Même si la lettre destinée au maire Bernard Sévigny a été rédigée le 1er novembre, pour lui confirmer que la plainte portée contre lui à propos du projet Well inc. était sans fondement, la Commission municipale du Québec n’a pas veillé à ce que cette décision lui parvienne avant le jour de scrutin afin qu’il puisse en informer les électeurs.

La livraison par courrier prioritaire à l’élection

CHRONIQUE / Alors qu’on croyait les hostilités de la campagne municipale terminées, nous voilà à nous demander si la Commission municipale du Québec n’a pas elle-même manqué d’éthique en ne prenant pas les dispositions nécessaires pour que les Sherbrookois apprennent avant de voter que la plainte qui visait l’ex-maire Bernard Sévigny à propos du projet Well inc. était « manifestement mal fondée ».

La Commission municipale n’a même pas jugé nécessaire d’entreprendre une enquête pour en arriver à cette conclusion, tellement il lui est apparu évident que l’exclusivité accordée sans appel d’offres à un consortium pour la conception et la réalisation d’une première phase de revitalisation au centre-ville ne contrevenait à aucune règle.

Cette décision a été rendue par écrit en date du 1er novembre, soit quatre jours avant que les bulletins des électeurs tombent dans les boîtes de scrutin. Le temps que la correspondance se rende par le courrier régulier, le jour du vote était passé et le maire Sévigny était renversé.

Réponse bébête de l’autorité juridique et morale de la démocratie municipale : nous avons toujours communiqué nos décisions ainsi, par courrier, de manière confidentielle.

Autrement dit, la Commission est fort aise de ses procédures internes, même lorsque celles-ci ont préséance sur sa raison d’être, sur sa crédibilité et sur ce que l’on souhaite être ses principes d’objectivité et d’équité afin de prévenir qu’on condamne et qu’on salisse pour attirer l’attention et influencer le geste libre et symbolique de voter.

C’est une piètre excuse, un détachement aussi grave, sinon plus, que les habitudes reprochées à la moitié de l’électorat qui reste en marge et ne se déplace pas pour voter. Au fait, lançons-nous dès maintenant à la recherche des idées les plus créatives pour financer avec nos impôts une autre campagne humoristique, qui invitera cette fois la Commission municipale du Québec à ne plus exercer son mandat qu’à moitié en période électorale. Des fois que l’ironie décaperait une couche d’inertie!

Bernard Sévigny n’était pas seulement maire de la sixième ville en importance au Québec, il présidait l’Union des municipalités du Québec. Cela ne lui assurait en rien un traitement différent, mais ça rend la bêtise encore flagrante puisque, avec l’agitation des dernières années dans le monde municipal, M. Sévigny était une cible potentiellement exposée à l’enflure et à l’exagération.

Au-delà de cela, si l’on reconnaît à l’ex-conseiller Jean-François Rouleau ou à tout citoyen la pleine légitimité de contester lorsqu’un doute est soulevé, comment garantit-on les mêmes droits à celui qui est visé par une dénonciation dès qu’il est démontré que ce doute n’est pas fondé?

Au choc d’une amère défaite qui était peu prévisible au début de l’automne s’ajoute sans doute une vive déception chez Bernard Sévigny parce que la Commission municipale du Québec n’a pas démontré un très grand sens des responsabilités. Sans qu’on puisse vraiment le mesurer, l’ex-maire Sévigny a subi un préjudice évident dans l’appréciation de son travail.

Son successeur Steve Lussier, chevalier de la transparence, subira son premier véritable test. Hier, il lui a été facile de répondre qu’il n’avait pas pris connaissance de la décision de la Commission, mais admettra-t-il aujourd’hui aux Sherbrookois, en présence de celui dont il prendra le bureau, qu’il ne s’est pas privé d’être le rouleau compresseur d’une prétention « manifestement mal-fondée » pour discréditer le maire sortant?

Au moins, M. Lussier reconnaît déjà que, par souci d’équité, cette information aurait dû être portée à l’attention des Sherbrookois avant qu’ils fassent leur choix.

Comme les ministres provinciaux n’osent même pas critiquer la Commission municipale du Québec sous prétexte que l’indépendance des pouvoirs nous est plus précieuse que cette minable gestion de la démocratie, les pressions vers le changement devront vraisemblablement partir de Sherbrooke.

Notre communauté doit se mobiliser, s’élever au-dessus de la partisanerie et exiger de manière insistante que la Commission municipale du Québec passe à l’ère des communications instantanées, au moins lors de situations exceptionnelles comme celle que nous venons de vivre. Pas besoin de chercher longtemps pour trouver les numéros d’Urgence Environnement, des Services en sécurité civile 24/7 ou même de S.O.S. Braconnage. Comment rejoint-on Urgence démocratie pour parler à des gens alertes et responsables?

« Veuillez agréer, Monsieur Sévigny, l’expression de nos sentiments les meilleurs » exprime avec égard la secrétaire de la Commission, Me Céline Lahaie.

Une autre lettre suivra peut-être d’ici quelques jours, celle-là, signée par la présidente Brigitte Pelletier, qui s’excusera auprès de l’ancien maire pour les quelques inconvénients qui auraient pu lui être causés par les délais de livraison du courrier...

Bernard Sévigny n’était pas seulement maire de la sixième ville en importance au Québec, il présidait l’Union des municipalités du Québec. Cela ne lui assurait en rien un traitement différent, mais ça rend la bêtise encore flagrante puisque, avec l’agitation des dernières années dans le monde municipal, M. Sévigny était une cible potentiellement exposée à l’enflure et à l’exagération.