La conférence du grand patron d’Aéroports de Montréal, Philippe Rainville, n’a pas été un succès de participation, mais elle a été riche d’informations.

La constance du jeu d’équipe

CHRONIQUE / L’annonce d’une subvention assurant pendant deux ans une permanence au pôle d’enseignement supérieur de l’Estrie et la conférence du grand patron d’Aéroports de Montréal sur la tribune de la Chambre de commerce sont des rendez-vous ayant suscité sensiblement le même niveau d’intérêt cette semaine à Sherbrooke. Les deux ont attiré une soixantaine de personnes.

N’ayons pas peur des mots dans le second cas : c’est gênant!

J’étais gorgé de fierté en début de semaine lorsque j’ai décrit la profondeur des liens unissant nos institutions francophones et anglophones formant le pôle d’enseignement supérieur, en comparant cette « approche gagnant-gagnant » aux tiraillements linguistiques dans les réseaux de l’éducation et de la santé chez nos voisins de l’Ontario.

Pour reprendre les propos du recteur de l’Université de Sherbrooke, Pierre Cossette, il ne fait aucun doute que cette collaboration est « porteuse d’avenir ». Le recteur n’hésite d’ailleurs pas à tracer un parallèle avec le projet de revitalisation Well Sud.

« Notre intention d’avoir un pôle de partenariats d’affaires au centre-ville est déjà connue et toutes les initiatives semblables s’inscrivent dans la même logique », affirme M. Cossette.

Tout en précisant que son université a déjà, avec le Centre d’entrepreneuriat Dobson-Lagassé, un guichet d’affaires sur son campus, le principal de Bishop’s Michael Goldbloom pose ainsi le défi des efforts concertés.

« Des idées, nous n’en manquons pas, il y en a une longue liste. Sauf que chacun a des obligations quotidiennes à rencontrer. Une permanence augmentera les possibilités de les mettre en œuvre. »

La même conciliation des horaires des ténors du pôle d’enseignement supérieur n’a toutefois pas été possible, jeudi, au moment où le leader des activités aéroportuaires au Québec, Philippe Rainville, est débarqué à Sherbrooke à l’invitation de la Chambre de commerce. Des représentants des institutions ont assisté à la conférence de ce dernier, mais aucune tête d’affiche n’y était.

Des statistiques sur la vigueur économique, les activités scientifiques, sur les besoins de transporter notre savoir partout dans le monde autrement que par internet, on n’en manque pas pour réclamer plus de considération du fédéral.

Mais former deux tables d’honneur avec les gros canons de nos institutions, asseoir autour d’eux des scientifiques dont la liste des réalisations a elle-même la valeur d’un passeport international et convaincre des chefs d’entreprises d’acheter une table complète est un exploit que la région n’a toujours pas été en mesure de réaliser pour donner de l’altitude à son projet d’aéroport.

Après validation auprès de la direction de la Chambre, il n’y avait qu’une soixantaine d’intéressés en face du ministre fédéral des Transports, Marc Garneau, lorsque LE décideur à convaincre pour enfin décoller est passé sur la même tribune à la mi-octobre.

Sa collègue répondante de l’Estrie, Marie-Claude Bibeau, a affirmé cette semaine « être incapable de faire plus pour aider la région tant qu’il n’y aura pas d’entente avec un transporteur aérien ». Mme Bibeau en est-elle convaincue au point d’avoir jugé inutile d’acheter un billet pour appuyer les efforts de promotion de la Chambre de commerce?

Ayant choisi d’adresser des reproches à la ministre Bibeau lors de la présentation des invités spéciaux en feignant de ne pas connaître le nom de la personne désignée par le fédéral, le président de la Chambre de commerce, Claude Denis, s’est tiré dans le pied. Sa stratégie trop subtile ou mal exécutée a plutôt laissé son auditoire sous l’impression que c’est lui qui était mal préparé!

« C’était une façon de passer un message. Je ne comprends pas le choix de la ministre ou de son bureau de n’avoir envoyé personne », a précisé par la suite M. Denis.

Il y a bien sûr eu des actions discrètes. Le PDG d’Aéroports de Montréal a été invité à visiter les installations de l’aéroport de Sherbrooke avant son allocution.

« Lorsque nous sommes arrivés à l’aérogare, ça m’a rassuré d’entendre M. Rainville dire wow! » rapporte le maire Steve Lussier.

« J’ai eu cette même perception en entendant des remarques positives de notre invité », endosse le président de la Chambre.

S’il a confirmé en entrevue avoir été « impressionné par les installations de Sherbrooke », Philippe Rainville n’en a pas soufflé mot au cours de son allocution. En face d’une foule deux fois, trois fois ou quatre fois plus nombreuse, en dépit de son souci justifié de rester en marge des batailles politiques, M. Rainville aurait difficilement pu ignorer le sujet. Dans les circonstances, il a eu beau jeu de le faire.

À l’étape où nous en sommes, seul le poids du nombre peut augmenter la caisse de résonnance ainsi que la pression sur le gouvernement Trudeau. Plus de constance dans le jeu d’équipe serait également de nature à rassurer les commerçants comme le propriétaire de Glori.us, Jean-François Bédard, qui perd la foi dans le centre-ville dans lequel il a pourtant tellement cru, faute de mobilisation et d’actions politiques structurées.

Si la conférence de Philippe Rainville n’a pas été un succès de participation, elle a été riche d’informations. Les statistiques de croissance explosive des services aériens partout dans le monde, dont Montréal, prouvent encore plus l’importance pour Sherbrooke de ne pas rester en marge de cette tendance.

M. Rainville annonce une telle efficacité des futures infrastructures sur le site même de l’aéroport Montréal-Trudeau ainsi que dans le Réseau express métropolitain (REM), auquel les Estriens pourront se raccorder à partir du carrefour autoroutier 10-30 pour rejoindre rapidement les terminaux de YUL, que plusieurs des irritants vécus actuellement sont susceptibles de disparaître ou, à tout le moins d’être grandement atténués d’ici cinq ans... ce qui pourrait devenir une raison de moins de voler à partir de Sherbrooke.

Le temps presse pour éviter que la région vive avec les regrets... d’avoir raté l’avion!