Le chef du Parti populaire du Canada, Maxime Bernier

Maxime Bernier, populiste affiché

CHRONIQUE / Maxime Bernier a tout du chef populiste, y compris les thèmes et le langage. Pas étonnant, donc, de l’entendre défendre l’expression «immigration de masse» pour dénoncer le nombre de personnes immigrantes admises au Canada.

Sur le langage encore, les adversaires du chef du Parti populaire du Canada seraient, à l’écouter, à la tête de vieux partis. Et seraient interchangeables. Conservateurs et libéraux, ce serait bonnet blanc et blanc bonnet.

Le chef conservateur, Andrew Scheer, doit avaler de travers lorsqu’on l’associe à Justin Trudeau… Mais passons.

Maxime Bernier a aussi la posture et les codes du parfait populiste. À l’instar de nombreux citoyens, il s’en prend au conformisme ambiant, à une certaine bien-pensance.

L’ancien ministre conservateur s’en prend aussi au fait que des propos comme les siens n’auraient pas vraiment droit de cité dans la sphère publique.

Ils ne sont pourtant pas nouveaux. Et on les entend autant que d’autres points de vue.

Il est toutefois évident que la décision de laisser le patron du Parti populaire du Canada sur la ligne de touche lors des grands débats télévisés des chefs lui permet d’accréditer aux yeux de plusieurs la thèse selon laquelle on cherche à le faire taire, à minorer son courant.

Tout comme cette histoire de retrait des panneaux publicitaires à travers lesquels une organisation canadienne appuyait son plan d’immigration. Elle l’a malheureusement fait en employant une expression déplorable; déplorable, parce que susceptible de dresser des citoyens les uns contre les autres.

Il faut être clair : M. Bernier a le droit de reprendre à son compte l’expression «immigration de masse» de cette organisation. Mais d’autres ont tout autant le droit de la juger détestable. Ce qui vaut pour les uns vaut pour les autres.

Personne d’ailleurs ne dit qu’il ne doit pas y avoir de débat sur l’immigration. La question n’est pas là.

En passant, ce n’est tout de même pas une autorité publique qui a exigé le retrait des panneaux publicitaires. C’est l’entreprise d’affichage qui a pris cette décision pour des motifs commerciaux, après avoir reçu de nombreuses plaintes.

Sans faux-fuyant

Ce qui est inusité est que Maxime Bernier assume totalement l’étiquette de populiste. Il la revendique. 

Voilà ce qu’il a notamment écrit à la Commission des débats des chefs pour plaider sa cause : le Parti populaire «est un parfait exemple» de l’«émergence rapide d’une alternative politique populiste». Ce sont ses termes.

Pour plusieurs, le populisme est une dérive.

Les populistes font souvent leur pain et leur beurre des thèmes suscitant des craintes chez une partie de la population. Et ils avancent souvent des solutions trop simplistes pour y faire face.

L’adverbe «souvent» est de mise, car il y a populiste et populiste. Il existe des degrés de populisme, comme dans toutes les choses.

Maxime Bernier fait partie des politiciens en Occident qui veulent faire du judo avec l’épithète populiste. Il fait partie des politiciens qui estiment que le terme signifie qu’ils sont près des citoyens, près des préoccupations populaires, près des inquiétudes du «peuple». Il veut faire passer cette acception, la retourner à son avantage.

Que quelqu’un s’approprie à ce point le qualificatif, ça, chez nous, c’est nouveau.