Est-ce la cohabitation entre l’ex-ministre Pierre Paradis et des membres de sa famille ou le type d’enquête menée par la commissaire à l’éthique dont il faut le plus s’inquiéter?

Job de Boubou Macoute pour achever Pierre Paradis

CHRONIQUE / Est-ce un héritage de la Revanche des berceaux, l’époque où les curés s’invitaient dans les maisons pour réprimander les mères qui espaçaient trop les grossesses, toujours est-il qu’on est forts sur la reddition de comptes au Québec.

C’est une patte d’ours toutes griffes sorties que la commissaire à l’éthique et à la déontologie de l’Assemblée nationale a posée sur l’ex-ministre Pierre Paradis, qui a cohabité avec sa fille, son gendre et l’un de ses petits-enfants.

Pas besoin de chercher longtemps pour trouver des cas semblables. La députée Karine Vallières, qui a tiré un trait hier sur sa vie de parlementaire, a habité durant sa jeunesse chez papa Yvon, à Québec, lorsque ce dernier siégeait à l’Assemblée nationale. L’ex-député d’Orford, Robert Benoit, a aussi hébergé l’une de ses filles dans un condo acheté, avec lequel il justifiait le paiement des frais d’hébergement autorisés.

La pratique est tout à fait légale pour un conjoint(e) ou un enfant à charge, précise-t-on dans le rapport visant M. Paradis. Ce dernier signale avec ironie dans son plaidoyer écrit « qu’il aurait été conforme et éthique qu’une maîtresse vive en cohabitation avec moi, mais pas ma fille... »

« En l’espèce, la fille et le gendre du député étaient majeurs et autonomes financièrement puisqu’ils avaient un emploi et étaient parents d’un enfant. Cette situation dépasse largement le cadre normal de la conciliation travail/famille », a nuancé la commissaire à l’éthique, Me Arianne Mignolet.

L’un des immeubles partagés a été la propriété du gendre de M. Paradis. Le loyer de 1300 $ que lui payait son beau-père ne dépassait pas l’allocation consentie aux parlementaires.

Mais il « était excessif et déraisonnable » en se référant aux barèmes locatifs du quartier, selon Me Mignolet. Surtout que le ministre aurait dormi par terre comme un simple berger, à côté de son petit Jésus! Ce contexte aurait commandé un partage des coûts de loyer proportionnel à l’utilisation.

Le rôle de veiller au respect de règles que les parlementaires ont eux-mêmes fixées est ingrat. Les manquements relevés ainsi que la recommandation d’imposer à M. Paradis un remboursement de 24 443,63 $ (pas une cenne de plus, mais pas une de moins) peuvent se justifier avec le mandat.

Mais ça fait Boubou Macoute, et pas à peu près, comme contrôle de l’État!

Nous avons mis fin aux allocations de transition qui étaient difficilement interprétables d’un point de vue légal et qui devenaient des accommodements déraisonnables lorsque versées pour un départ quelques mois seulement après une élection. Ce pont financier a été intégré à la rémunération et en toute logique, il est même devenu un avantage imposable.

Voulons-nous faire de la reddition de comptes un championnat de la vertu?

Le Journal de Montréal a produit à la fin du mois d’avril un relevé des frais de logement payés aux députés ayant accepté de les dévoiler. Selon les données colligées, le péquiste Marc Bourcier et la solidaire Manon Massé se sont avérés l’an dernier les députés les plus austères, ayant réclamé à peine le tiers des 15 300 $ admissibles.

Mme Massé a vécu en colocation. Les frais de loyer et autres dépenses admissibles qu’elle a réclamés à l’État ont représenté 50 % des déboursés des deux occupants.

« Ce n’est pas une question d’être exemplaire ou non, mais ça me convient très bien pour mes besoins », a alors affirmé celle qui agira comme cheffe des troupes solidaires durant la campagne provinciale.

Ledit coloc perdrait sa job, se retrouverait sans le sou et cesserait de payer sa part de loyer, faudrait-il que Mme Massé le mette illico à la porte et qu’on examine ensuite d’un œil suspicieux une réclamation deux fois plus élevée de la députée de Sainte-Marie-Saint-Jacques pour son logement?

Un(e) député(e) offrirait un dépannage gratuit à un(e) ami(e) vivant une rupture conjugale difficile, une demande de divorce devrait-elle être fournie en preuve et un médecin exigé pour confirmer le besoin d’un support psychologique?

Sauriez-vous, Madame la commissaire, nous préciser à l’avance les justifications qui rendraient la solidarité tolérable dans un logement payé par l’État, pour rapprocher de l’hôpital un proche ou un cousin éloigné ayant besoin de soins spécialisés?

Sans ridiculiser la messagère, ça fait Boubou Macoute notre affaire!

De deux choses l’une, on prend le virage socialiste en construisant un grand HLM pour loger tous les parlementaires gratuitement dans des chambres ayant la dimension de celles des nouveaux hôpitaux ou nous leur envoyons en début d’exercice une allocation d’hébergement fixe (suivant les barèmes d’éloignement existants) qu’ils pourront utiliser comme bon leur semble.

Alors, les missionnaires de l’hébergement pourront suivre leur code de valeur et les économes, eux, faire don des sommes épargnées à des organismes de leur circonscription.

« Ceci a mené à une enquête surréaliste, de nature à causer un tort considérable à la personne qui en fait l’objet », déplore dans son plaidoyer le vétéran parlementaire toujours en convalescence.

Le temps n’a pas effacé de mes souvenirs le témoignage d’un Sherbrookois qui vivait au milieu des années 80 dans des conditions précaires et qui m’avait alors raconté à quel point il s’était senti humilié de voir débarquer chez lui la police de l’aide sociale que le gouvernement Bourassa avait mandatée pour aller vérifier l’exactitude des déclarations, le partage silencieux de logements entre prestataires et questionner l’aptitude au travail. Le ministre de la Main-d’œuvre et de la Sécurité du revenu était un dénommé Pierre Paradis...

J’espère que vous guérirez des blessures neurologiques découlant de votre chute à cheval, M. Paradis, de même que des séquelles psychologiques causées par le passage de Boubou Macoutes dans votre vie familiale. Répercussions que vous aviez peut-être sous-évaluées dans le passé.