François Nshimiyimana et Edigar Nzeyimana partagent leur vécu de réfugiés et leur accueil dans la communauté.

La longue route vers l’humanité

CHRONIQUE / On est au centro de Sherbrooke, c’est l’automne, mais encore beaucoup l’été, la vie est douce, mais pas que dans cette météo qui revient si souvent au cœur de nos conversations quotidiennes. Là, autour de la table, dans le petit appartement joyeux, Edigar et François refont le voyage jusqu’au Rwanda, jusque dans ses guerres et son génocide, jusque dans les camps de réfugiés, jusque dans la rue, la peur, la mort.

Jusque dans la vie aussi. Beaucoup jusque dans la vie. Edigar est arrivé au Canada en 2006 via un projet des Nations-Unis qui l’a conduit à Vancouver, puis a traversé le pays jusqu’à Sherby, là où il a retrouvé confiance en l’humanité, et du coup, en la vie.

« J’ai été surpris de voir l’humanité qu’il y avait ici, explique-t-il de sa voix douce. Nécessairement, quand tu vis la guerre et le mal, que tu perds ta famille et ton pays, tu perds foi en l’humanité. Puis un jour, quelqu’un te redonne confiance, te dit que c’est possible, qu’elle va t’aider à réussir. Moi, c’est Louise au Service d’aide aux Néo-Canadiens qui a été cette personne. »

Pour François, arrivé en Estrie en 2013 avec quelques dizaines d’autres réfugiés, ce fut Edigar.

« Il est arrivé à l’Hôtel Wellington, est venu nous parler, nous dire que nos vies allaient changer. Je l’avais senti en prenant l’avion que c’était la transformation de ma vie, mais Edigar me l’a confirmé à notre arrivée », se souvient François.

Il raconte cela, Edigar est à côté, essuie ses yeux. Ça fait ça, se raconter, ça remue les souvenirs et les émotions, s’entendent les deux amis. Malgré tout, ils ont accepté de partager leur histoire. Là, avec vous, mais vendredi aussi, au Centre culturel Françoise-Dunn, dans le cadre de la Semaine sherbrookoise des rencontres interculturelles, toujours avec vous, espèrent-ils, et d’autres aussi.

Partager, c’est découvrir l’humanité de l’autre. C’est aussi retrouver la sienne, parfois, quand la vie et les hommes l’ont mis à mal.

Edigar et François racontent ainsi la guerre, les militaires, les tueries, la famille qui disparaît, pour toujours, en même temps que l’espoir, les rêves, la sécurité et les repères.

Edigar et François vous amènent sur les routes de la fuite qui s’étirent sur les milliers de kilomètres de forêts, de montagnes, de dangers, de cadavres, de morts et de violences, ils revoient ces hommes, ces femmes et ces enfants tomber autour d’eux, revivent leur survie qu’ils attribuent, c’est selon, à dieu ou à la capacité de choisir.

« Je suis resté au Rwanda un moment après la guerre, j’y ai tout vu, la folie, le pardon, la haine, le besoin de vengeance, l’oubli, les souffrances, l’indifférence, confie Edigar. Tout ce que j’ai vu m’a poussé à faire un choix, celui de la vie. »

Pendant que le petit François, 3 ans, se frayait une route improbable vers le Congo-Brazzaville où il passera presque vingt ans, Edigar arpente les rues du Rwanda, puis du Kenya. L’un et l’autre cherchent à survivre, à manger, à boire, à dormir, à se protéger.

Et un jour, au bout de la solitude, de la misère et de l’inhumanité, il y a la vie qui se renouvelle.

« Le plus difficile, c’est de décider de vivre une vie normale, de laisser les souvenirs enfouis pour faire place à la vie, note Edigar. Après, une fois qu’on retourne vers la vie, on doit mettre l’accent sur les gens qui nous ont inspirés puis ceux qui viendront. La valeur d’une vie se mesure au nombre de bonnes personnes qu’on rencontre... On a ensuite envie d’en devenir une à notre tour, d’être là pour les aider. C’est la valeur de partage, c’est l’humanité dans ce qu’elle a de beau. 

L’humanité dans ce qu’elle a de plus beau, juste là.

Rencontres interculturelles
Vendredi 27 octobre, 19 h
Centre Françoise-Dunn
2050-B, boul. de Portland