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Jean-Marc Salvet

Et le gagnant est… François Legault

CHRONIQUE / Vue du Québec, la campagne fédérale a été jusqu’ici marquée par la forte présence du premier ministre québécois, François Legault.

Il est déjà le vrai gagnant de l’actuelle campagne fédérale. Il a obligé les chefs fédéraux à se positionner par rapport à lui et à ses demandes.

Cela a encore été le cas jeudi soir au débat dont Radio-Canada était le maître d’œuvre, particulièrement sur les questions d’immigration et de laïcité, lesquelles ont donné lieu à des moments intenses.

On a d’ailleurs entendu au passage le premier ministre sortant Justin Trudeau dire qu’il était d’accord avec les tests voulus par M. Legault pour l’obtention du certificat de sélection.

Éclairant

Le dernier débat des chefs fédéraux de la campagne a parfaitement rempli son rôle. Il a été éclairant. Tous ont passé leurs messages. Et de façon claire et intelligible la plupart du temps.

La présence de Maxime Bernier et d’Elizabeth May a permis d’ajouter aux différences qui existent entre les uns et les autres; aux choix des électeurs, autrement dit.

Par rapport au débat de TVA, la semaine dernière, Justin Trudeau paraissait moins bien campé et Andrew Scheer, plus combatif. Jagmeet Singh a été tout aussi agile et efficace, et Yves-François Blanchet, encore une fois solide et sûr de lui.

La faute

En raison de sa montée dans les sondages au Québec, le chef du Bloc québécois a davantage été ciblé que lors des précédents débats. Quelques heures plus tôt, il avait dû s’excuser pour des messages anti-islam prononcés ou relayés par quatre ou cinq de ses candidats.

Depuis deux semaines, certains dans le reste du Canada ont fait des procès indignes à M. Blanchet. Cet épisode ne fera rien pour arranger les fausses perceptions à son endroit.

Personne ne peut prétendre que M. Blanchet serait islamophobe, xénophobe ou raciste. Le chef du Bloc québécois est aux antipodes de ce genre de sentiments. Il est même ridicule d’avoir à l’écrire. 

M. Blanchet a personnellement dû être horrifié de découvrir ce qu’ont écrit ou partagé certains de ses candidats.

Son état-major et lui ont malheureusement fait de la politique politicienne avec ces messages anti-islam. C’est regrettable. C’est une faute politique.

Son état-major et lui ont choisi le calcul politique. Ils ont jugé qu’il était plus payant électoralement de passer l’éponge que de sévir. Les excuses étaient accompagnées d’un mot de justification.

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Ce qui faisait depuis longtemps l’insuccès des bloquistes fait cette fois leur succès. C’est que le contexte politique a changé. 

On le sait, Yves-François Blanchet a pris appui sur la populaire loi sur la laïcité et sur les demandes formulées par le gouvernement de François Legault aux partis fédéraux pour tirer son épingle du jeu.

Il pourra remercier non seulement les Québécois le 21 octobre au soir, mais aussi M. Legault — si les sondages s’avèrent exacts.

Là où M. Blanchet a aussi fait mouche chez de nombreux électeurs, c’est en retournant l’argument sous-tendant la question de la pertinence du Bloc québécois à Ottawa.

Sa réponse a été acceptée par nombre d’électeurs québécois : en décrochant suffisamment de sièges pour obtenir la «balance du pouvoir», le Bloc pourra négocier ses appuis avec le gouvernement en place — s’il est minoritaire — et ainsi peser sur les décisions.

Regain?

Si elle se concrétise dans les urnes, la force du Bloc québécois annoncerait-elle une renaissance de l’idée de la souveraineté, comme le dit M. Scheer, même si M. Blanchet n’a pas hissé ce drapeau durant la campagne?

L’élection d’un nombre important de députés bloquistes à la Chambre des communes donnerait sans doute un peu d’espoir à plusieurs péquistes pendant quelque temps...

Mais ce qui pourrait vraiment, un jour, redonner du tonus au projet souverainiste serait que la Cour suprême du Canada charcute la loi sur la laïcité du gouvernement Legault — même si l’idée de la souveraineté peut et devrait très bien pouvoir se défendre en elle-même.

Le regain de l’indépendantisme en Catalogne est survenu après un long feuilleton judiciaire. Bien des souverainistes québécois rêvent à un tel scénario. Pour le reste, cela dit, les réalités sont bien différentes. Ottawa reconnaît la possibilité de la sécession, ce qui n’est pas du tout le cas de Madrid, qui, par son attitude butée, a fait croître le désir d’indépendance en Catalogne.

Mais on s’éloigne… Le débat de jeudi soir a été non seulement éclairant, mais très intéressant. C’est un gain démocratique.

Chronique

Bye-bye «Bonjour! Hi!»; l’avertissement

CHRONIQUE / Interdire le «Bonjour! Hi!» ? L’hypothèse était si invraisemblable et inapplicable que personne au gouvernement ne s’est obstiné — pas même le ministre Simon Jolin-Barrette.

Tout cela nous rappelle que ce qui fait une partie du succès du gouvernement Legault, son «nationalisme décomplexé», pourrait aussi, s’il tire trop fort sur cette corde, le conduire à des difficultés. Ce dernier épisode a valeur d’avertissement pour lui.

Il n’est donc pas question de légiférer pour interdire le «Bonjour! Hi!» dans les commerces privés. M. Jolin-Barrette l’avait envisagé vendredi avant de faire marche arrière ce lundi. On serait tombé dans une ridicule et contre-productive chasse aux sorcières en poursuivant une telle tentative.

C’est une chose de lancer un mot d’ordre pour empêcher que ne se répande l’usage du «Bonjour! Hi!» dans l’appareil public et dans les sociétés commerciales du gouvernement, comme la Société des alcools du Québec, c’en est une autre de vouloir contraindre des commerces privés.

En disant que son gouvernement cherchera à inciter les entreprises à délaisser le «Bonjour! Hi!» plutôt que de tenter de leur forcer la main, le ministre Jolin-Barrette se trouve à respecter l’esprit et la lettre des deux motions adoptées par l’Assemblée nationale sur le sujet.

Car, contrairement à ce qu’on a entendu ces derniers jours, ni la résolution parlementaire de juin ni celle adoptée en novembre 2017 ne réclamaient le bannissement de cette expression — laquelle n’est d’ailleurs même pas nommée dans ces motions. L’une et l’autre se contentent d’inviter les commerçants et leurs employés à accueillir les clients avec le mot bonjour.

L’Office québécois de la langue française pourrait très bien, à terme, recevoir le mandat de faire valoir les mérites de ce très joli mot dans les commerces où on le noie.

Tant à faire

Sur le plan proprement législatif, ce ne sont pas les vraies mesures à prendre qui manquent pour protéger et promouvoir la langue française au Québec. Pensons à l’élargissement de la loi 101 aux entreprises de 25 à 49 employés ou à la mise en vigueur de l’article 1 de la loi 104, adoptée en... 2002. Cet article stipule que les communications écrites de l’administration publique avec les personnes morales établies au Québec doivent être rédigées «uniquement» en français.

Le Parti québécois promeut ces deux mesures.

Le gouvernement Legault donnera vraisemblablement vie à la disposition de la loi 104 restée lettre morte. Rien n’indique cependant qu’il ira jusqu’à étendre la loi 101 aux entreprises comptant de 25 à 49 employés — en tout cas, pas de la façon dont le réclame le Parti québécois.

On sait par ailleurs qu’il veut que les entreprises de juridiction fédérale soient assujetties à la loi 101. C’est également nécessaire, mais pas gagné.

Dans ce débat, la solidaire Catherine Dorion a opté pour un grand angle. Elle a déploré que le Québec n’ait actuellement «aucun pouvoir de réglementation pour mettre le contenu en québécois de l’avant sur Internet». Il s’agit pourtant «de l’avenir de notre culture, puis de notre langue au Québec», a-t-elle insisté.

Elle a dit cela à la louche, de façon très large. Mais il y a là, effectivement, comme le dit Mme Dorion, un «angle mort» dont on parle trop peu.

Il faudrait lancer une vraie réflexion sur ce qui pourrait être fait à ce sujet et comment, car on touche ici à une vraie question.

Chronique

Débat: soirée difficile pour Scheer

CHRONIQUE / Justin Trudeau est apparu généralement combatif, Andrew Scheer sur la défensive et peu sûr de lui, tandis que Jagmeet Singh a été surprenant et Yves-François Blanchet, efficace.

