À la fin du mois de décembre, Gilles Bélanger a appuyé l’unification des acteurs de développement à Sherbrooke et Magog, et a adhéré au comité économique du ministre libéral Luc Fortin. La campagne électorale en fera cet automne des rivaux politiques.

La période des fissures dans l’unité

CHRONIQUE / Décision judicieuse que celle d’avoir assuré le financement à long terme de l’Observatoire du Mont-Mégantic, une annonce ayant sécurisé cette semaine cette expertise scientifique fiable s’avérant également un produit touristique précieux.

On s’ennuierait des astronomes en tout cas, s’il fallait s’en remettre à la mathématique politique pour calculer les jours d’éclipses solaires.

Prenez juste hier, la vice-première ministre du Québec, Dominique Anglade, devait passer dans le même axe que François Legault dans la stratosphère de la politique provinciale.

Ce croisement devait se produire à Magog, entre 12 h 15 et 13 h 30. L’ombre de la ministre détenant tous les portefeuilles économiques aurait occulté le candidat « de grand calibre » que le chef de la CAQ confirmait alors dans Orford, Gilles Bélanger. Le « dîner informel » avec la ministre Anglade, qui avait été proposé à des entrepreneurs locaux et des acteurs du développement économique régional par les libéraux, n’a finalement pas eu lieu.

« Mme Anglade n’était plus disponible. Il devait s’agir d’une activité privée, sans visibilité médiatique, alors je ne vois pas comment cela aurait pu être interprété comme une façon délibérée de nuire aux caquistes », a expliqué l’instigateur de la démarche, le candidat libéral d’Orford, Guy Madore.

En vacances à l’extérieur du pays, le député Pierre Reid n’aurait rien vu passer. Idem pour le ministre responsable de l’Estrie, Luc Fortin.

« Je n’étais même pas au courant que sa visite était dans l’air », a répondu le ministre Fortin.

Une vague intention que le hasard aurait donc échappée en chemin...

Une coïncidence qui n’a cependant pas incité la mairesse de Magog, Vicky-May Hamm, à aller s’acheter un billet de loto.

« Sans présumer des intentions, j’ai été étonnée que Mme Anglade ait soudainement des disponibilités qu’elle n’avait pas lorsque la communauté magogoise l’a sollicitée. L’invitation de la CAQ à rencontrer M. Legault m’est parvenue avant celle des libéraux. Or, mon intérêt est de pouvoir présenter ma liste d’épicerie à tous les chefs avant l’élection », a commenté Mme Hamm.

« J’ai décliné l’offre de Mme Anglade. Comme président de la Fédération québécoise, j’éviterai toutes les propositions qui pourraient porter à interprétation durant la période électorale », a quant à lui précisé le maire de Sainte-Catherine-de-Hatley et préfet de la MRC Memphrémagog, Jacques Demers.

Détachée ou pas, l’initiative libérale a suffisamment remué pour que le fond vaseux de la politique remonte en surface...

La contribution de Gilles Bélanger à l’essor des technologies de l’information employant maintenant 500 personnes à Magog est admise de tous. Pas étonnant d’avoir vu le directeur général de Magog Technopole, André Métras, au point de presse.

« Gilles est un ami ayant livré du concret dans plusieurs projets, dont celui de la relance de la station touristique Owl’s Head. C’est un rassembleur », s’avance Éric Grondin, directeur principal de la firme Deloitte de Sherbrooke.

Cet appui de M. Grondin est personnel, mais il sort de la réserve que les professionnels de la région ont longtemps gardée dans le bastion libéral estrien.

Les applaudissements ayant accueilli M. Bélanger sur la terrasse de l’un des immeubles dont il est propriétaire à Magog sont venus de jeunes partisans, dont Charles Custeau, qui est associé à la relève de l’entrepreneuriat régional.

D’autre part, pourquoi M. Bélanger se retrouve-t-il complètement à l’écart, même pas actionnaire du groupe de relance de Owl’s Head après avoir convaincu le gouvernement Couillard que des investisseurs privés multiplieraient pratiquement par dix la mise provinciale de 26 M$?

La question de conflit d’intérêts se posera s’il devient le prochain député d’Orford. Mais pourquoi ce détachement, dès maintenant?

« J’ai une dizaine d’entreprises. Oui, on peut avoir des fiducies sans droit de regard, mais je ne suis pas convaincu que c’est le meilleur outil. Si j’avais 40 ans au lieu de 60, si j’avais besoin de ces projets pour vivre, j’attendrais peut-être. Mais je peux me permettre ces choix. »

Le bruit court plutôt que le promoteur n’a pas été en mesure de répondre à un appel de capital aux actionnaires.

« Je n’entrerai pas dans le détail de discussions d’affaires, mais cette information est erronée » prétend celui que le ministre Fortin a accueilli au sein de son équipe économique, en décembre dernier, alors qu’une concertation régionale a pris forme pour unir les forces de Sherbrooke et de Magog.

« Il n’y a pas de contradiction là-dedans. Notre comité est apolitique et M. Bélanger pourra continuer à y siéger même après avoir porté les couleurs de la CAQ », affirme le ministre Fortin.

Y compris si votre gouvernement et vous êtes réélus, mais que lui devient député caquiste d’Orford?

« C’est hypothétique. Nous avons un très bon candidat en Guy Madore pour garder ce comté », répond à cela M. Fortin.

Gilles Bélanger était un enfant aux couches la dernière fois que les libéraux ont échappé la circonscription d’Orford (autrefois Stanstead), en 1960. C’est un bon cheval, mais il est loin de partir gagnant!