Le ministre de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion, Simon Jolin-Barrette

Compter ou pas? Mais pour quoi?

CHRONIQUE / Qu’est-ce que cela change au fond de savoir combien d’enseignants ou de policiers portent un signe religieux au travail?

De permettre au gouvernement québécois de dire que l’interdiction de porter un symbole religieux touchera peu de gens? De lui permettre de dire qu’il a raison d’agir compte tenu de l’ampleur prise par le phénomène, s’il s’avérait que de nombreux enseignants, pour prendre cet exemple, en portent un?

Les deux questions peuvent être posées, car on peut être certain que le gouvernement modèlerait son discours sur la situation rapportée.

D’un certain côté, cela ne changerait donc rien et ne devrait de toute façon rien changer. D’autant que le gouvernement Legault et le ministre Simon Jolin-Barrette disent vouloir interdire le port de signes religieux dans certains métiers et professions au nom d’un principe, celui de la séparation du religieux de l’État. Si c’est au nom d’un principe, peu importe le nombre de personnes concernées, non? Un principe, c’est un principe.

Politiquement, on comprend néanmoins que le ministre Jolin-Barrette et son gouvernement auraient aimé savoir combien d’enseignantes seront touchées si cette information avait existé dans les commissions scolaires — on insiste sur le corps enseignant, car on sait, chiffres ou pas, que ce sont des enseignantes des écoles primaires et secondaires du réseau public portant le hijab qui seront avant tout concernées par la loi.

M. Jolin-Barrette aurait aimé savoir combien. D’abord, parce qu’il aurait pu ajuster son argumentaire lors de la présentation du projet de loi. Ensuite, parce qu’une critique souvent adressée au gouvernement Marois, et par la suite au sien, a été de vouloir agir sans portrait détaillé de la situation.

Cela étant, tant mieux si cet épisode aura permis à davantage de gens de comprendre qu’on ne peut procéder à des opérations de dénombrement sur la base entre autres de la religion. Prenons tous un instant pour réfléchir aux glissements potentiels. Ils sont nombreux, non? Voilà pourquoi de telles recensions doivent être dûment justifiées et encadrées. Nos chartes sont plus précieuses que certains veulent le croire.

Des drames

Outre l’interdiction à venir du port de signes religieux pour les policiers, les juges, les procureurs et les gardiens des centres de détention, du flou subsiste dans cette saga pour ce qui est des enseignants.

Le premier ministre François Legault ne veut pas que l’application de la loi fasse perdre leur emploi à des enseignantes qui refuseraient de se départir de leur hijab, pour rester sur cet exemple. Il veut éviter des drames humains et médiatiques.

Pour un gouvernement claironnant vouloir favoriser l’intégration à la société québécoise, ce serait d’ailleurs un comble. On ne le dira jamais assez. Mais comment parvenir à cet objectif si ce n’est par l’introduction dans la loi d’une clause de droit acquis? L’interdiction ne s’appliquerait alors qu’aux nouveaux enseignants.

Avec cette clause de droit acquis pour les enseignants, le gouvernement décrochait l’appui d’un des partis d’opposition — du Parti québécois en l’occurrence. Même s’il n’en a pas besoin, et même si la Coalition avenir Québec est largement en tête dans le sondage Mainstreet publié ce mardi, cet appui serait porteur pour un gouvernement répétant vouloir faire de la collaboration parlementaire un socle de sa gouvernance.