Ce premier débat en français de l’actuelle campagne électorale fédérale, c’est l’histoire de chefs qui ont cherché à séduire les électeurs québécois en faisant au passage de l’œil au gouvernement de François Legault.

C’est aussi l’histoire d’un chef «fédéral», Yves-François Blanchet, qui s’est fait le messager de M. Legault aussi souvent que possible.

Et d’un premier ministre sortant, Justin Trudeau, qui, à défaut de pouvoir faire de vrais yeux doux au chef du gouvernement du Québec, a tenté de plaider sa bonne foi.

Après ce premier débat des chefs en français, on devrait enfin cesser d’entendre que les programmes des uns et des autres sont pareils ou presque. Ce n’est pas le cas.

Franchement...

Aidé par une langue qu’il manie avec brio, le bloquiste Yves-François Blanchet s’est illustré durant cette joute oratoire diffusée sur les ondes de TVA mercredi soir.

Ce n’est pas pour lui enlever quelque mérite que ce soit, mais il pouvait difficilement décevoir en ratissant le large spectre politique qu’il vise. Dans ce débat, comme depuis le début de la campagne, M. Blanchet a pris appui sur le «nationalisme décomplexé» de la Coalition avenir Québec. Il surfe et a surfé.

Il n’a pas hissé et ne hisse pas le drapeau souverainiste. Il n’y a pas de prise de risque de sa part à agir ainsi, ce qui fait du Bloc un parti refuge à bien des égards par les temps qui courent.

Sur les gages pouvant être donnés à François Legault, le conservateur Andrew Scheer se classe premier parmi les chefs prétendant au pouvoir, entre autres grâce à son projet de déclaration de revenus unique.

Il pâtit toutefois de son projet alambiqué de «corridor énergétique», un engagement qu’il a pris pour plaire à l’ouest du Canada. De façon plus générale, il pâtit de son plan vert pâle pour lutter contre les changements climatiques.

Sans compter le dossier de l’avortement sur lequel le chef conservateur a trébuché d’entrée de jeu, mercredi soir.

Ça n’a pas été une bonne soirée pour lui. Dans le contexte actuel, il devait faire beaucoup mieux.

M. Trudeau, mais aussi M. Blanchet doivent s’en réjouir.

Tout comme M. Scheer, le néo-démocrate Jagmeet Singh a joué le plus possible la carte de l’autonomie du Québec lors de ce débat. Il a tout donné pour que les téléspectateurs québécois voient en lui autre chose que le turban qu’il porte sur la tête.

Franchement, M. Singh mériterait que bien des Québécois regardent au-delà de cela.

Justin Trudeau était sur un terrain à part en ce qui a trait aux revendications du gouvernement Legault. 

À ce chapitre, il faut le dire, il demeurera longtemps le meilleur allié objectif des souverainistes.

Mais M. Trudeau ne s’est pas laissé démonter par ses adversaires. Il s’est souvent porté à l’attaque, s’en prenant particulièrement à M. Scheer. 

Depuis le début de la campagne, Justin Trudeau s’est affiché en champion des belles valeurs. Il peine toutefois à faire la démonstration qu’il les atteint et les atteindra. Tout ce qui a trait à l’environnement en est un bon exemple. Mais il est vrai qu’il vaut sans doute mieux tenter de tendre vers de belles valeurs que pas du tout.

Balance de quoi?

Yves-François Blanchet peut plus facilement promettre et exiger que les autres, puisqu’il ne prendra pas le pouvoir. Jusqu’à ce débat de mercredi soir, le chef bloquiste n’avait pas été beaucoup contredit, cela dit.

À quoi sert de voter pour un parti condamné à l’opposition? À cette question, posée à chaque fois que le Bloc québécois a été compétitif sur le terrain électoral, la réponse de l’actuel chef, comme celle de ses prédécesseurs, est immuable : en décrochant suffisamment de sièges pour obtenir la «balance du pouvoir», le Bloc pourra négocier ses appuis avec le gouvernement en place et donc peser sur les décisions. À voir. 

Les débats de la semaine prochaine à Radio-Canada et à la CBC seront bien différents en raison de la présence de la chef du Parti vert, Elizabeth May, et du chef du Parti populaire du Canada, Maxime Bernier. Ce dernier affichera son populisme décomplexé sans vergogne. Il tentera de grappiller des points aux conservateurs d’Andrew Scheer et même au-delà en fustigeant le multiculturalisme de Justin Trudeau. Il sera là pour renverser la table.

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Chronique

Pascal Bérubé dans le mille

CHRONIQUE / Le chef intérimaire du Parti québécois a expliqué en quelques mots très simples et très justes, mardi, les raisons de la forte popularité de la Coalition avenir Québec (CAQ) jusqu’ici.

Il a évoqué l’effet de la «nouveauté», ainsi que l’adoption du projet de loi sur la laïcité. On ne peut plus juste comme explication — surtout pour ce qui est des symboles de foi.

Et il a montré du doigt... les libéraux de Philippe Couillard. «Ce qui fait bien paraître la CAQ, c’est beaucoup le gouvernement précédent; par ses mauvaises postures, par son impopularité.» La comparaison avec le gouvernement libéral, donc. Et, bien sûr, a enchaîné M. Bérubé, les importants moyens financiers laissés par les libéraux à l’actuel gouvernement.

Pour expliquer cette forte popularité, il faut ajouter le ton général des membres du gouvernement. Ceux qui se laissent aller à des pointes d’arrogance sont rapidement invités à faire attention.

Pour clore ce chapitre sur la popularité, il faut rappeler qu’avec le temps, ce qui fait le succès peut aussi précipiter vers l’abîme. À force d’étirer des élastiques… Dire qu’un troisième lien entre Québec et Lévis est nécessaire pour que des voitures électriques y circulent n’est pas du meilleur effet. Ni du plus grand sérieux.

Ce dossier pourrait bien un jour séparer sérieusement des sympathisants caquistes de la grande région de la capitale et ceux du reste du Québec.

Souveraineté

À l’occasion du premier anniversaire de son gouvernement, François Legault a accordé plusieurs entrevues. Au Journal de Québec, il a notamment déclaré, à propos de la «question nationale», qu’elle se posera «beaucoup moins» avec l’obtention de gains sur le front des relations entre Québec et Ottawa.

«C’est certain que les gens, actuellement, ne veulent pas entendre parler de la souveraineté du Québec», a-t-il dit avant d’opiner que «c’est sûr qu’en faisant des gains pour protéger notre identité, ça va être encore moins d’actualité».

Et s’il n’en fait pas, de gains, le sujet deviendrait-il davantage d’actualité? C’est toujours la question éludée.

Le premier ministre ne se prononce jamais sur le fond. Une exception récente : lors d’une entrevue accordée à une radio de Sept-Îles, en août, il a indiqué que la souveraineté n’est pas un «projet moderne».

Sinon, il invoque tout le temps l’absence d’appétit d’un nombre suffisant de Québécois. «C’est certain que les gens, actuellement, ne veulent pas entendre parler de la souveraineté...» Actuellement…

La semaine dernière, le ministre des Finances du Québec, Éric Girard, a invoqué les paiements de péréquation de 13 milliards $ et les transferts fiscaux en provenance d’Ottawa. Il les a qualifiés de généreux. C’était en réponse à une question de la députée Catherine Fournier.

À force, on peut décoder ceci : François Legault semble penser que le projet souverainiste ne serait ni bon ni opportun à court ou moyen terme — et il a d’ailleurs bien d’autres chats à fouetter —, mais, à long terme, pourquoi pas? Ce, dans l’éventualité bien entendu où le Québec n’obtiendrait pas de gains suffisants devant Ottawa. Et pour autant que l’aiguille des sondages sur la question de l’indépendance grimpe un jour, dans quelques années.

Car François Legault ne ferait rien volontairement sur ce front qui mettrait en péril sa popularité, non plus qu’il n’accompagnerait un mouvement qui, selon lui, affaiblirait le Québec parce qu’il ne recueillerait pas suffisamment d’appuis.

Le premier ministre tend beaucoup l’oreille. Et ne quitte jamais beaucoup les sondages de l’œil.

Voilà ce qu’on a aussi appris depuis un an.

Jean-Marc Salvet

Legault salue Greta Thunberg et c’est très bien!

CHRONIQUE / Le premier ministre François Legault n’est pas tombé dans le piège. Plutôt que de s’en prendre au ton de Greta Thunberg et à son choix de mots, comme de très nombreux adultes l’ont fait, il s’en est tenu à l’essentiel.

