François Legault s’est campé très rapidement et avec force derrière le projet de gazoduc et de terminal au Saguenay, un ensemble par lequel transiterait du gaz naturel de l’Alberta avant d’être expédié en Europe, en Asie et ailleurs. Le gouvernement invoque les emplois et un investissement privé de 14 milliards $.

Énergie Saguenay: le gros pari de Legault

CHRONIQUE / Mine de rien, entre deux phrases, François Legault a pris un gros pari avec la solidaire Manon Massé à propos du projet Énergie Saguenay, de GNL Québec. Elle et d’autres pourraient bien lui demander de le relever vraiment.

Lundi, à la séance de la période des questions, le premier ministre a dit ceci à la chef de Québec solidaire : «Si on augmente d’un côté les GES en produisant du gaz dans l’Ouest canadien, mais qu’on réduit de trois ou quatre fois plus les émissions de GES en Europe en fermant la production de charbon et de mazout — si je prouve ça à la chef du deuxième groupe d’opposition —, va-t-elle être d’accord avec le projet?»

«Si je prouve ça»…

S’ils sont convaincus qu’il s’agit d’un mauvais projet, Québec solidaire et le Parti québécois devraient maintenant en toute logique demander au premier ministre de «prouver» la véracité de son affirmation — qui demeure jusqu’ici une prétention du promoteur du projet.

Mme Massé n’a pas pu rebondir sur la réponse du premier ministre. Le temps de parole alloué à Québec solidaire était terminé. 

Elle s’est tournée vers le péquiste Sylvain Gaudreault, député de Jonquière, en espérant qu’il prenne le relais. Mais le Parti québécois avait un autre plan de match ce lundi, même si à travers M. Gaudreault, il avait fait savoir la veille qu’il n’appuierait pas ce projet.

En cette fin de session parlementaire, voilà un dossier d’actualité qui distingue le PQ du gouvernement. Stratégiquement, ce n’est pas mauvais pour lui.

Le PQ est en général beaucoup moins en opposition au gouvernement de François Legault que ne le sont les libéraux et les solidaires.

Pas démontré

M. Legault s’est campé très rapidement et avec force derrière ce projet de gazoduc et de terminal au Saguenay, un ensemble par lequel transiterait du gaz naturel de l’Alberta avant d’être expédié en Europe, en Asie et ailleurs. Le gouvernement invoque les emplois et un investissement privé de 14 milliards $.

Est-ce aussi pour François Legault une façon de donner des gages à l’Alberta, de se reprendre? L’automne dernier,  il avait qualifié son pétrole de «sale». C’était deux jours avant qu’on apprenne que le Québec toucherait cette année 13,1 milliards $ en péréquation, soit 1,4 milliard $ de plus que l’an dernier.

Pour défendre ce projet, M. Legault invoque aussi et surtout, donc, un bénéfice global en ce qui a trait aux émissions mondiales de gaz à effet de serre. Le problème est que ce bénéfice n’est pas du tout démontré et qu’il est même contesté par la communauté scientifique québécoise — entre autres par les 160 signataires d’une tribune parue dans Le Devoir, lundi.

«Écoute»?

François Legault répète souvent qu’il a fait de l’«écoute des Québécois» un axe cardinal de son gouvernement.

Que fera-t-il avec le projet de GNL Québec s’il devient moins populaire avec le temps? À maintes reprises, il a fait de l’absence d’«acceptabilité sociale» un argument pour réitérer son refus de voir au Québec un pipeline de pétrole semblable à celui que voulait construire TransCanada.

Le projet de gaz d’Énergie Saguenay continuera d’avoir des partisans. Mais de plus en plus d’opposants se feront entendre. C’est écrit dans le ciel, car ce n’est pas un projet «vert» à proprement parler. M. Legault devra alors choisir qui il écoute.