Les coéditrices de Déchirures et dentelles, récits de naissance, Sophie Arcand et Nathalie Plaat.

La naissance, ses déchirures et ses dentelles

CHRONIQUE / Une fille, 47 centimètres, 6 livres et 8 onces. Un garçon, un costaud de 53 centimètres, presque 9 livres, beaucoup de cheveux.

C’est tout. Et trop peu.

C’est peut-être parce que je n’en ai pas et que nécessairement je ne peux pas comprendre, mais souvent, je trouve les histoires de grossesses et de naissances un peu courtes, très factuelles et étrangement numériques.

J’imagine que les chiffres sont plus rassurants que les émotions. Ou à tout le moins plus faciles à communiquer, à dire, à partager.

« Il pesait presque 10 livres, j’ai cru que ça ne passerait jamais! » ça se dit plus aisément et rapidement sans doute que « J’ai profité de chacun de tes mouvements pour imprégner en moi cette expérience unique de femme qui porte la vie. 

ttraper un petit membre qui pointe à travers la bedaine, sourire en te sentant avoir le hoquet, mettre ma main sur mon ventre pour te caresser à travers la peau, vivre toujours auprès de toi et te parler à tout moment… »

« Les histoires d’accouchement, on les remballe vite. On a tellement tendance à standardiser, il y a là plusieurs tabous. Même l’idée de déception sur le déroulement de l’accouchement est un tabou », soulignent Nathalie Plaat et Sophie Arcand, coéditrices de Déchirures et dentelles, récits de naissance, un recueil qui verra enfin le jour le 1er décembre prochain, cinq ans après que l’idée ait germé dans la douceur de la Maison de Naissance de l’Estrie.

Les deux filles y ont accouché, Sophie y travaille d’ailleurs aussi, mais c’est également l’ensemble des participantes et participants au projet qui sont passés là-bas une ou plusieurs fois pour y créer de la vie, parfois dans la plus grande joie, parfois aussi dans l’angoisse, la douleur, la souffrance.

« La rencontre avec soi a tellement de visages », note Nathalie Plaat pour décrire cet espace-temps où la vie émerge aussi étrangement que naturellement.

« On vit dans une époque de prise en charge, mais au moment d’accoucher, t’es toute seule, et des fois tu veux mourir, notent Nathalie et Sophie. Un accouchement, c’est une femme dans toute sa puissance, c’est vraiment émouvant. »

Aussi Déchirures et dentelles est-il un recueil d’émotions autant que de récits. De ces histoires de femmes, d’hommes, de couples et de familles, on a voulu non seulement raconter l’espoir, les craintes, les fous rires, les pleurs et les cris, mais aussi partager l’intimité, la force, l’intensité.

Moi qui avais connu la puissance dans mes accouchements précédents, j’ai rencontré, dans celui-ci :

le désespoir,

la vulnérabilité,

l’impuissance.

De la beauté ainsi dans les plumes, les mots et la trentaine de récits, mais aussi dans la quarantaine de photos artistiques intégrées au recueil, parce qu’on voulait en faire un objet aussi beau que nécessaire, parce qu’on ne donne pas simplement naissance à un être genré de centimètres et de kilos, « parce que c’est un cheminement chaque fois et qu’il faut se réapproprier l’expérience, qu’elle soit belle ou pas », confient Sophie et Nathalie.

Déchirures et dentelles, récits de naissance, auquel ont aussi collaboré Jeen Kirwen, Michèle Côté, Catherine Savigny, fait présentement l’objet d’une campagne de sociofinancement sur le site de La Ruche Estrie. C’est aussi une heureuse façon de commander votre copie en avance.

www.laruchequebec.com