En répondant à des questions sur elle, jeudi, dans les couloirs de l’Assemblée nationale, il n’a parlé que du fond de la question, que des changements climatiques. C’était très bien.

Car, on peut très bien ne pas partager les discours catastrophistes, les trouver contre-productifs, et éviter de tomber à bras raccourcis sur une adolescente, même si elle est la figure de proue d’un mouvement mondial.

Depuis quelques jours, depuis qu’elle a pris la parole à l’ONU — et même avant, d’ailleurs —, c’est une espèce de sport national et international de dénoncer le ton de la jeune Suédoise qui sera dans les rues de Montréal ce vendredi.

Greta Thunberg n’a probablement pas élargi le nombre de ses adeptes en parlant comme elle l’a fait à New York. Mais l’insistance de plusieurs à mettre l’accent sur son alarmisme et son écoanxiété vise trop souvent, au fond, à occulter le sens de son propos.

La technique et la chanson sont connues : viser le messager… Ou regarder le doigt qui pointe la lune plutôt que celle-ci...

Transition

Le gouvernement de François Legault a le fardeau de la preuve en matière de lutte contre les changements climatiques. Il nous promet un plan sérieux pour le début de l’année prochaine. À voir, bien sûr.

En même temps, personne ne doit croire que dans cette période de transition qui s’ouvre, son gouvernement et les autres mettront un frein à tout projet de développement économique, même polluant. C’est une période de tran-si-tion.

Du reste, c’est la Coalition avenir Québec qui est au pouvoir au Québec. Pas Québec solidaire.

Il faudra que des citoyens poussent encore à la roue pour que les gouvernements d’ici et d’ailleurs agissent mieux et plus vite.

Un choix

«Je pense qu’il faut saluer les jeunes comme Greta Thunberg qui disent à tous les citoyens du monde : “On ne peut pas ne rien faire”», a déclaré François Legault avant d’ajouter qu’il était content qu’elle se soit exprimée aux États-Unis, où il y a tant à faire pour réduire les gaz à effet de serre.

Ce qui est alarmant, ce n’est pas ce qu’elle a dit, c’est la «situation», a insisté M. Legault. «Si on ne fait rien, c’est la survie de la planète qui est en jeu. Ce n’est pas rien.»

En parlant ainsi, M. Legault a-t-il voulu s’épargner des critiques au moment où de très nombreux Québécois défileront dans les rues?

Est-ce parce qu’il veut se verdir le plus possible? Est-il dans le marketing politique?

En politique, les intérêts partisans ne sont jamais totalement absents.

Mais il aurait été tout aussi facile pour François Legault de joindre sa voix à tous ceux qui s’en sont pris à l’adolescente et à l’alarmisme, puisque leurs dénonciations sont également populaires, très populaires même. Il a fait un autre choix. Celui de s’en tenir au fond de la question, et c’est tant mieux!

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Jean-Marc Salvet

Pilule dorée et pirouette politique à la CAQ

CHRONIQUE / Sur les classes de maternelle 4 ans, la Coalition avenir Québec (CAQ) a fait de l’aveuglement volontaire en campagne électorale en disant que leur coût de construction unitaire s’élèverait en moyenne à quelque 120 000 $. François Legault a reconnu la semaine dernière qu’il savait parfaitement à ce moment-là qu’il en coûterait beaucoup plus cher. Mais il n’avait pas cru nécessaire de parler de tout ce qui vient avec de nouvelles classes — du couloir à l’agrandissement d’une cafétéria, par exemple... La CAQ a doré la pilule. C’est la même chose avec le scrutin proportionnel.

Le projet de loi de la ministre Sonia LeBel stipule que les Québécois devront se prononcer sur le scrutin proportionnel par référendum lors des prochaines élections générales en 2022. Pourtant, en campagne électorale — pas plus qu’avant, d’ailleurs —, il n’avait jamais été question de référendum.

Au contraire, le chef caquiste et actuel premier ministre du Québec avait assuré que l’appui de trois partis sur quatre à l’Assemblée nationale suffirait à aller de l’avant dès 2022.

Il devait alors estimer que le projet était porteur électoralement parlant.

Encore en mai, je le rappelle une énième fois, la ministre Sonia LeBel indiquait ceci : «Le gouvernement ayant signifié sa volonté de tenir les prochaines élections en vertu du nouveau mode de scrutin...» Il était donc encore très clair il y a quelques mois à peine que le prochain rendez-vous électoral se déroulerait sous un mode de scrutin «proportionnel mixte compensatoire».

On sait maintenant officiellement que ce ne sera pas le cas.

Pirouette

Passer par une consultation référendaire peut parfaitement se justifier. Notre mode de scrutin est à la base de tout le reste.

En soi, l’idée d’un référendum est d’autant plus compréhensible que c’est toujours au nom d’un idéal démocratique que l’on promeut un mode de scrutin proportionnel. Il est donc normal de pousser la logique jusqu’au bout en demandant aux citoyens s’ils sont pour ou contre.

Le problème n’est pas là. Le problème est que ce n’est pas du tout ce qu’avait dit la CAQ.

Mercredi, le premier ministre Legault a fait une sorte de mea-culpa pour dorer la pilule. Il a reconnu avoir dit qu’un mode de scrutin proportionnel mixte serait instauré dès les prochaines élections, mais en ajoutant aussitôt que le dossier était plus complexe qu’il ne l’avait imaginé. C’est bien sérieux, ça?

Et qu’en raison de cette complexité, il fallait du temps. Et d’ailleurs, qu’«on ne se trompe jamais» en consultant les citoyens.

C’est une grosse pirouette politique.

Cynisme...

On imagine le soulagement de plusieurs caquistes. Si le modèle de proportionnel présenté mercredi s’était appliqué aux résultats électoraux d’octobre 2018, la CAQ aurait formé un gouvernement minoritaire. Elle aurait obtenu moins de sièges qu’actuellement, tandis que les libéraux, les péquistes et Québec solidaire auraient décroché davantage de circonscriptions.

Si elle était aujourd’hui dans l’opposition et qu’un gouvernement jouait ainsi avec un tel engagement, la CAQ l’accuserait d’alimenter le cynisme. Elle le fustigerait.

Non, le problème n’est pas le référendum comme tel. Le problème est que ce n’est pas ce qu’avait proposé la CAQ.

Chronique

L’incontournable climat, enfin!

CHRONIQUE / Même si Justin Trudeau ne propose au fond que d’emboîter le pas à d’autres pays du monde, le projet de zéro émission nette de gaz à effet de serre qu’il a présenté constituera désormais au Canada un marqueur politique en matière de lutte contre les changements climatiques.

La principale difficulté des partis politiques en la matière est toujours de préconiser des mesures sérieuses sans heurter de front les citoyens. C’est ce qu’ont tenté, jusqu’ici, ceux au pouvoir ou ceux susceptibles de l’être. (On parle bien sûr ici des partis ne niant pas le lien entre les activités humaines et les dérèglements climatiques.)

Instaurer des mesures fortes sans heurter de front les citoyens… C’est la quadrature du cercle que tentent notamment de résoudre les libéraux fédéraux dans la campagne électorale fédérale. L’engagement d’atteindre une cible de zéro émission nette de gaz à effet de serre d’ici 2050 en constitue un bon exemple.

Mais c’est parce qu’elle est ambitieuse et partagée par d’autres pays que la volonté des libéraux fédéraux deviendra un étalon de mesure, un étalon à partir duquel les autres se définiront. Y compris sur la scène politique québécoise.

C’est que le sujet y est aussi politiquement incontournable, même sans campagne électorale. Le chef caquiste François Legault l’a reconnu après son élection — lui qui, jusque-là, ne se montrait guère préoccupé par la question. Il s’en est dit soucieux lorsqu’il a compris qu’il s’agissait bel et bien d’une vraie question politique.

Le pari de QS

Au Québec, Québec solidaire (QS) joue la lutte contre les changements climatiques comme un quitte ou double politique. C’est une préoccupation que le parti et ses représentants portent sincèrement, il faut le dire.

Ce qui ne gâche rien pour QS est que ce dossier est celui qui unit le mieux ses troupes. Il lui a permis et lui permet de rassembler les tenants d’une laïcité stricte et d’une laïcité ouverte, et de rassembler les solidaires indépendantistes et fédéralistes.

Québec solidaire se sert de toutes les occasions possibles pour hisser le drapeau vert.

