Ce contenu vous est offert gratuitement, il ne vous reste plus de contenu à consulter.
Créez votre compte pour consulter 3 contenus gratuits supplémentaires par jour.
Mickaël Bergeron
La Tribune
Mickaël Bergeron
Malgré la pandémie, les gens n’ont pas hésité, en 2020, à sortir dans les rues pour exiger de faire mieux, comme après le décès de Joyce Echaquan.
Malgré la pandémie, les gens n’ont pas hésité, en 2020, à sortir dans les rues pour exiger de faire mieux, comme après le décès de Joyce Echaquan.

La fleur qui a poussé dans le bitume de 2020

Article réservé aux abonnés
CHRONIQUE / Deux sujets ont monopolisé 2020 : le coronavirus et Donald Trump. Des fois, les deux sujets s’entremêlaient dans l’actualité, brisant Internet, comme le veut l’expression populaire. Mais 2020 a été plus que ça. 

Tout le monde semble avoir hâte de tourner la page sur 2020, considérée par plusieurs comme « la pire année de l’histoire ». Avec la Première Guerre mondiale et la Grippe espagnole dans son sac, l’année 1918 murmure dans le fond de la salle: « On n’avait même pas Zoom, nous! » Mais que ce soit la pire ou non, ça n’enlève pas que l’année a été houleuse et vraiment dure pour bien du monde.

Je reprends une image vue sur Internet: nous étions peut-être dans la même tempête, mais pas dans le même bateau. Pour du monde, le bateau n’a jamais vacillé, pour d’autres, il a coulé. Comme toute crise, la COVID a plutôt bien démontré les inégalités sociales.

Ceux et celles qui me connaissent savent que je suis un singulier mélange de cynisme et d’idéalisme. Un peu comme la loi de Murphy, je ne m’étonne plus du pire, mais je persiste à rêver au meilleur quand même. J’ai donc envie de trouver la lumière dans la noirceur de 2020.

L’indignation

Je pose immédiatement le laid de l’année. L’entêtement du gouvernement à nier le racisme systémique. Le meurtre de George Floyd. Les verdicts des procès de Rozon et de Salvail. Julien Lacroix. Le personnel de la santé abandonné à son sort. Le personnel de l’enseignement coincé dans des directives incohérentes. Les artistes abandonnés à leur sort, aussi. Les problèmes à la DPJ. Le triste plan environnemental du ministre Charette – le même gouvernement qui nourrit le troisième lien et écrase le tramway de Québec. Le CIUSSS de l’Estrie qui rejette une infirmière pour son poids alors qu’il manque d’infirmières. Liste non exhaustive.

Il y a une chose qui relie tout ça. Bon, peut-être deux choses. Il y a un manque flagrant d’humanité, évidemment. Mais il y a aussi un refus collectif. Tous ces événements ont suscité des vagues d’indignation. Pour moi, la lumière de 2020 est là, dans ces communautés qui se sont tenues debout. Un embrasement populaire que le Chili avait déjà magnifiquement allumé quelques semaines avant 2020.

Au Canada, l’année a d’ailleurs commencé avec les revendications des Premières nations de l’Ouest canadien. L’onde de Wet’suwet’en s’est répandue d’un océan à l’autre. Ce que plusieurs ont appelé la « crise ferroviaire » était en fait un appel au respect des droits autochtones et de l’environnement. Ç’a été dur pour l’environnement après, j’en conviens, mais en même temps, il y a eu plusieurs belles luttes pour le transport actif malgré la colère des automobilistes.

Toutes les manifestations de Black Lives Matter, le débat autour du mot en N, la colère collective après la mort de Joyce Echaquan, tout ça est aussi un appel au respect, un appel qui a réuni plusieurs communautés. Derrière le brasse-camarade, il y a eu une discussion qui, je le vois, a permis de faire avancer le débat de quelques pas. Des gens ont mieux compris les enjeux, d’autres ont même changé de posture, passant d’une position passive « moi je ne suis pas raciste » à une position active antiracisme.

Le mouvement #DisSonNom a eu son ressac, comme les vagues précédentes (#AgressionNonDénoncée et #MoiAussi), mais ce mouvement avait aussi une force et une sororité qui m’ont ému. Cette vague a permis de creuser encore plus loin les conséquences de la culture du viol. Le rapport Rebâtir la confiance dont j’ai parlé il y a quelques jours contient plusieurs propositions qui peuvent améliorer la justice dans les agressions sexuelles et les violences conjugales, un rapport qui découle de ces vagues de dénonciation. Entre chaque vague, le courant prend de la vigueur, les victimes s’organisent. Vous pouvez d’ailleurs faire un don pour soutenir DisSonNom dans leur combat judiciaire.

L’histoire de Marie-Christine Lanoue, cette infirmière rejetée pour son poids, a démontré que même la grossophobie soulève l’indignation en 2020. Il y a quelques années, c’était pourtant normal de rire du poids d’un ministre sur la une d’un quotidien. Cette année, une publicité qui a fait ce genre de blagues a été retirée des ondes en quelques heures. On ne se mentira pas, la discrimination envers les personnes grosses est encore bien ancrée, mais elle est de plus en plus comprise et dénoncée.

Une prise de conscience

Au début de l’année, je disais au micro de Plus on est de fous plus on lit de Radio-Canada que le mot « censure » était souvent brandi comme un épouvantail. Ce n’est presque jamais devant un État contraignant, mais simplement devant des réactions, lorsque des gens utilisent leur propre liberté d’expression pour répondre, critiquer ou remettre en question les idées émises par une personne qui utilisait sa liberté d’expression. 

À la lumière de 2020, j’ajouterais aujourd’hui que c’est probablement, aussi, la démonstration d’un changement dans l’opinion publique. Qu’il y a des gestes, des façons de faire et des propos qui ne passent plus. Il y a des gens qui ont l’étrange conviction que le monde n’a plus à évoluer, que tout est parfait dans le meilleur des mondes et d’autres qui, au contraire, disent que ça suffit, ça doit évoluer. 

Prenons un exemple. La justice, coincée dans sa structure actuelle, n’a peut-être pas pu déclarer une culpabilité hors de tout doute raisonnable, mais la honte est sur Rozon et Salvail, pas sur les victimes. Et ça, c’est tout un changement! Il y a quelques années à peine, ce genre de vedettes, avec un tel verdict, en sortait triomphant. Pas en 2020.

Ça n’efface pas les drames humains. Il y a encore trop de violences, tous les jours, envers les femmes, envers les communautés culturelles, envers les personnes différentes, envers les personnes défavorisées. Il y a encore beaucoup de choses à faire pour éliminer toutes ces souffrances. Mais je crois qu’il est important aussi de souligner ce qui donne espoir. Et moi, cette indignation qui a pris d’assaut les rues, les médias et les réseaux sociaux en 2020, elle me donne espoir.