Jean-Marc Salvet
Le Soleil
Jean-Marc Salvet
Le biologiste et communicateur scientifique Jean Lemire est rémunéré à hauteur de 665$ par jour.
Le biologiste et communicateur scientifique Jean Lemire est rémunéré à hauteur de 665$ par jour.

Une caution verte

CHRONIQUE / Le poste d’émissaire aux changements climatiques est un job payant, mais le mandat qui lui est dévolu demeure encore flou trois ans après sa création, rapportait La Presse canadienne cette semaine. L’article rappelait que le titulaire du poste, le biologiste et communicateur scientifique Jean Lemire, est rémunéré à hauteur de 665$ par jour.

Flou? Il semble que M. Lemire ne sache pas trop ce qu’on attend de lui. Il estime en tout cas que son mandat est en cours de révision.

Au ministère des Relations internationales du Québec, de qui il relève, on ne voit pas les choses ainsi. On a même indiqué au Soleil qu’il n’y a pas de révision en marche. 

On a aussi, du même souffle, fait valoir qu’il «apparaît plus que jamais nécessaire que le gouvernement du Québec bénéficie de l’expertise de M. Lemire en matière environnementale».

Il faut croire que ce fait a échappé au ministère de l’Environnement. Il n’y a pas un mot sur lui ou sur son apport dans le Plan pour une économie verte 2030, dévoilé lundi par le ministre Benoit Charette.

Retour en arrière

En 2017, le gouvernement Couillard avait créé un poste d’émissaire aux changements climatiques et aux enjeux nordiques et arctiques, dont le titulaire est, depuis ce temps, le biologiste et communicateur Jean Lemire.

Le précédent gouvernement avait aussi créé un poste d’émissaire en matière de mobilité internationale et de reconnaissance des qualifications professionnelles, dont le titulaire a changé depuis.

Et un troisième poste d’émissaire dédié, lui, aux droits et libertés de la personne. Ce dernier poste n’existe plus. Il a été aboli en cours de route.

Sur papier, l’idée générale du gouvernement Couillard se défendait parfaitement.

Un non-sens

Le poste de représentant aux changements climatiques a cependant très rapidement soulevé des interrogations en raison du rapport entre les coûts qu’il entraîne et le bénéfice qu’il procure. Stop! Bien sûr. Tout ne doit pas se mesurer en espèces sonnantes et trébuchantes. Il existe d’abord et avant tout des bénéfices intangibles dans la vie, ainsi que des graines que l’on sème aujourd’hui et que l’on récolte plus tard. Bien sûr.

Cela ne doit pas empêcher de s’interroger.

Car, même si ses missions à l’étranger ont été stoppées depuis mars en raison de la pandémie, Jean Lemire a empoché plus d’un demi-million de dollars sous forme de rémunération depuis trois ans, selon les chiffres du ministère des Relations internationales que rapporte La Presse canadienne. Pour les deux premières années de son mandat, il a de plus réclamé pour plus de 100 000 $ de remboursement de dépenses pour différentes missions.

Et malgré tout cela, un flou continuerait d’exister sur son mandat et des doutes subsisteraient encore sur l’apport de cette fonction? C’est un non-sens.

Bénéfice politique

Malgré les interrogations qu’avait elle-même soulevées la ministre des Relations internationales, Nadine Girault, en avril 2019 sur le rôle des émissaires, on pouvait difficilement imaginer à ce moment-là que son gouvernement, élu quelques mois plus tôt, balance cette nouveauté par-dessus bord. S’il l’avait fait, il aurait permis à ses détracteurs d’étayer leurs soupçons voulant qu’il cherche à transformer le ministère des Relations internationales en organisation dédiée au tout économique, au développement des affaires uniquement.

Avec le passage du temps, on peut toutefois davantage croire qu’à ce moment-là que l’existence du poste de représentant aux changements climatiques apporte surtout un bénéfice politique (d’image) au gouvernement Legault — lui qui aime pourtant se montrer soucieux des coûts par rapport aux bénéfices. Non pas que l’existence d’une telle fonction lui ait permis d’engranger des points dans l’opinion publique, car la plupart des gens ignorent qu'elle existe.

Mais on peut très bien imaginer que le gouvernement Legault a instinctivement pris en considération l’impact négatif pour lui de manchettes qui auraient joué ou qui joueraient sur le fait qu’il supprime une fonction censée participer à la lutte aux changements climatiques — s’il avait choisi d’abolir ce poste.

Cet émissaire du ministère des Relations internationales a exercé et exerce un rôle de caution verte.

Plusieurs le pensent au ministère de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques. Simple jalousie entre ministères? Je ne le crois pas. Mais je ne demande pas mieux — et je ne suis pas le seul — qu’on démontre le contraire.