Lundi, Gabriel Nadeau-Dubois a répété que son parti érigera un «barrage» parlementaire contre le gouvernement Legault si, d’ici le 1er octobre 2020, celui-ci n’a pas mis fin aux projets d’exploitation et d’exploration d’hydrocarbures au Québec et qu’il n’a pas présenté un plan crédible de lutte contre les changements climatiques.

Avec cet éventuel barrage parlementaire, Québec solidaire pourrait faire grincer bien des dents, agacer nombre de Québécois.

Mais QS ne cherche pas à faire l’unanimité. Il se prémunit contre l’arrivée d’un hypothétique éventuel représentant d’un Parti vert québécois à l’Assemblée nationale. Il tente surtout d’attirer le plus possible de sympathisants péquistes, libéraux et même caquistes. Et, plus encore, de faire de grands sémaphores à un maximum de jeunes Québécois.

QS tente de s’arroger ce dossier, de le faire sien. Il ne sera toutefois pas seul sur le terrain. Avec un chef comme Sylvain Gaudreault, le Parti québécois s’engagerait résolument dans le combat contre les changements climatiques.

Crédibilité

Contrairement à ce que plusieurs espèrent, la question climatique ne sera sans doute pas le principal facteur sur lequel se détermineront tous les électeurs le 21 octobre — non plus que tous les citoyens du Québec en 2022. Elle sera une variable importante, certes, mais pas la seule.

Au Québec, toute la question des marges de manœuvre réclamées par François Legault comptera le 21 octobre. Là-dessus, les conservateurs sont beaucoup plus en phase avec lui que les libéraux.

Sur la question climatique, chacun devra de plus distinguer les propositions relevant du simple affichage politique des mesures crédibles — ainsi que de la crédibilité des différents porteurs de ballon. Le plan carboneutre de Justin Trudeau, par exemple, doit être mis dans la balance avec l’achat du pipeline Trans Mountain. Et avec les plans de ses adversaires. Car les conservateurs ont aussi le leur.

N’empêche. Un nouveau paradigme est apparu ces derniers mois et ces dernières années : un parti qui aspire au pouvoir, de nos jours, ne peut plus faire fi de la question climatique. Il ne peut plus l’ignorer — de moins en moins, en tout cas. Pas plus au Québec qu’au Canada.

Cette question devient et deviendra le très grand marqueur de notre époque. Et plus le temps avancera, plus une chose se révélera : sans plan à la fois ambitieux, sérieux et applicable, un parti se disqualifiera, manquera à son devoir et passera à côté des responsabilités qui devraient être les siennes.

Jean-Marc Salvet

Trudeau, un arroseur éclaboussé

CHRONIQUE / Personne ne peut prétendre que Justin Trudeau est raciste. Le chef libéral n’a rien d’un raciste. Son parcours politique en témoigne. Le premier ministre sortant a toujours célébré les minorités. Au point même d’agacer nombre de ses adversaires politiques.

Mais il existe une faute politique dans cette histoire. Je m’explique.

M. Trudeau lui-même soutient qu’il n’aurait pas dû se grimer en noir, qu’il s’agit d’une erreur, qu’il le regrette et s’en excuse. Très bien. 

Mais dit-il ou pense-t-il cela simplement parce que des images du passé ont été rendues publiques?

Cette question se pose, car s’il ressent un sentiment de honte depuis des années et des années, comment expliquer qu’il n’ait trouvé aucune occasion d’enrober cette «erreur» en la révélant lui-même publiquement à un moment ou l’autre?

Plus important encore : Comment expliquer qu’il ait laissé son parti traquer le passé d’adversaires conservateurs? Il ne savait pas qu’il était lui-même vulnérable?

Il faut être un tantinet candide pour croire que jamais rien ne sortirait sur la place publique. Ou avoir estimé, au fond, et pendant des années, que tout cela n’était rien du tout...

Voilà qui peut mettre en perspective ses demandes d’excuses.

Justin Trudeau s’est finalement fait servir la même médecine que le Parti libéral du Canada sert au Parti conservateur. Il est l’arroseur éclaboussé.

Une conséquence à court terme : d’ici le jour du scrutin, les libéraux n’exhumeront plus le passé de leurs adversaires, de crainte d’avoir à se réexpliquer sur la controverse qui a fait mettre un genou par terre à Justin Trudeau.

Cela dit, les partis d’opposition auraient tort de trop en faire. Leur intérêt est de passer à autre chose.

Plus sensible

Pour la très grande majorité de ceux qui ignoraient la signification du blackface — et ils sont nombreux, et probablement plus au Québec que dans le reste du Canada —, toute cette histoire et son retentissement médiatique sont grandement exagérés. Il y a blackface et blackface, de surcroît, c’est vrai.

Mais les sensibilités à cet égard sont diverses et la dernière chose à faire serait de refuser de comprendre que ces maquillages heurtent des citoyens. Peu importe, par exemple, qu’il ne s’agissait, dans l’un des épisodes mettant en scène le jeune Trudeau, que d’une personnification d’Aladdin. Surtout que l’on sait maintenant qu’il n’y a pas eu que cet épisode.

M. Trudeau paraît aimer les déguisements depuis longtemps... Mais ne persiflons pas.

Maintenant que nous sommes plus nombreux à être sensibilisés à ce à quoi peut renvoyer ou renvoie le blackface, à ce qu’il signifie pour certains d’entre nous, on peut admettre que de simples excuses ne pouvaient suffire dans l’esprit de Justin Trudeau. Or, il ne les a pas ménagées. Il ne pouvait pas en faire plus du côté de la contrition politique.

Était-il vraiment totalement ignorant de la signification du blackface? Dans son esprit, était-ce simplement une façon anodine de s’amuser? Personnellement, j’opte pour cette dernière supposition.

Quoi qu’il en soit, rien chez Justin Trudeau le chef du Parti libéral du Canada et premier ministre du Canada ne permet de soutenir qu’il est raciste. Rien.

Pour ce qui est de l’avenir, cette controverse risque de le rendre encore plus sensible qu’il ne l’était déjà au sort des minorités. Il voudra faire concrètement, et encore plus, acte de contrition.

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Chronique

Un «mystère Legault»?

CHRONIQUE / On connaissait déjà à peu près les positions des chefs des partis fédéraux avant même que François Legault leur adresse ses demandes «prioritaires». Ce qu’on ne sait toujours pas, c’est ce que lui ferait en cas d’échec avéré sur ce front politique.

Le premier ministre du Québec a placé la barre de ses attentes plus en haut qu’en bas. Pas à la même hauteur que ce que promettait le document Nouveau projet pour les nationalistes du Québec produit par la Coalition avenir Québec en 2015, mais pas mal plus haut que ce que peuvent ou veulent accorder les partis fédéraux.

Les fins de non-recevoir des chefs fédéraux portent soit sur l’ensemble des demandes présentées par M. Legault — c’est le cas pour Justin Trudeau —, soit sur plusieurs ou quelques-unes d’entre elles. C’est vrai pour ses exigences en immigration, en matière de signes religieux, en ce qui a trait à l’élargissement de la loi 101 aux entreprises sous juridiction fédérale, à la déclaration de revenus unique, à l’encadrement du pouvoir fédéral de dépenser ou au fait que le Québec doive avoir le dernier mot en matière d’évaluation environnementale.

Le succès de M. Legault dans l’opinion publique québécoise doit beaucoup à sa casquette de capitaine Québec qu’il s’est vissée sur la tête depuis son arrivée au pouvoir. Il n’allait pas et ne pouvait pas s’arrêter en si bon chemin.

Il sait qu’il ne perd jamais de points en jouant à fond la carte «nationaliste». Elle parvient même parfois à masquer ou à faire oublier d’autres décisions de son gouvernement. C’est gagnant-gagnant pour lui.

De Scheer à Trudeau

En présentant ses demandes, François Legault a insisté sur le fait que le Québec «forme une nation distincte et libre de faire ses choix», paraphrasant une phrase demeurée célèbre de Robert Bourassa — tout en ajoutant les mots suivants : «dans tous les domaines liés à son existence». Il a aussi tenu à dire aux chefs fédéraux que son gouvernement «est de bonne foi», qu’il «veut participer pleinement à la fédération canadienne»; mais qu’un «vrai partenariat, ça commence par le respect mutuel».

Pour l’heure, l’élection des conservateurs d’Andrew Scheer permettrait sans doute plus que celle de tout autre chef fédéral de tendre vers le concept de «nation distincte» qu’il promeut. Mais «tendre» ne veut pas dire «atteindre». Pensons seulement ici à l’oléoduc de M. Scheer. M. Legault demeurera évidemment opposé à un coup de force d’Ottawa.

