Un parlement est avant tout un lieu de médiation. C’est ce que les parlementaires eux-mêmes et bien des citoyens doivent comprendre et avoir à l’esprit.

Mesdames, messieurs les députés

CHRONIQUE / C’est mardi que débute la vraie joute parlementaire à l’Assemblée nationale, puisque les deux semaines lors desquelles vous avez siégé l’automne dernier n’étaient qu’un tour de chauffe.

Votre principal devoir au cours des prochaines semaines, des prochains mois et des prochaines années sera de prendre soin de notre système de représentation parlementaire, auquel tant de personnes ne croient plus. C’est ce système qui vous donne toute la légitimité de proposer, de débattre et de voter les lois du Québec au nom des Québécois.

En prendre soin? Oui, car il est plus mal en point qu’on ne le croit. Le problème est que bien des citoyens n’acceptent plus d’être représentés par d’autres, tout dûment élus soient-ils. L’élection du gouvernement de François Legault a apaisé une certaine grogne, mais elle ne l’a pas fait disparaître à tout jamais. Au fil du temps, la forte défiance qui existait réexistera à la faveur d’événements de toutes sortes.

Médiation

Un parlement est avant tout un lieu de médiation. C’est ce que les parlementaires eux-mêmes et bien des citoyens doivent comprendre et avoir à l’esprit. Les députés, à force de débats — de débats vigoureux —, de motions et d’amendements, forment un groupe de médiateurs de la société. C’est précieux.

Car il faut des lieux de médiation pour soupeser les choses avant que des décisions soient prises — et ça ne veut pas dire qu’elles seront bonnes en soi, évidemment. Mais on n’a encore rien trouvé de meilleur. Voilà pourquoi il faut prendre soin de ce système de représentation.

À nos parlementaires — à vous, donc, mesdames, messieurs les députés du gouvernement et de l’opposition — d’en être dignes en proposant plus qu’en polémiquant, en mettant le plus souvent possible l’accent sur les explications, sur le comment et le pourquoi des choses.

Expliquer, y compris, par exemple, ses volte-face. Il n’y a rien de mal à corriger le tir, mais les nombreuses volte-face du gouvernement Legault dont nous avons déjà parlé pourraient finir par lui faire du tort s’il ne prend pas la peine, chaque fois, d’en expliquer les raisons, de mettre cartes sur table.

Mieux associer les citoyens

Bien des citoyens veulent avoir voix au chapitre entre deux élections. Nos responsables politiques ne cessent donc de répéter qu’ils les écoutent… La belle affaire! Chaque camp rencontre ses propres sympathisants, zyeute le miroir déformant des «réseaux sociaux» et tend l’oreille à ce que disent les faiseurs d’opinions. Ce n’est aucunement «écouter les citoyens», ça!; citoyens qui ont de toute façon des vues opposées.

Ce qu’il manque sans doute de nos jours, c’est une structuration de la «parole citoyenne» entre deux élections. Mais comment associer le plus de citoyens possible aux débats? La question n’est pas saugrenue, puisqu’on sent depuis longtemps qu’il existe une demande de ce côté. Cette demande pourrait d’ailleurs grandir avec le temps, bien plus que celle pour un scrutin proportionnel.

Une structure citoyenne intermédiaire élargirait le système de médiation collectif. En passant, on ne voit pas comment la solution pourrait passer par des référendums d’initiative populaire — si l’objectif est réellement de sauver notre précieux système de représentation parlementaire. Et c’est ce qu’il faut, le sauver, car les élus qui en font partie sont les mieux placés pour tenir compte à la fois des lois fondamentales de la société et des nécessités sociales, économiques et environnementales globales.