Les traits physiques de l’ours ayant été aperçu cette semaine dans un développement boisé du secteur Saint-Élie portent à croire qu’il s’agit d’une femelle. Encore plus, lorsque son profil est comparé à celui d’un énorme mâle de 310 lb abattu récemment dans la MRC de Coaticook par l’archer Carl Larochelle.

La présence intimidante des timides

CHRONIQUE / Un pâté de maisons de quatre rues entouré de verdure et de forêt du secteur de Saint-Élie a été secoué cette semaine par l’arrivée d’un visiteur inopiné. Bien que la présence d’un ours noir en milieu habité soit toujours intimidante, de splendides photos prises par un citoyen, Luc Villemaire, montrent un animal calme et détendu n’ayant pas manifesté le moindre signe d’agressivité.

Opportuniste, l’ours s’est gavé dans des mangeoires d’oiseaux avant de s’offrir un repos. Il a été vu à quelques occasions, puis il a repris le chemin d’on ne sait où.

Elle! », devrais-je dire. De l’avis de connaisseurs, cette bête au visage émacié était une femelle adulte. Si elle avait eu des rejetons, ces derniers ne seraient pas restés distants de leur mère aussi longtemps et maman aurait eu un comportement protecteur.

C’est la période des naissances chez les cerfs et les orignaux qui s’accouplent durant l’automne, alors qu’on entre plutôt dans la saison des amours chez les ours. Les petits des précédentes relations sont nés dans les tanières servant de maison pendant la période d’hibernation.

Il arrive que les femelles s’éloignent momentanément de leur territoire habituel après avoir perdu patience face à un prétendant trop pressé. Comme il est vrai que l’attrait sexuel peut aussi être propice aux rapprochements.

La quête de nourriture pousse également les ours à agir en explorateurs à ce moment-ci de l’année.

« Ce sont de véritables festins que nous offrons aux ours. Nous mettons du poisson, des restes de dindons, du maïs, nous utilisons tout ce qui peut chatouiller leur odorat. Même après avoir découvert notre bouffe, il est fréquent de ne jamais revoir un individu s’étant arrêté à nos appâts » témoigne Carl Larochelle.

Carl est mon neveu. Il est plus maniaque de chasse que moi encore. Son copain Mathieu Dumont et lui sont des inséparables qui passent des heures à préparer leur chasse printanière. Ils étaient tous deux perchés dans un arbre lorsque Carl a récemment abattu un mâle de 310 lb (éviscéré) à l’arc... à une dizaine de mètres seulement de sa cible. Caméra à la main, Mathieu tournait les images.

« Après avoir attendu le temps nécessaire, nous sommes partis avec nos lampes sur les traces de sang sans craindre d’être attaqués. Nous n’étions même pas inconfortables de ne pas avoir d’arme. Si un ours est mortellement touché, vous le retrouvez à courte distance. Autrement, il a eu la peur de sa vie et ne veut plus jamais vous revoir. L’ours est l’animal le plus timide, le plus craintif, celui qu’on voit le moins souvent en forêt », ajoute le cinéaste Dumont.

Il y a deux semaines, un ours qui flânait le long de la rivière Matawin a filé dès que j’ai immobilisé l’auto pour le photographier, même si plus de 150 mètres nous séparaient. La curiosité n’était pas sa tasse de thé.

Les populations de cerfs et d’orignaux sont établies à partir d’inventaires aériens. Cette méthode de recensement ne peut être utilisée pour l’ours. Les suivis sont pour l’essentiel effectués à partir des récoltes de chasse, en analysant le nombre et le profil des bêtes abattues.

« En se basant sur ces indicateurs, de 2006 à 2017, le niveau de

population d’ours noirs serait relativement stable en Estrie, bien que certains secteurs aient des densités locales un peu plus élevées. L’utilisation du territoire (agriculture, étalement urbain, etc.) et la distribution des habitats préférentiels expliquent, en grande partie, ce phénomène engendrant des rencontres ponctuelles entre l’humain et l’ours noir » apporte comme éclairage Sylvain Carrier, agent de communication du ministère de la Faune à Québec.

Les trappeurs et les chasseurs ont prélevé 175 ours en 2017 dans les zones 4 et 6 de l’Estrie. La récolte de 2016 avait été de 183 bêtes. La moyenne des cinq dernières est deux fois plus élevée que les 95 bêtes enregistrées au tournant de l’an 2000.

L’une des recommandations préliminaires du plan de gestion en révision depuis 2013 est d’autoriser chaque chasseur à abattre deux ours dans les régions comme la nôtre. Les décisions sont à venir.