La réélection de Justin Trudeau, elle, permettrait beaucoup moins de tendre vers le fédéralisme imaginé par M. Legault que l’élection d’un autre chef fédéral. Or, M. Trudeau, qui domine dans les intentions de vote au Québec, pourrait très bien former un deuxième gouvernement cet automne, d’après les enquêtes d’opinion.

Pas une option...

François Legault remporterait un très gros pari en pouvant dire un jour que le rapport de forces qu’il détient est parvenu à faire accepter par Ottawa et les autres provinces la nouvelle donne québécoise qu’il promeut. Peut-être en serait-il le premier surpris.

Mais pour l’heure, rien ne permet de croire qu’il remportera ce pari. Voilà pourquoi, au-delà des réponses qu’il a déjà reçues jusqu’ici, il manque quelque chose. Il manque la réponse à une question qui pourrait lui être adressée. Que ferait-il lui-même en cas d’échec sur ce vaste front?

Un responsable politique ne répond pas à des questions comme celle-là. Pour un premier ministre, l’échec ne doit pas être une option. C’est vrai.

François Legault fait même valoir qu’il a bon espoir d’être entendu à un moment ou l’autre. Or, l’échec est très possible sur ce terrain.

Puisque le premier ministre est très sensible à l’«opinion publique», ce n’est pas en fait, au fond, un «mystère Legault» qui existe. C’est un mystère quant à la suite des choses; quant à la situation politique qui pourrait naître dans quelques années en cas de refus répétés concernant des morceaux importants de la gouvernance autonomiste du gouvernement Legault.

Chronique

La place de Legault n’est pas dans la rue

CHRONIQUE / La place du premier ministre du Québec n’est pas dans la rue. François Legault n’a pas à participer à la grande mobilisation du 27 septembre aux côtés de la militante écologiste Greta Thunberg, comme le réclame Québec solidaire. Lui et son gouvernement ne doivent pas être dans la représentation, mais dans l’action — dans une véritable et forte action.

C’est tellement vrai que, dans un autre contexte, l’annonce de sa présence aurait été vue par plusieurs comme une façon pour lui de chercher à récupérer à son profit la cause de l’urgence climatique. Si M. Legault avait annoncé qu’il prendrait part à cette grande marche avant que la solidaire Manon Massé le somme d’y être, celle-ci n’aurait d’ailleurs pas été la dernière à l’accuser de vouloir se faire du «capital politique».

Ne soyons pas naïfs : s’il y allait, ce serait dans l’espoir de servir ses propres intérêts politiques. 

Or, ce qui est essentiel pour nous tous, que l’on soit d’ici ou d’ailleurs, c’est l’instauration de politiques et de mesures vigoureuses de lutte contre les changements climatiques.

De l’action

Ce que l’on attend du premier ministre du Québec, comme des autres chefs de gouvernement et leaders du monde, ce sont des lois et de vraies mesures de lutte.

Il est là le boulot de M. Legault, ainsi que celui de son gouvernement — si l’on s’en tient au Québec. C’est là-dessus qu’ils doivent œuvrer. C’est là-dessus qu’ils devront être jugés. Pas sur le fait que le premier ministre québécois marchera ou pas dans la rue le 27 septembre.

On n’attend pas des postures de sa part. On n’attend pas de la communication. On n’attend pas une belle image un vendredi de septembre. On attend de l’action.

Dans l’évaluation qui devra être faite des politiques du gouvernement Legault pour répondre à l’urgence climatique, mentionnons entre autres la réforme du Fonds vert, le plan de gestion des matières résiduelles que son ministre Benoit Charette présentera d’ici la fin de l’année, ainsi que le plan de lutte contre les changements climatiques, qui sera dévoilé au début de l’année prochaine. Pour réellement viser une réduction de 37,5 % des émissions de gaz à effet de serre par rapport à 1990, ce plan devra nécessairement être costaud.

Secondaire

La suspension de tous les travaux parlementaires le 27 septembre est une question secondaire. Car l’Assemblée nationale n’aurait pas perdu grand-chose en accédant à cette demande de Québec solidaire, puisqu’il y a très peu d’activités parlementaires le vendredi — et qu’aucune n’est encore programmée pour cette journée.

Cela dit, en ne les suspendant pas, on ne clouera pas beaucoup d’élus sur place, puisque très peu d’entre eux seront retenus par l’activité ou les activités qui pourraient être programmées d’ici là. Le vendredi est une journée beaucoup plus tranquille que d’autres au Parlement québécois. La très grande majorité des élus sont dans leur circonscription ce jour-là, même lors des semaines où ils siègent.

Pour ce qui est des manifestations du 27 à proprement parler, la présence du ministre québécois de l’Environnement, d’autres ministres et de députés suffira largement pour la représentation gouvernementale québécoise. Plus que cela, c’est-à-dire en présence du premier ministre Legault lui-même, on glisserait dans une manœuvre politicienne.

Chronique

Nouveau mode de scrutin: un référendum pour sauver la face

CHRONIQUE / Il est compréhensible que le gouvernement Legault songe à soumettre à un référendum son projet de scrutin proportionnel. Et qu’il envisage que cette consultation se déroule en même temps que les prochaines élections, en 2022. Mais tout n’est pas compréhensible dans cette histoire.

Compréhensible, d’abord, parce qu’il s’agit de notre mode de scrutin après tout. Ce n’est pas rien. Il est à la base de tout le reste. Passer par une consultation référendaire peut donc parfaitement se justifier.

Compréhensible aussi, parce que là où l’on a débattu de cette question dans le reste du Canada, c’est par référendum qu’elle a été tranchée. En sa défaveur, certes, mais il n’empêche qu’elle a été soumise à l’appréciation des électeurs.

Compréhensible, enfin, car, c’est toujours au nom d’un idéal démocratique que l’on promeut un mode de scrutin proportionnel. Il est donc normal de pousser la logique jusqu’au bout en demandant aux citoyens s’ils sont pour ou contre.

Mais ce qui est totalement incompréhensible est que le gouvernement Legault joue avec ses engagements — sur un élément fondamental, qui plus est.

Jouer

Pas plus tard que le 16 mai, dans un communiqué de presse signé par la ministre Sonia LeBel, on pouvait lire ceci : «Le gouvernement ayant signifié sa volonté de tenir les prochaines élections en vertu du nouveau mode de scrutin, le DGE [le Directeur général des élections] a envisagé divers scénarios pour accélérer le processus...»

«Le gouvernement ayant signifié sa volonté de tenir les prochaines élections en vertu du nouveau mode de scrutin...» C’était encore très clair il y a quelques mois à peine, non?

Voilà pourquoi il est totalement incompréhensible que le gouvernement Legault joue ainsi avec ses engagements.

Non, en fait, cela se comprend. C’est malheureusement bien trop compréhensible.

Une découverte?

Je l’ai écrit au printemps et je le redis cette fois encore en passant par un questionnement. Il faudrait passer par un référendum parce que de nombreux membres du gouvernement n’y voient plus leur propre intérêt? Parce que la Coalition avenir Québec (CAQ) aurait plus de difficulté à retrouver une majorité parlementaire?

Je le rappelle aussi : les avantages d’un mode de «scrutin proportionnel mixte», comme celui envisagé, sont connus depuis longtemps. Ses désavantages le sont aussi. Aucun caquiste ne peut réellement les découvrir, à moins de ne pas s’être intéressé à la vie politique québécoise depuis une quarantaine d’années.

En soi, il est parfaitement légitime d’estimer qu’un tel changement devrait être tranché par référendum. Le problème n’est pas là. Le problème est que ce n’est pas ce qu’a proposé la CAQ.

Estimant que le Québec souffrait d’un «déficit démocratique», elle a au contraire soutenu que l’appui à ce projet par trois partis sur quatre à l’Assemblée nationale était suffisant pour aller de l’avant sans référendum.

C’est en toute connaissance de cause que les élus de la Coalition avenir Québec se sont engagés dans cette voie. 

Dans ce dossier, la CAQ, qui a pourtant fait de la lutte contre le «cynisme» son pain et son beurre, nous rappelle que ce qui est vrai dans l’opposition ne l’est pas nécessairement une fois au pouvoir. Tout ça est malheureusement tellement compréhensible.

