Depuis trois ans, Julie Collin ramasse de l’argent pour l’alphabétisation. Elle s’est associée avec Les libraires, l’association des librairies indépendantes, et chaque sou va pour la bonne cause.

Julie lit au lit

CHRONIQUE / Julie Collin ne lit pas toujours au lit, elle y passerait ses journées. Elle lit, au bas mot, 2000 pages par semaine.

C’est là qu’elle a commencé à lire.

«Quand j’étais enfant, la lecture n’était pas quelque chose qui était valorisé chez moi. Je lisais le soir dans ma chambre, à la lumière d’un lampadaire.» Elle passait des heures dans son lit à lire.

Encore aujourd’hui, elle a toujours une pile de livres sur sa table de chevet.

Elle était bolée au primaire, ce qui ne l’a pas empêchée de décrocher à 16 ans pour aller voir ailleurs si elle était là. De toute façon, elle était déjà plus souvent ailleurs que sur les bancs d’école. «Il y avait deux catégories de profs, ceux qui voyaient mon potentiel même si je n’étais pas à mon affaire et les autres qui me disaient que je ne ferais jamais rien de ma vie. Carré comme ça.»

Les premiers ont eu raison.

«À 23 ans, j’étais en couple avec un gars qui étudiait à la maîtrise, il m’a inspirée. Je suis allée au Centre Louis-Jolliet pour finir mon secondaire.»

Elle était rendue en «secondaire 2, peut-être 3».

Julie a rapidement fini son secondaire, elle a voulu devenir assistante en pharmacie. «Le DEP [diplôme d’études professionnelles] se donnait à Fierbourg, je me suis inscrite. J’ai fait les tests et les étapes de sélection, mais j’ai été refusée. Dans la lettre de refus, ça disait qu’on pouvait appeler si on avait des questions.»

Elle en avait. «Ça m’a donné un grand choc.» Elle était certaine d’avoir bien réussi les évaluations, en plus de ses bonnes notes à Louis-Jolliet.

«La femme à qui j’ai parlé à Fierbourg m’a dit que j’avais été refusée parce que j’étais trop forte! Elle m’a dit que je voudrais vite faire autre chose, elle m’a dit: “Tu devrais plutôt aller à l’université...”»

Julie l’a prise au mot. «Je me suis inscrite à la TELUQ et ils m’ont acceptée!»

Elle n’en revient pas encore.

À 35 ans, elle est aujourd’hui «consultante sur des projets informatiques», gagne bien sa vie avec les mandats qu’elle obtient.

Et elle lit, toujours. De tout. Tellement qu’elle a eu l’idée de faire un blogue il y a trois ans. «J’avais déjà eu un blogue au début des années 2000, dans le temps que ce n’était pas encore à la mode... Je me cherchais une idée, je me suis dit que la lecture serait une bonne idée. Que ça permettrait des échanges.»

Le nom du blogue était tout trouvé, Julie lit au lit.

L’idée était d’abord de partager ses coups de cœur, de donner le goût de lire. Elle ne parle jamais d’un livre qu’elle n’aime pas, pas plus qu’elle ne s’oblige à le lire jusqu’à la fin. «La vie est trop courte! Quand je n’embarque pas, j’arrête, c’est tout. J’ai trop de respect pour les auteurs pour perdre mon temps à les descendre.»

Avec le temps, les maisons d’édition se sont mises à lui envoyer leurs nouveautés dans l’espoir qu’elle en glisse un mot sur son blogue, suivi par environ 3000 personnes. Elle en a tellement qu’elle n’a pas le temps de tout lire.

Elle a une idée. 

Une autre.

«Je marchais sur la rue Des Capucins l’année passée, je cherchais une idée pour la Saint-Valentin. Une de mes amies avait vécu une grosse épreuve, je cherchais quelque chose pour réinventer cette journée-là. J’ai pensé à tous ces livres que j’avais, qui s’accumulaient chez moi...»

Ça a donné «le 14 février, je donne un livre».

La formule est toute simple, Julie invite tout le monde à donner un livre à quelqu’un à la Saint-Valentin. Vu la quantité de livres qu’elle a, Julie a entrepris d’en laisser traîner un peu partout. Dans chacun, elle écrit un petit mot pour expliquer qu’elle donne le livre. «Et quelques mots sur le livre, quand j’ai le temps.»

L’année passée, elle a donné 80 livres. Le mois dernier, 200. «C’est devenu intense!» La veille et le jour de la Saint-Valentin, elle arpente les rues de la ville. «Je vais dans les commerces que je fréquente, dans les endroits publics, sur la traverse Québec-Lévis. Je suis même allée à l’urgence de Saint-François-d’Assise.»

Les patients ont du temps en masse pour lire.

Parfois, elle observe, en retrait. «J’aime regarder les gens quand ils prennent le livre, ils hésitent, le feuillettent. Quand ils commencent à le lire, je trouve ça beau.»

C’est beau.

Depuis trois ans, Julie ramasse aussi de l’argent pour l’alphabétisation. Elle s’est associée avec Les libraires, l’association des librairies indépendantes, et chaque sou va pour la bonne cause. Elle paye de sa poche la facture pour l’hébergement de son blogue. «J’ai donné plus de 400 $ jusqu’ici.»

C’est sa contribution pour fabriquer de futurs lecteurs. «C’est important pour moi de conscientiser les gens que ce n’est pas tout le monde qui a accès à la lecture. Et si ça peut toucher une personne, l’amener à acheter un livre...»

Sur Internet: julielitaulit.com