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Claude Villeneuve
Le Quotidien
Claude Villeneuve

La décennie décisive

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CHRONIQUE / L’avenir n’est pas écrit, mais rarement dans l’histoire de l’humanité les enjeux n’ont été aussi clairs quant aux forces motrices qui vont déterminer le cours de notre évolution. La décennie qui débute en ce mois de janvier 2021 sera celle de la dernière chance pour espérer changer la trajectoire, hélas trop bien documentée par la science, dans laquelle nous sommes collectivement engagés. Nous connaissons le problème, les solutions aussi. L’enjeu n’est pas technique, il relève d’un changement de culture. Tout un défi en perspective !

L’humanité se distingue des autres espèces par sa culture. Grâce à la culture, nous ne sommes plus soumis à la sélection naturelle depuis très longtemps. Nous prenons soin des plus faibles ou des malchanceux, nous faisons des projections dans l’avenir, nous avons développé des moyens techniques puissants et surtout, nous savons maintenant communiquer instantanément à l’échelle planétaire. En revanche, nous conservons de notre nature biologique un individualisme qui nous porte à préférer les satisfactions personnelles à court terme au détriment du bien-être collectif à long terme. La société de consommation, moteur de la croissance économique du 20e siècle, a su exacerber ce caractère en stimulant l’avidité. Acheter et jeter sont devenus des vertus. Cela doit changer.

La pandémie agit comme révélateur. En effet, dans un contexte où nous sommes contraints à un changement de comportements qui aurait paru improbable il y a seulement un an, on peut constater le fléchissement de quelques indicateurs, mais les tendances lourdes se maintiennent. Par exemple, la surmortalité attribuable à la COVID-19, même si elle devait atteindre 5 millions de personnes, n’aura qu’un effet mineur sur l’augmentation de la population humaine nette en 2020-21. À la fin de cette année, nous serons 135 millions de plus qu’en janvier dernier au lieu de 140 millions. En soi, ce n’est pas dramatique, car il existe encore des marges de manœuvre largement suffisantes pour assurer le bien-être d’une humanité forte de 10 milliards de personnes dans le respect des équilibres planétaires, mais pas en poursuivant la trajectoire actuelle. Beaucoup de gens ont découvert, en s’adaptant aux nouvelles règles du confinement, qu’on pouvait vivre mieux en consommant moins ou en privilégiant l’économie locale. Il faudra que ces bonnes habitudes demeurent.

Il faut aussi sortir des carburants fossiles. Déjà, pour les nouvelles fournitures énergétiques, le prix des sources renouvelables équivaut à celui des carburants fossiles. L’avancement des techniques de stockage devrait, dans cette décennie, permettre de pallier à la nature intermittente de l’énergie renouvelable. Il n’y a donc pas de raison de penser que des progrès importants ne pourront se réaliser pour la transition énergétique. L’effet sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre sera d’autant plus notable que le prix des émissions de CO2 évoluera rapidement à l’échelle internationale. Nous n’avons pas le choix. Au rythme actuel, selon une étude publiée en fin d’année (An observation-based scaling model for climate sensitivity estimates and global projections to 2100, par Raphaël Hébert, Shaun Lovejoy et Bruno Tremblay, Climate Dynamics), la température globale aura dépassé le seuil de 1,5 degré avant 2030.

La biodiversité, qui connaît une crise majeure à l’échelle planétaire, a besoin d’une nouvelle alliance avec l’humanité qui ne peut se réaliser qu’avec la mise en œuvre du Programme des Nations Unies pour le développement durable, comme j’en ai fait la démonstration (https://constellation.uqac.ca/5978/) dans La Terre, la Vie et nous. Là aussi, une révolution culturelle basée sur une nouvelle solidarité planétaire s’impose.

Quant à l’approvisionnement en ressources naturelles, les promesses de l’économie circulaire laissent présager qu’on pourra trouver les marges de manœuvre et limiter l’extraction avec une approche de cycle de vie, de la conception des produits et services jusqu’au recyclage. Ce sera un peu plus compliqué, mais nous n’avons pas le choix de mettre en place des conditions favorables à cette transformation avant 2030.

Apprendre à vivre dans la complexité, voir à long terme, privilégier la générosité à l’égoïsme, avoir confiance à l’intelligence plus qu’à l’appétit, voilà ce que je nous souhaite pour le début de cette décennie. L’avenir n’est pas écrit, c’est maintenant qu’il faut l’inventer.