Jean-Marc Salvet

L’imprévu, roi des campagnes

CHRONIQUE / Malgré tous les beaux plans de départ, une campagne électorale, c’est toujours le règne de l’imprévu. Voilà que les chefs fédéraux devront se commettre d’ici le jour des élections sur une question on ne peut plus délicate, celle d’un véritable élargissement de l’aide médicale à mourir. Ou balayer par devant. Ce dossier ne figurait pas sur leur table de travail.

Mercredi, la Cour supérieure du Québec a déclaré trop restrictifs et discriminatoires les critères d’admissibilité des lois fédérale et provinciale sur l’aide médicale à mourir. Les critères visés sont fondés sur une mort «raisonnablement prévisible» dans le Code criminel canadien et sur le fait d’être en «fin de vie» dans la loi québécoise.

Si l’éventuel élargissement des conditions d’admissibilité est une question délicate, c’est d’abord parce qu’elle a des implications majeures. Elle touche au rapport intime que nous entretenons, chacun de notre côté, avec la vie et la mort. «Chacun de notre côté» comprend bien évidemment nos responsables politiques.

Délicate, ensuite, parce que sur un sujet comme celui-là, les états-majors des partis peuvent difficilement — et c’est tant mieux — s’en remettre à un simple calcul d’«opportunité politique». Autrement dit, leur évaluation ne peut pas et ne pourra pas se baser avant tout, comme c’est malheureusement trop souvent le cas, sur les points qu’ils espéreraient récolter ou ceux qu’ils craindraient de perdre dans l’opinion publique.

Ça ne sera pas possible, puisque chaque parti, sur une question comme celle-là, n’a pas le choix de prendre le pouls de ses députés, de faire entendre une sorte de consensus interne — même si les votes sur ces sujets sont généralement «libres» au bout du compte.

En pleine campagne électorale, il faudrait pouvoir idéalement y ajouter les candidats qui parcourent les circonscriptions. Mais les directions des formations politiques ne pourront pas aller jusque-là.

Cela pour dire que les états-majors des partis sont et seront bien loin ici du simple calcul d’opportunité politique.

Évolution à venir

Pour le gouvernement du Canada, comme pour celui du Québec, la tentation d’interjeter appel est très forte, il faut le savoir. Pas nécessairement pour refuser toute évolution future, mais pour gagner du temps; pour lancer une réflexion de fond — quitte à laisser tomber la procédure d’appel en cours de route.

Au Québec, une réflexion a déjà été lancée, mais à partir du seul angle d’un élargissement de l’aide médicale à mourir aux personnes atteintes de maladies dégénératives du cerveau, parmi lesquelles l’alzheimer.

Sur le plan canadien, et puisqu’il a jusqu’au 10 octobre pour décider s’il interjette appel ou pas, le gouvernement sortant de Justin Trudeau n’aura pas le choix de se commettre d’une façon ou d’une autre en pleine campagne électorale. Même si les décisions de fond ne seront pas prises à partir d’un simple calcul d’opportunité politique, les intérêts politiques ne sont jamais totalement absents. En interjetant appel, le gouvernement libéral sortant repousserait à court terme des choix difficiles à arrêter. Il soulagerait très certainement son groupe parlementaire et son parti. Ainsi, d’ailleurs, que plusieurs de ses adversaires politiques, parmi lesquels les conservateurs d’Andrew Scheer.

Chronique

Le choc Trudeau-Legault

CHRONIQUE / Cette campagne fédérale a démarré sur les chapeaux de roue. Le premier ministre sortant, Justin Trudeau, n’a pas caché qu’il pourrait intervenir dans une contestation de la loi sur la laïcité du gouvernement Legault. Justin Trudeau contre François Legault? Oui. Et vice versa.

«Pour l’instant», le chef du Parti libéral du Canada n’interviendra pas dans une contestation judiciaire de la loi sur la laïcité. Ce qui veut dire qu’il pourrait le faire si son équipe est réélue le 21 octobre.

Pourquoi M. Trudeau ne veut-il pas intervenir directement «pour l’instant»? Parce que cela serait «contre-productif», a-t-il admis. Autrement dit, parce qu’il pourrait perdre des votes au Québec et trouver le gouvernement Legault sur son chemin.

Le terme «contre-productif» est un aveu. Il est une reconnaissance par Justin Trudeau du fort appui populaire dont bénéficie la loi sur la laïcité au Québec. Le premier ministre sortant sait qu’il n’a pas beaucoup d’intérêt politique à alimenter cet enjeu au Québec d’ici le jour du scrutin.

Ce qu’il n’avait pas prévu en ce premier jour de campagne est que François Legault allait estimer, à peine quelques heures après ses déclarations, qu’il était allé beaucoup trop loin en disant ce qu’il a dit. M. Trudeau ne s’attendait pas à ce que M. Legault le somme de s’engager à n’intervenir ni pour l’instant ni à aucun autre moment.

Visions irréconciliables

Derrière cette affaire s’affrontent deux manières de voir la société et le vivre-ensemble; deux visions du Canada aussi; deux façons de dessiner la voilure de la «société distincte».

Pour Justin Trudeau, la loi sur les signes religieux enfreint des règles inviolables, des règles qui doivent prévaloir d’un océan à l’autre. Pour François Legault, cette législation correspond ni plus ni moins qu’au modèle du vivre-ensemble que le Québec attendait.

Même s’il a pris des précautions oratoires sur ce sujet en lançant sa campagne, Justin Trudeau a été honnête avec lui-même et avec les citoyens. Il aurait été malhonnête de sa part de faire comme s’il ne plaçait pas la Charte canadienne des droits et libertés au-dessus de tout. Elle est inscrite dans son ADN.

En même temps, c’est bien là tout le problème d’un point de vue politique. Électoralement parlant, au Québec, M. Trudeau aurait été mieux avisé de faire sienne depuis longtemps l’idée selon laquelle Ottawa n’a pas à intervenir dans les lois votées par l’Assemblée nationale.

Aujourd’hui, il est trop tard pour cela.

Un jour?

La loi adoptée va plus loin que les recommandations de la commission Bouchard-Taylor en raison de l’inclusion des enseignants des écoles primaires et secondaires du réseau public. Mais elle est modérée par rapport à ce qu’elle aurait pu être.

Si elle est plus modérée, c’est en raison de la disposition de droit acquis qu’elle contient. Cette législation ne fait pas l’unanimité, mais elle correspond à un consensus au Québec.

Voilà pourquoi les mots de Justin Trudeau sont comme de la musique aux oreilles pour le Bloc québécois d’Yves-François Blanchet. Ils lui serviront d’argumentaire nationaliste.

Une interrogation à laquelle personne ne peut pour l’instant répondre en terminant : est-ce à travers une pomme de discorde comme celle sur les symboles de foi que l’idée de la souveraineté reprendra de la vigueur, si tant est qu’elle devait revenir un jour à l’avant-scène des débats? Yves-François Blanchet et d’autres espèrent qu’elle mènera jusque-là à un moment ou l’autre.

Jean-Marc Salvet

Les «mous» dans la mire des chefs

CHRONIQUE / Chaque parti engagé dans la course électorale fédérale peut s’appuyer sur des sympathisants décidés; sur des électeurs déterminés qui ne changeront pas d’avis d’ici le 21 octobre. Mais il existe beaucoup d’appuis mous, beaucoup d’adhésions molles en ce début de campagne. Cela, c’est sans compter la cohorte d’indécis.

Il existe suffisamment d’appuis flottants pour nous rappeler que cette campagne électorale peut faire une différence. Et que chaque débat télévisé est susceptible de faire gagner ou perdre des points à l’un ou l’autre des chefs.

Les partis politiques misent sur les grands rendez-vous télévisés pour consolider leurs appuis, pour convaincre des sympathisants mous ou pour emmener vers eux des personnes plutôt enclines à voter pour un adversaire.

Et c’est entre autres parce que les débats télévisés comptent que la cheffe du Parti vert du Canada, Elizabeth May, aurait dû ou devrait obtenir son laissez-passer au Face-à-Face 2019 diffusé sur TVA et LCN le 2 octobre.

Supputations...

A priori, on pourrait penser que la présence de Mme May à ce débat ferait du tort au NPD en sol québécois, ainsi qu’aux libéraux, voire même — bien que dans une moindre mesure — aux bloquistes. On n’imagine pas que le Parti vert puisse grignoter des voix aux conservateurs.

On pourrait aussi, tout au contraire, estimer que la présence de la patronne des Verts au Canada nuirait à ses propres troupes, que ses principaux opposants dans cette joute, Justin Trudeau, Jagmeet Singh et Yves-François Blanchet, parviendraient à mettre en exergue des pans de son programme gouvernemental qui feraient fuir de nouveaux sympathisants potentiels. Le conservateur Andrew Scheer ferait probablement le service minimum contre elle.

