Le directeur des approvisionnements en fibres de l’usine Domtar de Windsor, André Gravel, ainsi que le planificateur et coordonnateur du chantier, Steve Reynolds, ont passé en revue le plan d’intervention avec l’opérateur de l’abatteuse multifonctionnelle, Tommy Pelletier (au centre), avant que ce dernier fasse disparaître la plantation de peupliers hybrides longeant la route 220 à la hauteur du chemin Laliberté et du village de Saint-Élie.

La forêt industrielle en ville

CHRONIQUE / La papetière Domtar procède à la récolte de peupliers hybrides sur un ancien terrain en friche de la route 220, à la hauteur du chemin Laliberté et du village de Saint-Élie. Une abatteuse multifonctionnelle à l’œuvre depuis lundi ne mettra qu’une semaine à couper ces arbres à croissance accélérée, une opération expéditive étant symbole d’industrialisation de la forêt en ville.

Bien que détentrice de toutes les autorisations requises, Domtar a prévenu le voisinage de cette coupe à blanc décrite comme une « culture intensive » puisque de nouveaux plans seront mis en terre rapidement en prévision d’une prochaine récolte annoncée pour 2035.

« Nous sommes pratiquement en milieu urbain et nous avons voulu agir en toute transparence pour que les citoyens comprennent que c’est une pratique s’apparentant à celles des grandes cultures agricoles. Même les plus petits arbres qui sont prélevés seront valorisés. Ils seront remplacés par des plans qui, en plus d’avoir les mêmes propriétés de croissance rapide, seront plus résistants », explique l’ingénieur André Gravel, directeur des approvisionnements en fibres de l’usine Domtar de Windsor.

Les équipements de ce complexe industriel sont efficaces pour recueillir le maximum de fibres et de résidus d’arbres costauds comme de ceux ayant un diamètre d’à peine dix centimètres. La papetière vient de confirmer des investissements de 37 M$ afin d’en accroître la polyvalence pour ne plus être limitée qu’à la transformation des billes de longueurs standards de 4 ou 8 pieds.

« Ajoutez 5 % de matière actuellement laissée en forêt aux volumes livrés par les 225 camions entrant quotidiennement à notre usine et vous verrez que ça fait pas mal de bois », illustre M. Gravel.

Même si Domtar possède 160 000 hectares (400 000 acres) de forêt en Estrie et en Beauce, 85 % des approvisionnements de son usine de Windsor proviennent de sources externes, dont plusieurs petits producteurs de la région.

À peine 5 % de cette superficie est consacrée à la culture intensive de peupliers hybrides, mais celle-ci génère pas moins de 15 % du volume récolté par la papetière.

La papetière Domtar annonce ses intentions à court, moyen et long termes sur un panneau installé à l’entrée de sa propriété où une coupe à blanc prépare la mise en terre d’autres peupliers hybrides à croissance rapide.

« La croissance rapide est obtenue sans ajout de fertilisants. Selon nos experts, le cycle des récoltes pourra éventuellement être réduit à 13 ans. Ce mode alternatif diminue la pression sur nos approvisionnements traditionnels et nous permet de peaufiner nos méthodes pour maximiser les rendements de nos forêts naturelles. »

« Quand j’étais jeune, il y avait une multitude de fermes laitières dans le coin. Il n’en reste aucune. J’ai souvent passé devant cette plantation de peupliers hybrides sans savoir qu’elle appartenait à Domtar. La compagnie a été proactive avec la Ville comme avec les citoyens dans la transmission d’informations et sans prétendre être un expert, c’est un usage qui me semble intéressant », réagit le conseiller municipal du secteur de Saint-Élie, Julien Lachance.

André Gravel voit l’intérêt d’une collaboration avec la Ville qui pourrait être élargie à d’autres dossiers, dont la menace que représente l’agrile du frêne.

« Sans porter de jugement sur les mesures de contrôle décrétées par la Ville, on peut dire que c’est une préoccupation relativement récente dans le monde municipal. Nous baignons là-dedans depuis une bonne dizaine d’années. Nous sommes l’un des centres de traitement reconnus par les autorités gouvernementales pour recevoir et détruire des chargements contaminés.

« Le frêne représentant environ 15 % de notre ressource forestière, là où le danger semble le plus éminent, nous augmentons le prélèvement. Mais nous n’envisageons pas une élimination radicale et il n’est pas réaliste de songer à des traitements sur d’aussi grandes superficies. Il faut gérer le risque. Nous sommes ouverts à collaborer avec les autorités sherbrookoises si elles le désirent », offre le gestionnaire d’un patrimoine forestier ayant cinq fois la superficie des 367 km² du territoire de Sherbrooke.

André Gravel tique en m’entendant associer la culture des peupliers hybrides à l’industrialisation de la forêt. Il appréhende une perception publique négative.

Combien d’hectares de forêt avons-nous déboisés pour prolonger le boulevard de Portland et accueillir dans le parc industriel régional de nouvelles entreprises manufacturières qui sont synonymes de développement économique?

« Si c’est ainsi que vous percevez la chose, en regroupant tout le monde, nos emplois en usine de même que tous ceux reliés indirectement aux opérations de Domtar à Windsor représenteraient un parc industriel de 1000 travailleurs. Contrairement à ce que plusieurs pensent, la forêt estrienne ne rétrécit pas. Elle prend du volume. À nous de mieux l’exploiter. »

J’ai souvent entendu ce genre de remarque dans une MRC boisée comme celle du Haut-Saint-François. Dans un « jardin forestier urbain », c’était la première fois.