Patrick Duquette
Les conférences de presse quotidiennes du directeur national de la Santé publique, Horacio Arruda, du premier ministre du Québec, Francois Legault, et de la ministre de la Santé, Danielle McCann, sont écoutés en moyenne par 2,5 millions de téléspectateurs.
Les conférences de presse quotidiennes du directeur national de la Santé publique, Horacio Arruda, du premier ministre du Québec, Francois Legault, et de la ministre de la Santé, Danielle McCann, sont écoutés en moyenne par 2,5 millions de téléspectateurs.

La messe Legault

CHRONIQUE / Chaque fois que j’écoute les conférences de presse de François Legault, je repense aux messes de mon enfance.

J’avais 11 ou 12 ans, j’allais à l’église presque tous les dimanches, à pied, avec mon père.

Pour tout dire, ce n’était pas pour réentendre la énième lettre de Saint-Paul apôtre aux Corinthiens ou l’interprétation douteuse du Gloire à Dieu au plus haut des cieux précédant la lecture de l’Évangile.

Sous mon apparente ferveur religieuse se cachait un autre dessein. J’étais secrètement amoureux d’une jolie fille de ma classe. Qui fréquentait, elle aussi, la messe dominicale de 11h. Sa présence envoûtante compensait amplement les sermons ennuyeux du vicaire…

N’empêche qu’il y avait dans ces messes quelque chose de réconfortant. Même pour un petit gars de 11-12 ans comme moi. Ça tenait au rassemblement en lui-même. Je voyais mon père, tout sourire, saluer des amis, des connaissances.

Ça tenait aux poignées de main qu’on s’échangeait pour se donner la paix.

Ça tenait aussi beaucoup, je pense, aux répétitions. Entendre chaque semaine les mêmes prières, dites dans le même ordre, avait quelque chose d’assommant. Mais aussi, quand j’y repense, de rassurant. D’inébranlable. Ces messes avaient beau être plates à mort, elles étaient un rendez-vous incontournable de la semaine. Un roc auquel s’accrocher dans le doute et le tourment.

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Ainsi en est-il des conférences de presse quotidiennes de François Legault, Horacio Arruda et Danielle McCann qui battent des records de cote d’écoute. Environ 2,5 millions de téléspectateurs regardent chaque jour la Sainte-Trinité faire le point sur la COVID-19. Notre premier ministre est plus écouté que La Voix et District 31, c’est dire…

C’est devenu notre messe quotidienne. Notre phare, notre repère, dans un monde qui a changé du tout au tout en moins d’un mois. Notre nouvelle liturgie.

Avec les mêmes répétitions rassurantes que les messes de mon enfance. Chaque jour, le premier ministre commence par réciter le nombre de nouveaux cas, de nouvelles hospitalisations, de nouveaux décès. Et je me surprends chaque fois à surveiller le moment précis où Legault offrira ses condoléances aux proches.

Puis il y a le sermon du bon docteur Arruda. Jamais ennuyeux, souvent amusant. Ses allusions rigolotes aux tartelettes portugaises ou au jambon à l’ananas font un malheur sur les médias sociaux, devenus le nouveau parvis de l’église.

Fini le Notre Père, la prière en vogue est désormais le fameux «Ça va bien aller».

La messe Legault se termine toujours de la même manière. Avec le rappel des trois grands Commandements de la pandémie. Vous les connaissez aussi bien que moi…

Le curé Legault et le vicaire Arruda sont les nouveaux gardiens de la morale publique. Ils décident de ce qui est bien ou mal. Se tenir loin des autres? C’est bien. Briser sa quarantaine? C’est mal. D’ailleurs, vous me ferez 10 lavages de mains en pénitence, mon fils…

Ils sont devenus les prêtres d’une nouvelle religion. Où le paradis est une courbe qui s’infléchit vers le bas. L’enfer? Un hôpital débordé de malades et à court des respirateurs.

On peut bien dire qu’on ne veut pas revenir à l’époque où la religion décidait de tout. Ces jours-ci, nos racines judéo-chrétiennes remontent allègrement à la surface.