Mais peu importe ces supputations! Si TVA et LCN ont le droit d’organiser le débat comme ils l’entendent, il est dommage que les critères établis par la Commission des débats des chefs ne prévalent pas chez eux. Contrairement aux débats en français et en anglais dont Radio-Canada et CBC sont les maîtres d’oeuvre, TVA et LCN n’ont pas l’obligation de s’y astreindre. Mais de là à ne pas avoir de critères de participation au moins semblables...

Regrettable

La direction de TVA dit n’avoir invité que les leaders dont les formations sont représentées au Québec et qui ont déjà remporté des sièges dans la province. Le problème, c’est qu’il s’agit d’une élection fédérale et que de ce fait, elle dépasse les seules circonscriptions québécoises.

Sur le fond, le Parti vert du Canada a raison de fonder ses prétentions sur les critères de la Commission des débats des chefs. Ils sont rigoureusement objectifs et correspondent à ce qu’est une campagne électorale fédérale se déroulant d’un océan à l’autre. Ils sont logiques.

Voilà pourquoi il aurait été préférable que le grand débat de TVA et de LCN, où s’informeront de très nombreux Québécois, s’appuie au moins sur des critères semblables.

Le parti de Mme May répond à deux des trois exigences de la Commission des débats des chefs, soit celle de présenter ou d’avoir l’intention de présenter des candidats dans 90 % des circonscriptions au Canada et celle d’avoir des députés à la Chambre des communes élus sous sa bannière. Deux critères sur trois suffisent à obtenir un billet de participation, selon la Commission. Voilà pourquoi Elizabeth May prendra part aux débats diffusés par Radio-Canada et CBC.

Si le chef du Parti populaire du Canada, Maxime Bernier, n’a pas même jusqu’ici été invité aux débats de Radio-Canada et de CBC, c’est que son parti ne répond pas parfaitement à au moins deux exigences sur trois. Les situations objectives de Mme May et de M. Bernier ne sont pas semblables.

L’absence de Mme May au Face-à-Face 2019 de TVA et de LCN n’est pas un déni de démocratie. La cheffe du Parti vert sera présente sur le terrain et dans tous les médias durant cette campagne, y compris bien évidemment sur ces chaînes, et ce, à de multiples autres occasions. Mais son absence à ce débat privera bien des Québécois d’un éclairage lors d’un moment très suivi de la campagne électorale. C’est regrettable.

Chronique

Honte à vous, honte à nous

CHRONIQUE / Tous les responsables politiques et tous ceux qui aspirent à le devenir devraient dénoncer les actes d’intimidation dont sont personnellement victimes des adversaires d’autres partis. Ce serait la meilleure façon d’établir un cordon de protection contre les intimidateurs — ou de tenter de le faire.

Sans le dire, certains politiciens pensent profiter indirectement de menaces personnelles dont des adversaires font les frais. C’est minable. D’autres, plus pusillanimes, craignent de pâtir eux-mêmes d’un mot de solidarité qu’ils adresseraient publiquement à des adversaires qui en sont ou en seraient victimes. Ils craignent de se faire eux-mêmes insulter dans la foulée...

Ce sont de petits calculs. Ne serait-ce que parce que tous devraient au moins avoir à l’esprit qu’ils pourraient un jour de toute façon être à leur tour la cible d’intimidateurs dans leur vie personnelle ou être l’objet d’attaques personnelles ignobles.

Le jour où des gens de bonne foi ne voudront plus plonger dans l’arène politique de crainte de se faire constamment insulter, non seulement sur les réseaux sociaux, mais dans la rue — y compris lorsqu’ils se trouvent avec leurs enfants —, nous ne serons évidemment pas plus avancés. Nous aurons perdu collectivement.

Le dernier exemple en date est celui de la ministre canadienne de l’Environnement, Catherine McKenna, qui a reçu une pluie d’insultes et de menaces sur les réseaux sociaux, mais pas seulement. Elle a été injuriée par un individu alors qu’elle se trouvait devant un cinéma avec ses enfants. Voilà qu’elle doit désormais bénéficier d’une protection policière rapprochée.

La situation n’est pas plus acceptable pour elle que pour tous ceux qui ont subi et qui subiront de telles insultes personnelles, que ce soit ici ou ailleurs. Et ce n’est pas parce que de telles régressions sont répandues ici et ailleurs qu’elles doivent être tolérées. Ne nous habituons pas!

Un autre exemple : il y a quelques mois, la secrétaire d’État en charge de l’Égalité entre les femmes et les hommes en France, Marlène Schiappa, avait dévoilé une série d’insultes misogynes et de menaces de mort qu’elle avait reçues les jours précédents. C’était à vomir.

Si Catherine McKenna serait une «Barbie climatique» et une «ordure», Marlène Schiappa, elle, était alors une «pute à juifs», «la putain de l’Élysée», «la chienne à Macron».

Honte à ces intimidateurs.

Honte à nous qui nous taisons trop souvent.

On a le droit

Des citoyens se sentent bousculés dans leur vie par des décisions politiques qui les dépassent. Des sentiments de colère et de dépossession peuvent envahir bon nombre d’entre nous à toutes sortes de moments. Il n’y a pas plus vrai.

Et il est certes facile de dire à des personnes s’estimant victimes de décisions politiques qu’elles devraient s’y prendre autrement que par l’attaque personnelle pour se faire entendre. Facile, certes. Mais c’est pourtant ce qu’il faut dire.

Car, personne ne demande à qui que ce soit de se taire. Il y a simplement des lignes rouges à ne pas franchir. 

Toutes ces personnes et nous tous avons le droit de nous exprimer dans nos sociétés. On a tous le droit de dire ce que l’on pense, ce que l’on vit, ce que l’on craint. On a tous le droit de manifester contre toute mesure qui nous déplaît ou que nous jugeons inique. On a tous le droit de fustiger toute idée avec laquelle on est en désaccord. On a tous le droit de tenter de convaincre autrui de la justesse de notre point de vue. On a tous le droit de voter contre une formation politique et pour une autre.

Les responsables politiques ne peuvent de surcroît réclamer la tranquillité dans le cadre de leurs fonctions. C’est impossible. Ils ne doivent pas espérer ne pas être critiqués, bien évidemment. Ils doivent s’attendre à du jeu robuste. Ça va avec la fonction.

Mais faire irruption dans la vie personnelle d’un responsable politique et se livrer à des attaques personnelles plutôt que de s’en prendre à des projets et des décisions politiques qui sont par ailleurs parfaitement acceptables dans une société démocratique et de droit demeureront toujours inadmissibles. En cette veille de déclenchement d’élections, il faut pouvoir se le rappeler.

Chronique

Savoir tomber, savoir rebondir

CHRONIQUE / Mercredi, le gouvernement Legault a nommé Fatima Houda-Pepin, chroniqueuse chez MédiaQMI et ex-députée libérale, déléguée générale du Québec à Dakar. Jeudi, le chef libéral Pierre Arcand a annoncé la nomination de Marc Tanguay à titre de leader parlementaire des libéraux à l’Assemblée nationale...

Ceci n’explique pas cela, mais on peut tout de même noter que Marc Tanguay est à l’origine de la crise qui a vu Mme Houda-Pepin quitter le caucus libéral en début d’année 2014, en pleine précampagne électorale.

Quelque temps auparavant, elle avait dénoncé publiquement Marc Tanguay, qui s’était montré favorable à ce qu’une candidate libérale porte le tchador. Un épisode qui a été la goutte qui a fini par faire déborder le vase en ce qui la concerne.

Marc Tanguay est un militant libéral dans l’âme. Il ne rechigne pas à monter au créneau et peut avoir un ton cassant au Salon bleu. À titre de leader parlementaire, ses échanges avec le caquiste Simon Jolin-Barrette risquent de faire des flammèches. D’autant que M. Jolin-Barrette peut aussi être cassant dans son rôle de leader parlementaire du gouvernement.

Mais le prochain vrai défi du Parti libéral du Québec, à terme, se déroulera hors du Salon bleu. Il sera de conserver dans son giron la circonscription de Jean-Talon, abandonnée la semaine dernière par Sébastien Proulx — que Marc Tanguay, donc, remplace dans ses fonctions parlementaires.

