François Legault: Pas là pour les signes religieux...

CHRONIQUE / En affirmant qu’il n’est pas venu en politique pour interdire le port de signes religieux chez des figures d’autorité de l’État — qu’il a d’autres priorités que celle-là —, François Legault dit ce qu’il faut dire pour plaire sans déplaire.

Il n’est pas venu pour ça et il a d’autres priorités que cette proscription… C’est ce qu’il a déclaré en entrevue à des médias de Québecor, en marge de sa mission à New York et à Washington.

Son affirmation fait certainement mouche lorsqu’il ajoute s’être lancé en politique pour mieux soutenir le secteur de l’éducation, donner de l’élan à l’économie et défendre l’identité québécoise.

Si M. Legault ne s’est pas lancé en politique pour restreindre le port de signes religieux, il n’en demeure pas moins que la Coalition avenir Québec (CAQ) a assez rapidement fait de sa position sur ce sujet un tremplin électoral.

En martelant ce clou lorsqu’elle était dans l’opposition, elle en a fait un de ses thèmes de prédilection. Elle n’a jamais ignoré que la demande de législation sur ce front était forte chez les électeurs francophones.

Et comme elle représentait beaucoup plus que le Parti québécois une solution de rechange au gouvernement Couillard, elle a pu capitaliser là-dessus.

Le Parti libéral du Québec a probablement davantage pâti de son refus d’endosser les recommandations du rapport Bouchard-Taylor que de l’austérité budgétaire qu’il a décrétée à son arrivée au pouvoir. 

Exercice obligé

Mais il est vrai que François Legault n’est pas venu en politique en pensant aux signes religieux. Cette question l’indifférait carrément lorsqu’il a lancé la Coalition avenir Québec en 2011.

Elle l’indifférait, même si l’Action démocratique du Québec, la formation avec laquelle la CAQ a «fusionné», avait fait son pain et son beurre de la question des accommodements raisonnables au cours des années précédentes.

La Coalition avenir Québec a en quelque sorte été entraînée sur ce terrain en 2013. Elle estimait ne pas avoir le choix — électoralement parlant. Elle ne voulait pas se laisser déclasser par le Parti québécois qui s’apprêtait à présenter sa Charte des valeurs. À l’interne, plusieurs considéraient que c’était un exercice politique obligé.

C’est finalement à la fin de l’été 2013 que la CAQ a arrêté sa position sur l’interdiction du port de symboles religieux aux figures «d’autorité» que sont les juges, les policiers, les procureurs et les gardiens des centres de détention — ainsi que les enseignants des écoles primaires et secondaires publiques, qui doivent être classés dans cette même catégorie, selon elle.

Embêtant pour Ottawa

Depuis 2013, c’est un bail en politique. La position du gouvernement Legault ne pouvait donc pas changer parce que des experts du Conseil des droits de l’homme de l’Organisation des Nations unies se disent préoccupés par les effets du projet de loi 21 sur les minorités religieuses.

Cette instance a un déficit de crédibilité aux yeux de bien des gens. Mais il serait tout de même bon que le gouvernement identifie clairement les signes religieux qui seront interdits, comme elle le suggère. Les commissions scolaires le souhaitent aussi.

Cet avis du Conseil des droits de l’homme de l’Organisation des Nations unies est plus embêtant pour le gouvernement canadien que pour celui de François Legault. C’est Ottawa qui devra éventuellement y répondre.