Des citoyens ont protesté, mardi, à Vancouver, contre l’achat par le gouvernement de Justin Trudeau du pipeline Trans Mountain de Kinder Morgan.

Kinder Morgan s’invite au G7

CHRONIQUE / Le gouvernement canadien n’avait peut-être pas le choix, mais l’achat du pipeline Trans Mountain de Kinder Morgan vient de jeter une grande zone d’ombre sur la crédibilité de Justin Trudeau au Sommet du G7. Le premier ministre avait été accueilli comme un héros à la rencontre de Paris sur les changements climatiques.

Après la tiédeur de Stephen Harper, la volonté de M. Trudeau d’assumer un leadership fort dans la lutte contre les gaz à effet de serre lui avait valu les éloges unanimes de la presse internationale. C’est cette crédibilité que le premier ministre a entachée avec le dossier Kinder Morgan. Un œil au beurre…noir de pétrole.

Le thème cher du Canada à la réunion du G7 porte sur la nécessité de «travailler ensemble à l’égard des changements climatiques, des océans et de l’énergie propre». Ce ne sont pas les autres chefs d’État ou de gouvernement qui lui feront la morale. Ils ont tous quelque chose à se reprocher en matière d’environnement, et ils savent à quel point la politique oblige parfois à prendre des décisions incompatibles avec les beaux principes. Il y aura donc de belles intentions environnementales rédigées par les fonctionnaires dans le communiqué final, mais ça ne change rien. Pour la presse internationale qui couvrira le Sommet, le Canada aura perdu sa virginité.

À Paris, les journalistes avaient noté que les belles intentions de M. Trudeau allaient en contradiction avec l’exploitation des sables bitumineux. Mais on avait donné la chance au coureur. Ce ne sera pas le cas au G7.

Imaginez en plus s’il fallait que l’Ontario élise Doug Ford le 7 juin, à la toute veille des travaux du G7. Ce serait toute la stratégie canadienne de taxation du carbone qui serait mise en péril. 

Quel mauvais timing pour M. Trudeau! Quand on pense que c’est l’échéance du 31 mai, dictée par l’Américaine Kinder Morgan, qui a plongé le Canada dans cette controverse juste avant de recevoir la presse internationale… 

Sur le plan économique, Ottawa fait le pari que l’exportation accrue de pétrole vers les marchés asiatiques sera porteuse de dividendes importants pour l’Alberta et le Canada. C’est vrai, mais encore faudra-t-il pouvoir construire ce pipeline. Or l’opposition des populations concernées et des peuples autochtones de la Colombie-Britannique n’est toujours pas résolue et sera probablement encore plus acharnée. Faudra-t-il envoyer l’armée pour empêcher les manifestants de bloquer les travaux? Ce serait impensable.

Dans un monde idéal, le premier ministre pourrait référer à l’exemple de la Norvège qui investit des montants très importants ailleurs sur la planète dans la lutte aux changements climatiques, à même les revenus tirés de l’exploitation du pétrole et de gaz au large de ses côtes. Mais le déficit budgétaire du gouvernement canadien est trop important pour faire preuve d’une telle largesse.

L’achat de Kinder Morgan n’a pas fait que des malheureux. Rachel Notley pourra dire aux Albertains qu’elle a bien défendu les intérêts de sa province. En Colombie-Britannique, John Horgan pourra dire la même chose et faire porter l’odieux de ce pipeline sur le gouvernement fédéral.

Mais peu importe ces deux gouvernements, la bataille sur le terrain ne fait que débuter. L’Association canadienne des producteurs de pétrole et de gaz naturel l’a reconnu, mardi : «Maintenant que ce projet a l’appui total du plus haut niveau de gouvernement au pays, nous nous attendons à ce qu’Ottawa s’engage à écarter toute barrière légale, politique ou activiste».

Dans l’esprit des pétrolières, les manifestants devront se tasser. C’est facile à dire comme ça, dans un communiqué de presse. Mais nous ne sommes pas en Chine ou en Russie…