La confiance qu’affichaient, en novembre 2015, les partenaires politiques réunis par la candidature de Sherbrooke aux Jeux de la Francophonie de 2021 a fait place à une extrême prudence tant à l’hôtel de ville qu’à Québec.

La loterie de la Francophonie

CHRONIQUE / Sherbrooke est prête à organiser les Jeux de la Francophonie de 2021 à ses conditions, c’est-à-dire avec une contribution municipale réduite du tiers et en laissant aux gouvernements de Québec et d’Ottawa la pression d’un financement accru pour un événement s’annonçant plus coûteux que prévu.

Cela revient quasiment à dire que les Sherbrookois viennent de s’acheter un billet de loterie!

Les engagements de la Ville passent de 8,7 M$ à 5,5 M$. Pas plus fou que le voisin, a-t-on pu comparer à l’hôtel de ville, à l’examen du plan d’affaires du tandem Moncton et Dieppe ayant hissé le drapeau blanc après avoir perdu le soutien du gouvernement du Nouveau-Brunswick. Celui-ci a justifié son retrait en publiant les chiffres.

Les villes partenaires ayant été préférées à Sherbrooke en 2015 ne s’étaient commises que pour 2,7 M$ et leur contribution ne représentait que 3 % des coûts anticipés. En comparaison, Sherbrooke était prête à absorber près de 20 pour cent des déboursés dans sa proposition initiale.

Cette offre révisée est définitive, a indiqué clairement le maire Steve Lussier. C’est toutefois le seul élément connu et immuable, car pour le reste les chiffres sont encore flottants.

« Le budget global ne pourra être actualisé qu’une fois que nous aurons accès au cahier de charges », a rapporté aux élus le directeur général de la Ville, Daniel Picard.

Sauf qu’encore là, l’ouverture de Sherbrooke est attachée avec ceinture et bretelles à la limite de coûts que le gouvernement du Québec fixera après avoir tenté d’obtenir de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) des assouplissements à des exigences qui auraient pris les villes hôtesses du Nouveau-Brunswick par surprise, une fois choisies.

Comme ce fut le cas en 2015, le gouvernement du Québec parrainera et sera légalement répondant de la candidature de la région. C’est pourquoi d’ailleurs le gouvernement du Nouveau-Brunswick est imputable d’un dédommagement à verser à l’OIF à la suite de son désistement.

Pour le moment, Sherbrooke reste alignée sur sa prévision budgétaire de départ de 52 M$, une somme qui était répartie à parts pratiquement égales entre des dépenses d’opération et des investissements en immobilisations.

« Qu’il y ait révision de ces coûts à la hausse ou pas, nous ne présenterons pas de taxe spéciale aux citoyens », s’engage à son corps défendant le maire Lussier.

Des dépenses imprévues de 10 M$ ont notamment dû être ajoutées au Nouveau-Brunswick afin de répondre à des exigences de sécurité ayant été relevées pour contrer les attentats terroristes.

« Nous n’aurions pas été exempts de tels imprévus si Sherbrooke avait été le choix en 2015. En toute franchise, il faut l’admettre », commente à ce sujet M. Lussier, conscient que c’est notamment ce qui poussera le gouvernement québécois à une extrême prudence.

« Notre rencontre à Sherbrooke plus tôt en journée avec le maire s’est très bien déroulée. Plusieurs scénarios plausibles sont examinés. Ultimement par contre, la décision du gouvernement provincial reposera sur l’examen des coûts », a rapporté Maéva Proteau, attachée de presse de la ministre Nadine Girault, ministre des Relations internationales et de la Francophonie.

Mme Proteau n’a pu préciser si le gouvernement Legault dépêchera de ses émissaires à Paris cette semaine. Le dossier des Jeux de 2021 est à l’horaire de deux jours de discussions annoncés pour jeudi et vendredi dans la capitale française.

« Je me serais rendu disponible si cela avait été nécessaire, mais ma présence n’était pas requise » a précisé M. Lussier.

Malgré la vigilance teintant la démarche sherbrookoise, aucune garantie n’est réclamée au cas où le comité organisateur ne récolterait pas les 2,5 M$ de commandites privées qui sont inscrits dans la colonne des revenus. Ce risque a été qualifié de « modéré » dans le plan d’affaires de Moncton-Dieppe.

« C’est un risque à considérer, ne nous empêchant cependant pas d’avancer. Car, nos discussions ne sont pas encore terminées avec les gouvernements » répond à ce sujet le maire de Sherbrooke.

La ministre Marie-Claude Bibeau était tout sourire que le conseil municipal de Sherbrooke ait décidé d’effectuer un pas de plus vers les Jeux de 2021.

« J’y crois depuis le début et nous avons prouvé dans le passé notre capacité à organiser efficacement de tels événements. Je suis très heureuse que nous puissions travailler à faire évoluer le dossier. Notre engagement de participer jusqu’à hauteur de 50 pour cent du total des investissements publics tient toujours », s’est réjouie la ministre répondante de l’Estrie à Ottawa.

Si les contributions de la Ville, de Québec et d’Ottawa devaient totaliser 50 M$, Sherbrooke pourrait recevoir 25 M$ du fédéral, soit 8 M$ de plus qu’en 2015. Mais pour cela, il faudra aussi que la province bonifie sa mise.

Il faudra surtout que le budget réel ne soit pas 50 % de plus qu’anticipé! Alors là, tous se rendraient à l’évidence que la loterie pour remporter la mise des Jeux de la Francophonie est vraiment hors de prix.