Jean-Marc Salvet
La députée péquiste Véronique Hivon a félicité la décision du ministre Jean Boulet (photo) de finalement accorder aux parents adoptifs la même plage de congés parentaux qu’aux parents biologiques.
La députée péquiste Véronique Hivon a félicité la décision du ministre Jean Boulet (photo) de finalement accorder aux parents adoptifs la même plage de congés parentaux qu’aux parents biologiques.

Gagner des points en… reculant

CHRONIQUE / «Je veux dire au ministre que, pour moi, il ne recule pas. Il avance. Il avance vers la pleine reconnaissance des familles adoptantes du Québec.»

C’est en ces termes que la députée péquiste Véronique Hivon a félicité la décision du ministre Jean Boulet de finalement accorder aux parents adoptifs la même plage de congés parentaux qu’aux parents biologiques.

Pas question pour Mme Hivon, donc, de profiter de la situation pour accuser le gouvernement Legault de «recul», une accusation qui hérisse toujours tous les partis au pouvoir. Et qui, à force d’être martelée, ne les incite jamais à ajuster ou à modifier une décision.

Véronique Hivon a d’ailleurs été membre d’un gouvernement, celui de Pauline Marois, qui n’en pouvait plus d’être régulièrement accusé de reculer — même s’il avait raison de le faire.

Le paradoxe est tout là : quand un gouvernement recule, c’est presque toujours justifié. Mais ce même gouvernement est ensuite susceptible d’être écorché de ce seul fait, puisqu’on peut par la suite soutenir qu’il démontre lui-même qu’il a mal fait ses devoirs.

Jusqu’ici, les reculs opérés par le gouvernement Legault l’ont davantage aidé que desservi.

Jusqu’à présent, ils ont été perçus comme des actes d’humilité, de bon sens. Ce qu’ils sont.

Gare toutefois au point de bascule qui survient avec l’accumulation.

Mais, jusqu’ici, le gouvernement Legault ne perd pas de points en reculant. Au contraire.

La volte-face sur les congés parentaux ne lui fera pas perdre de points, pas plus que la suspension de la réforme du Programme de l’expérience québécoise (PEQ) n’a eu cet effet. On a d’ailleurs pu le constater lundi lors de la partielle dans Jean-Talon.

S’il s’était obstiné et n’avait pas suspendu temporairement cette réforme, la controverse se serait amplifiée.

Des visages

Une fois qu’on a dit cela, on n’a pas tout dit. Les gouvernements — celui de M. Legault n’y fait pas exception — ne reculent pas nécessairement parce que les fondements d’une proposition législative ou d’un projet de règlement sont mal fondés ou mal ficelés.

Les gouvernements sont plus susceptibles de reculer lorsque, de plus, des êtres humains peuvent apparaître sur la place publique pour témoigner de l’impact personnel de telle ou telle mesure.

Devant des visages auxquels les citoyens en général peuvent s’identifier, ou se montrer sensibles, un gouvernement qui ne ferait rien risquerait de paraître dur et insensible.

Celui de M. Legault a donc bougé dans le dossier des congés parentaux, comme dans celui du PEQ et comme dans celui ayant mené à la réintégration de l’agronome Louis Robert. Dans ces trois dossiers, il y avait des visages bien réels, des cas humains bien visibles.

L’exemple du cannabis peut étayer cette observation a contrario. À peu près tous les experts — et pas seulement ceux de la santé publique — ont jugé mal fondé le projet de loi visant à faire passer de 18 à 21 ans l’âge légal de consommation. Le gouvernement n’a pas bronché pour autant. Dans ce dossier, comme dans d’autres, il n’y avait pas de citoyens directement concernés pour témoigner de l’impact sur eux de la mesure à venir. Il n’y avait pas de visages.

La «règle des visages» pèse lourd, même si elle n’est tout de même pas une vérité absolue. La loi sur la laïcité de l’État nous le rappelle. Il faut toutefois préciser que, dans ce cas-ci, il s’agissait d’un engagement fondamental de la Coalition avenir Québec et que le projet de loi de Simon Jolin-Barrette n’a jamais cessé de bénéficier d’un très fort appui populaire.