Les excuses de Walmart à des déficients intellectuels rendent le refus du pape François de demander pardon aux autochtones du Canada encore plus difficiles à justifier.

La marche vers le pardon

CHRONIQUE / Si quelques férus d’histoire mettent la main lors du prochain millénaire sur ce qui s’est passé au Québec durant la fin de semaine pascale de l’an 2018, ils croiront ce récit d’époque truffé d’autant d’erreurs historiques que le film à grand déploiement Ben-Hur.

Plus besoin de revoir ce classique chaque année pour se souvenir que le héros personnifié par Charlton Heston finit la course de chars sur les genoux, aussi magané que son char, n’ayant plus que la force et le courage comme essieux et pour semblant de roues pour vaincre la persécution en triomphant à l’arrivée.

Rares sont ceux qui l’écoutent encore du début à la fin. Quatre heures, c’est long. C’est du temps passif qu’on n’a plus pour être de son temps. D’où le réflexe de n’en retenir très souvent que des capsules humoristiques isolant des bourdes commises lors du tournage, comme celle d’un des sonneurs de cor filmé avec une montre au poignet, supposément en l’an 33. On rigole d’autres extraits conservés au montage, dont la séquence au cours de laquelle trois des neuf chars ayant pris le départ sortent de piste... suivie de celle qui nous montre encore sept participants au derby.

Cherchez-vous le fil conducteur du texte, le lien entre l’actualité de la fin de semaine pascale et ces erreurs temporelles?

Le pape François, le chef du Vatican, qui refuse catégoriquement de présenter ses excuses aux autochtones du Canada malgré les preuves accablantes du comportement sexuel déviant de représentants de l’Église catholique pendant que Walmart, La Mecque du capitalisme, exprime des regrets d’avoir manqué de considération à des déficients intellectuels, c’est pour le moins anachronique, non?

Comme discordance avec la bonté de Jésus décrite dans les évangiles et comme distance par rapport aux marchands du temple contre lesquels l’envoyé du Père aurait tempêté en leur reprochant d’être insensibles à la souffrance, ça détonne pour la peine.

Je sens certains d’entre vous sur le point d’exploser : t’es pas drôle pantoute, y’a rien de risible dans l’affront de l’Église catholique aux autochtones ou dans la décision d’un géant du commerce mondial de renvoyer sa main-d’œuvre handicapée à la maison.

Parfaitement d’accord.  

Par contre, nous savons tous que la version originale du drame biblique Ben-Hur, tournée en 1959, n’est pas que de la fiction. Avant les éléphants, des humains ont été des bêtes de cirque que des lions étaient impatients de dévorer pour le bon plaisir de l’empereur et pour calmer le peuple, qui en venait ainsi à se résoudre qu’il y avait pire châtiment que celui d’être grossièrement exploité. On réussit pourtant à rire de tels sacrifices humains parce que la distorsion, c’est le temps qui la crée. Ni vous ni moi.

Long détour pour cerner ce que nos mémoires devraient retenir des derniers jours. Aussi riches et aussi puissants soient-ils, les dirigeants de Walmart n’osent plus se comporter en monarques. Sans doute se soucient-ils des infidélités de leurs clients, de plus en plus nombreux à transiger en ligne avec des concurrents du numérique.

Mais les lions ne font plus que se manger entre eux, ils se soucient soudainement de leur image et à travers elle, des plus fragiles d’entre nous ne demandant qu’à contribuer à nos sociétés un peu plus évoluées.

Malheureusement, la débilité traverse rapidement nos contrées. Elle a forcé les patrons d’une entreprise de Rivière-du-Loup à se détacher publiquement des propos désobligeants d’un de leurs employés ayant reproché à l’animateur Charles Lafortune d’avoir pris la plume pour dénoncer la décision de Walmart du seul fait qu’il « soit père d’un Mongol ». Une honteuse dérape.

Voyons tout de même le positif, soit une lente et précieuse progression de nos valeurs. Réjouissons-nous également de la mobilisation pour les défendre.

Le pape François nous ayant présenté un visage très humain à son arrivée au Vatican, les excuses de Walmart le font mal paraître. Il a intérêt à revoir ses positions. Même des excuses feutrées seraient mieux que l’entêtement à se défiler.

Est-ce la crainte qu’une admission qui resterait même dans les généralités puisse avoir une quelconque portée légale pour vider les coffres de toutes les communautés religieuses talonnées par des victimes du passé? À ce jour, les autres églises dont les leaders ont exprimé de sincères regrets envers les Canadiens du Nord ne sont pas encore menacées de banqueroute.

Que tous les fidèles de l’Église catholique soient invités à demander miséricorde et pardon un Vendredi saint, sauf son chef spirituel, ça écorche un brin. Si j’étais conseiller du souverain pontife, je m’emploierais avec insistance à le convaincre que cette erreur de jugement doit rapidement être coupée au montage avant qu’elle ne fasse trop de dommages dans le temps.