C’est ici, au cœur de Sherbrooke, aux portes du site d’évasion et de la carte postale qu’est le lac des Nations, que la circulation routière nous exposerait aux plus grands risques, selon une étude de la direction de la santé publique de l’Estrie.

La délinquance masculine

CHRONIQUE / Le plus grand de tous les dangers est d’être impliqué dans un accident de la route. Devant chez soi. Au coin de la rue. En se déplaçant pour se rendre à l’école, au travail ou simplement en touriste.

Je sais, vous saviez déjà. Nous savons tous depuis longtemps.

Qu’une étude d’envergure vienne nous rappeler que sept personnes sont blessées jour après jour sur les routes de l’Estrie et qu’une hospitalisation pour soigner des blessures sévères est requise presque quotidiennement, ce n’est quand même pas du superflu.

La route tue, mutile et bouleverse plus de vies ici qu’ailleurs au Québec et cela, année après année.  

« Comme on voyait que la situation ne se corrigeait pas, nous trouvions important d’investiguer pour chercher des moyens d’agir de manière préventive. Nous voilà avec des pistes intéressantes », a campé la directrice de la santé publique, Dre Mélissa Généreux, en présentant le premier bilan routier compilé par le CIUSSS de l’Estrie-CHUS.

Ce rapport enrichit les statistiques des corps policiers et de la Société de l’assurance automobile du Québec avec les constats et recommandations des coroners ayant eu à documenter les facteurs inhérents aux décès.

Parenthèse toutefois, notre mégastructure en santé n’a plus les mêmes balises que les autres ministères du gouvernement québécois. Ce portrait associé à l’Estrie est en réalité celui du territoire sociosanitaire du CIUSSS, qui ajoute aux sept MRC de la région administrative 05 celles de Brome-Missisquoi et de la Haute-Yamaksa.

Cet élargissement assombrit d’ailleurs quelque peu le portrait estrien puisque trois des cinq endroits identifiés comme étant les plus dangereux se trouvent à proximité de l’Autodrome de Granby, dans le secteur Ange-Gardien/Sainte-Brigide-d’Iberville, ainsi qu’en banlieue de Lac-Brome.

N’en reste pas moins que c’est ici, au cœur de Sherbrooke, aux portes du site d’évasion et de la carte postale qu’est le lac des Nations, que la circulation routière nous exposerait aux plus grands risques. S’appuyant sur une lecture de cinq ans, de 2011 à 2015, l’étude de la santé publique attribue un indice de dangerosité de 1631 cas de victimes pour 100 000 habitants à la cellule Saint-Jean-Brébeuf, le périmètre bordant la rive nord du plan d’eau de la rue Ontario jusqu’au boulevard de Portland et jusqu’au centre commercial des Promenades King.

L’intersection King/Jacques-Cartier est certes l’une des plus achalandées en Estrie. Véhicules, cyclistes et piétons s’entrecroisent dans ce secteur.

« Les chiffres nous orientent vers cette cellule sans nous préciser pour le moment le pourquoi. C’est avec nos partenaires, notamment avec la Ville de Sherbrooke, que nous examinerons plus à fond la gestion du risque », interprète la Dre Généreux.

Avec un indice de 1147 par 100 000, le centre-ville de Sherbrooke est également sous le radar.

À l’opposé, avec un indice aussi bas que 62 par 100 000, la cellule des Jardins-Fleuris, dans l’arrondissement de Fleurimont, aurait été l’un des secteurs les plus sécuritaires au cours de la période d’analyse. La lecture n’est plus nécessairement la même aujourd’hui puisqu’un piéton a été heurté mortellement sur la rue des Jardins-Fleuris en début d’année. Cet accident est imputable à un chauffeur en état d’ébriété. Une courte phrase qui résume les deux principales causes d’accidents.

D’abord, l’alcool, évidemment. Vous saviez, moi aussi.

Sauf que les traits du délinquant en cette matière sont plus précis, les hommes étant trois fois plus nombreux que les femmes, ont constaté les auteurs de l’étude. Par curiosité, j’ai recensé les récentes citations à comparaître : au cours des dix derniers jours, 44 hommes et 16 femmes ont été mis en accusation de conduite avec les facultés affaiblies au palais de justice de Sherbrooke. Encore du trois pour un.

Bien que l’écart soit moins important (voir tableau), la délinquance pour non-respect du port de la ceinture de sécurité et dépassement de la limite de vitesse autorisée est aussi plus masculine que féminine. Les hommes s’entêteraient également plus que les femmes à conduire en dépit de la fatigue, autre cause importante d’accidents.

Si un chauffeur décrit comme misogyne et frustré a causé la terreur récemment à Toronto en roulant sur le trottoir pour tuer délibérément des piétons, rappelez-vous chaque jour, Mesdames, qu’il y a autour de vous beaucoup de messieurs aimant courtiser et partager leur vie avec une femme, mais qui n’en sont pas moins dangereux.

Dangereux pour eux et pour les autres. Chaque jour de l’année. Partout. En Estrie ou en Montérégie.

Je le savais. Vous le saviez, et nous voudrions tous qu’une plus grande prise de conscience réduise cette menace. D’ici à ce que l’on trouve comment, c’est une réalité qui reste plutôt gênante pour la gent masculine.