est que je suis tombée par hasard sur un article intitulé Donner des corvées à vos enfants contribue à leur réussite.

Selon une étude de l’Université Harvard rendue publique il y a quelques mois, les enfants qui aident le plus à la maison sont ceux qui réussissent le mieux dans la vie. « Le succès professionnel est lié aux tâches ménagères réalisées lorsqu’on est encore enfant », affirme-t-elle.

Car ménage, rangement et préparation des repas développent leur sens des responsabilités, leur apprennent à faire des choses même quand ils n’en ont pas envie et leur enseignent à organiser leur temps, notamment. Chaque coup de balai est, en quelque sorte, un pas de plus vers l’obtention d’un MBA (bon, j’exagère peut-être un peu !)

Dans cette étude qui s’étend sur 75 ans, les chercheurs ont identifié deux facteurs essentiels au bonheur et au succès. Le premier : l’amour. Le second : l’éthique de travail. 

Et la meilleure façon d’apprendre une éthique de travail, selon les expériences des 724 répondants de l’étude — parmi eux se trouvent notamment le président Kennedy et l’ancien rédacteur en chef du Washington Post Ben Bradlee —, ce sont les tâches ménagères effectuées lorsqu’on est enfant.

« En sortant les poubelles ou en faisant le lavage, les enfants réalisent que dans la vie, ils doivent travailler. […] En lui confiant ces corvées, vous lui montrez que certains travaux doivent être faits. Vous lui apprenez le sens du travail d’équipe et de la coopération », fait valoir Julie Lythcott-Haims, auteure du best-seller Comment éduquer un adulte.

Autonomie, indépendance et débrouillardise s’en trouvent ainsi renforcées. Sans compter que les tâches qu’ils font, c’est du travail en moins pour nous, parents, n’est-ce pas ?

Déléguer

« Attends, t’es sérieuse, là ? Et négocier la crise qui survient immanquablement à la simple demande de vider le lave-vaisselle. Argumenter jusqu’à ce que mort s’ensuive si on ose ordonner de ranger leur chambre, c’est pas du travail, ça ? », vous entends-je déjà penser ? « Et devoir recommencer parce qu’ils ne l’auront pas fait comme il faut ! As-tu déjà admiré une salle de bain nettoyée par un kid de dix ans ? »

Vrai. J’ai moi aussi envie de pleurer juste à imaginer comment ma demande de ranger ses jouets sera reçue par ma fille de cinq ans. Et que dire du résultat de cette demande obtenu à grands coups d’argumentations dignes des meilleurs avocats en ville, d’excuses bidons et de larmes de crocodile...

Mais pour éduquer, il faut apprendre à déléguer. Il faut, comme parent, apprendre à faire avec, sinon accepter un job effectuée so-so par quelqu’un de moins expérimenté, mais qui gagnera en savoir-faire un peu plus chaque jour. 

Comme le dit si bien Julie Lythcott-­Haims, « en leur demandant de faire certaines tâches, les enfants apprennent qu’ils doivent contribuer au travail de la maison. Qu’il ne s’agit pas seulement de leur petite personne et de ce qu’ils veulent dans le moment ».

Partager les tâches ménagères, ça sert aussi à ça : à développer son sentiment d’appartenance à la famille, à se sentir utile et compétent, à être sensible aux valeurs d’entraide et de solidarité. Des qualités essentielles non seulement dans le monde du travail, mais dans la société en général.