Jean-Marc Salvet
Le Soleil
Jean-Marc Salvet
En janvier 2019, de passage à Paris, le premier ministre Legault avait affirmé être un «dealmaker». Cette semaine, il a déposé d’autres mots sur la table pour dire à peu près la même chose.
En janvier 2019, de passage à Paris, le premier ministre Legault avait affirmé être un «dealmaker». Cette semaine, il a déposé d’autres mots sur la table pour dire à peu près la même chose.

Les 12 travaux de Legault

CHRONIQUE / Hercule et Astérix avaient leurs 12 travaux, le gouvernement Legault a ses 12 «chantiers» liés à la «fabrication au Québec».

En matière de développement économique, tout serait maintenant pas mal en place pour que les choses commencent vraiment. Entendre : pour qu’elles aillent au-delà des discours.

Le dossier des signes religieux et celui des niveaux d’immigration (sans compter le «test des valeurs» dont il ne reste pas grand-chose) ont été des marqueurs politiques et électoraux de la Coalition avenir Québec. Pour François Legault, ces questions ont en quelque sorte constitué un passage obligé pour être élu.

Il ne le dit pas ainsi, mais il s’arrange tout de même régulièrement pour faire comprendre qu’il devait passer par là. Et pour rappeler que c’est l’économie qui le motive.

Dans une entrevue accordée à La Presse+ en début de semaine, le premier ministre a déclaré qu’il voulait accroître la part des produits fabriqués au Québec. Il a expliqué vouloir mettre l’accent, pour la deuxième moitié de son mandat, sur ce qui l’a toujours véritablement animé: l’économie.

C’est vrai que c’est ce qui le motive. Il n’a pas sorti cette volonté de son chapeau ces jours-ci. C’est le vocable qui se précise, qui s’adapte à l’air du temps. Le fond demeure le même.

À preuve, ces citations tirées d’une entrevue accordée au Soleil en septembre 2017, avant la dernière campagne électorale : «On a un énorme rattrapage économique à faire», avait insisté François Legault. Dans cette même entrevue, il avait martelé qu’il voulait être «le premier ministre de l’économie».

Et de telles déclarations ressemblent elles-mêmes à des centaines d’autres qu’il a prononcées depuis des années.

François Legault s’affiche depuis longtemps en entrepreneur.

La faiblesse des investissements privés au Québec le désespère depuis des années. On se souvient de toutes ses sorties sur l’écart de richesse entre le Québec et le reste de l’Amérique du Nord.

En 2012, le chef caquiste avait même voulu convaincre le gouvernement Marois de rouvrir son budget 2013-2014 pour y inclure une série de propositions de son cru visant la «relance économique» du Québec.

En janvier 2019, de passage à Paris, le premier ministre Legault avait affirmé être un «dealmaker».

Cette semaine, il a déposé d’autres mots sur la table pour dire à peu près la même chose. Il entend par exemple donner du souffle aux secteurs manufacturier et agricole par un accroissement de la «fabrication au Québec». L’expression correspond mieux au temps présent.

À cette heure-ci, on ne peut que féliciter les ambitions du «premier ministre de l’économie». Lui et ses ministres économiques forment une équipe solide. Structurée, qui plus est. Mais, de son propre aveu, elle a surtout jusqu’ici préparé le terrain.

Ces temps-ci, tous les gouvernements de pays semblables au nôtre veulent et disent à peu près la même chose, bien que tous dans leurs propres mots, avec leurs sensibilités particulières et leurs méthodes. Ce n’est pas réduire la volonté du gouvernement Legault de le noter ni minimiser la portée de ses ambitions. C’est rappeler que celles-ci sont largement partagées. C’est rappeler qu’elles sont, oui, dans l’air du temps.

Chez les gouvernements «libre-échangistes» comme l’est celui de M. Legault, cet air du temps est au rééquilibrage de la mondialisation — à un certain rééquilibrage, devrait-on plutôt dire. Et celui-ci passe partout par une volonté d’accroître la part de fabrication locale ou nationale.

Les choses se disent aujourd’hui plus clairement. Pendant des années, on parlait plus pudiquement et plus largement d’une «balance commerciale» à améliorer. Au Québec, elle est déficitaire de 23 milliards $ par année.

Gare au «à quoi bon?»

Un mot sur la pandémie pour conclure sur ce sujet. Car, c’est depuis son irruption dans nos vies que l’idée de plus de fabrication locale et nationale s’est davantage imposée.

Le grand défi des gouvernements engagés dans la lutte contre la COVID-19 est de ne pas perdre l’adhésion encore pour l’instant assez généralisée de leurs citoyens. Plus les outils de mesure, d’identification, de suivi et de traçabilité seront fins, plus les actions des autorités compétentes pourront être fines. Déjà en vigueur ailleurs, un code-couleur y participera.

Des réponses toujours mieux ciblées constitueront le meilleur moyen d’éviter de perdre l’adhésion de trop de citoyens qui, lassés, finiraient par se dire : «À quoi bon tout ça?»

Leur abandon serait notre échec collectif. Plus il ferait tache d’huile, plus il entraverait tout le plan de relance économique.