Carles Puigdemont a pu se rendre aux Pays-Bas, en Irlande, en Finlande, en Suisse, au Danemark et en Allemagne depuis qu’il s’est exilé en Belgique.

Puigdemont, affaire d’État chez nous?

CHRONIQUE / Il serait étonnant que l’Assemblée nationale ne soit pas appelée à se prononcer sur l’interdiction faite à l’ex-président catalan Carles Puigdemont de venir au Canada — au Québec, en l’occurrence. Le fera-t-elle d’une seule voix?

On rappelle souvent que l’Assemblée nationale s’est déjà exprimée unanimement sur la situation en Catalogne. C’est vrai, mais cette façade cache des lézardes.

En 2017, ce n’est qu’après un long et dur bras de fer que les partis politiques québécois étaient parvenus à s’entendre. Les libéraux n’appréciaient pas le premier libellé présenté par le Parti québécois (PQ).

Récemment, en février — et bien que la chose soit passée inaperçue —, le gouvernement de François Legault a repoussé une proposition de résolution parlementaire du PQ sur la Catalogne.

Il ne s’est pas exprimé sur son refus. Mais je soupçonne qu’il s’est dit qu’il ne pouvait entièrement souscrire au paragraphe demandant que l’Assemblée nationale «affiche sa solidarité envers les 12 élus catalans emprisonnés pour avoir organisé un référendum dans le respect des règles démocratiques».

Une faute

Si elle est politique, la révocation de l’autorisation préalablement accordée à l’ex-président catalan de venir au Canada n’est pas une erreur, mais une faute. J’évoque l’hypothèse politique, car, même si le dossier n’est pas monté jusqu’au bureau de Justin Trudeau, j’imagine mal qu’un tel refus ait été décidé seulement par l’appareil administratif du ministère fédéral de l’Immigration.

Si elle est en partie politique, cette décision découlerait-elle d’un agacement de Madrid, communiqué à travers son ambassade à Ottawa? La bonne relation qu’entretient Ottawa avec le gouvernement central espagnol pouvait pourtant lui permettre d’expliquer les raisons pour lesquelles il devait et il fallait permettre à Carles Puigdemont de venir au Canada.

Il est aussi possible qu’Ottawa ait craint d’avoir à gérer une demande d’extradition vers l’Espagne des autorités espagnoles. Le principal intéressé n’aurait lui-même pas voulu rester sur le sol québécois ou canadien le temps de longues procédures — et encore moins cette éventuelle extradition.

Il faut toutefois savoir que M. Puigdemont a pu se rendre aux Pays-Bas, en Irlande, en Finlande, en Suisse, au Danemark et en Allemagne depuis qu’il s’est exilé en Belgique — après la déclaration d’indépendance de la Catalogne en octobre 2017, déclaration unilatérale jugée illégale par Madrid. Alors, pourquoi pas au Canada?

Même si cette interdiction provenait strictement de l’appareil administratif, elle n’en donnerait pas moins du grain à moudre aux partis et à tous les citoyens indépendantistes québécois qui, ces temps-ci, se frottent les mains devant l’accumulation de dossiers potentiellement porteurs.

Cela étant, ce n’est pas cette interdiction qui doit beaucoup troubler M. Puigdemont depuis quelques heures. D’abord, parce que les autorités électorales espagnoles viennent de lui interdire de se présenter aux élections européennes. Ensuite, parce que lors des législatives tenues dimanche en Espagne, son parti s’est fait doubler par un rival, un parti catalan lui aussi indépendantiste, mais considéré plus pragmatique que le sien.

Les élections en Espagne ont été remportées — bien que sans majorité absolue — par le socialiste Pedro Sanchez, un homme tout de même un peu ouvert au dialogue avec Barcelone. Tant mieux! L’intransigeance ne règle rien.