Moins loin que le PQ

Le gouvernement Legault n’ira pas aussi loin que le souhaite le Parti québécois dans le dossier linguistique. Mais il voudra aller assez loin pour pouvoir dire à un moment qu’il a agi et sans doute suffisamment loin pour apaiser les craintes qui peuvent exister dans la majorité francophone — ou qui finiraient par surgir plus fortement s’il demeurait les bras croisés.

Pour le Parti québécois, tactiquement parlant, le fait que le dossier soit passé des mains de la ministre Nathalie Roy à celles de Simon Jolin-Barrette est une mauvaise nouvelle. D’abord, parce que M. Jolin-Barrette est un nationaliste convaincu et affiché, et qu’il est fort possible que les mesures qu’il présentera inspirent, déjà de ce seul fait, confiance à une majorité de citoyens. Ensuite, ce politicien naturel saura calculer instantanément le rapport entre les coûts et les bénéfices politiques des décisions qu’il prendra.

Bousculé depuis des mois par le gouvernement Legault sur le terrain du nationalisme, le Parti québécois n’avait évidemment pas le choix d’affirmer qu’il replace l’indépendance du Québec au coeur de ses actions à venir. Il doit se distinguer des caquistes.

Dans la tourmente, il faut de toute façon revenir à la base — quitte à laisser aller le pouvoir pendant un certain temps.

Rien n’est mieux pour un parti que de prendre appui sur ses convictions, même si elles ne sont pas populaires.

Pour l’heure, ce qui doit faire humainement le plus mal à certains députés péquistes, ce n’est pas la place qu’ils occupent dans les intentions de vote, c’est de voir des compagnes et des compagnons de route continuer de partir travailler au sein de l’appareil politique du gouvernement Legault. C’est maintenant au tour de l’ancienne attachée de presse de l’ex-chef péquiste Pauline Marois, Marie Barrette, d’effectuer ce saut. Mme Barrette vient de joindre le cabinet du ministre Lionel Carmant.

Des exemples pour le NPD?

Sur la scène fédérale, au milieu des tuiles, une bonne nouvelle pour le NPD cette semaine : le cinéaste Hugo Latulippe veut se lancer sous la bannière orange dans la circonscription de Montmagny–­L’Islet–Kamouraska–­Rivière-­du-Loup. Mais ce bon coup ne panse pas la plus récente plaie ouverte par le passage d’ex-candidats néo-démocrates provinciaux du Nouveau-­Brunswick chez les Verts.

Des partis qui surmontent des difficultés, voire des crises, cela existe pourtant.

Malgré le départ fracassant de Fatima Houda-­Pepin et la tourmente dans laquelle ils étaient plongés sur les signes religieux durant l’hiver 2014, les libéraux de Philippe Couillard ont remporté le scrutin général du mois d’avril cette année-là.

Autre exemple : en juin 2011, le Parti québécois de Pauline Marois a sombré dans une profonde crise lorsque cinq de ses députés ont claqué la porte. L’automne suivant, Mme Marois, qui s’est alors appuyée sur quelques fidèles, dont son attachée de presse Marie Barrette et des députés, a dû faire face à une nouvelle fronde interne. Le Parti québécois a tout de même remporté les élections générales l’année suivante.

Sur papier, des exemples comme ceux-là seraient de nature à susciter un peu d’espoir au sein du NPD. Mais il existe une différence fondamentale entre, d’une part, la situation du Parti libéral du Québec et du Parti québécois d’alors et, d’autre part, celle du NPD d’aujourd’hui. 

Les libéraux et les péquistes étaient à ce moment-là encore au centre du jeu politique au Québec. Ils représentaient l’«alternative» au gouvernement en place. Malheureusement pour lui, ce n’est pas le cas actuellement pour le NPD.

Chronique

La CAQ, le français et le pain du PQ

CHRONIQUE / Au fond, la ministre Nathalie Roy a perdu la responsabilité de la langue française au profit de son collègue Simon Jolin-Barrette au nom de la raison d’État ou, pour le dire autrement, de la raison politique.

On savait que la langue française serait l’un des gros dossiers du gouvernement Legault au cours des prochains mois. Et que l’équipe gouvernementale jouerait gros là-dessus. Le gouvernement se savait attendu au tournant.

La profondeur de son «nationalisme», une notion populaire au sein de la majorité francophone et dont François Legault ne cesse de se réclamer, sera beaucoup jugée sur ce dossier au fil du temps.

Celui-ci lui permettra-t-il d’attirer d’autres sympathisants péquistes? Chose certaine, le gouvernement entend investir un terrain que le Parti québécois estimait lui appartenir. Il lui enlève un pain de la bouche.

Jachère

La pérennité du français passe par l’adoption de mesures qui dépassent les seuls néo-Québécois. Mais il est vrai qu’il existe une certaine logique à lier immigration et francisation. Elle existe d’autant plus pour les caquistes que le rapport sur la francisation des néo-Québécois de la députée Claire Samson présenté en novembre 2016 le prévoyait.

Le fait que le ministre Simon Jolin-Barrette s’inspirera des fruits de son travail est en quelque sorte pour elle, soit dit en passant, un retour en grâce politique. Le ministre de l’Immigration a d’ailleurs déjà commencé à s’en inspirer cet été en annonçant notamment plus de 70 millions $ supplémentaires pour «mieux franciser les personnes immigrantes».

Même s’il évoluera sur son terrain, rien n’indique que le gouvernement Legault ira jusqu’à étendre la loi 101 aux entreprises comptant de 25 à 49 employés, comme le réclame le Parti québécois. À cet égard, le rapport de Claire Samson propose plutôt d’offrir un «programme particulier» pour des entreprises de la région de Montréal œuvrant dans certains secteurs donnés.

Cela étant, le gouvernement avancera sur de nombreux fronts en matière linguistique, un champ laissé en jachère par les libéraux.

Bête politique

Le premier ministre François Legault et son entourage ne voulaient pas prendre de risque politique. Ils ont estimé que Nathalie Roy était vulnérable dans le dossier linguistique.

M. Jolin-Barrette est le ministre de confiance de M. Legault. Il est son ministre des missions délicates.

C’est une bête politique qui sait faire flèche de tout bois. Qui plus est, il bénéficie d’une lune de miel politique pour lui tout seul au sein de la majorité francophone — outre celle dont jouit encore le gouvernement dans son ensemble.

Le capital de sympathie du ministre n’a même pas été entamé par le fait que les deux projets de loi qu’il a parrainés ces derniers mois, celui sur la refonte du système d’immigration et celui sur la laïcité, ont été adoptés à l’aide de bâillons législatifs.

Le premier ministre apprécie depuis longtemps Simon Jolin-Barrette, depuis bien avant que les Québécois portent son parti au pouvoir. C’est «un jeune homme brillant qui gagne à être connu», avait-il dit en 2015.

Avec un grand angle

Lorsqu’on regarde le portrait avec un angle élargi — non seulement les décisions à venir sur la langue française, mais celles intervenues sur la laïcité et celles sur le système d’immigration —, on peut constater que le gouvernement instaure et instaurera des mesures normalement susceptibles de mieux faire accepter l’immigration.

Ce n’est pas ce qu’il fait lui-même valoir en avançant sur ces fronts, mais on peut constater qu’il se donne les moyens de mieux faire accepter, à terme, l’arrivée au Québec de quelque 50 000 nouveaux immigrants par année, soit le niveau d’immigration qui a prévalu ces dernières années. Ce niveau était de plus en plus l’objet d’un ressac aux yeux de plus en plus de gens.

En élargissant la francisation, le gouvernement retirera un argument à ceux qui voudraient voir l’immigration être réduite longtemps et considérablement.

Chronique

Enseigner, un métier qui a du sens

CHRONIQUE / C’est bon. Les enfants sont rentrés à l’école. Ouf! Mais ils l’ont fait dans un environnement scolaire paraissant encore une fois plus dégradé que l’année précédente au Québec; dans une situation où le manque de planification des autorités publiques et des choix politiques discutables ont produit leur plein effet. Résultats : manque de locaux et trop d’enseignants introuvables dans certains coins — pour ne relever que ces deux problèmes.

Selon plusieurs, le manque d’enseignants est aussi la résultante d’une déconsidération installée depuis longtemps à l’égard de cette profession. Et, de l’avis quasi général, des difficultés inhérentes à l’enseignement; des difficultés sur lesquelles on insiste beaucoup dans la sphère publique. Avec raison.

C’est un dilemme : pour améliorer les choses, il faut parler des problèmes, braquer les projecteurs dessus. Ce faisant, on éloignerait de l’enseignement ou on a éloigné au fil du temps de potentiels aspirants au métier d’enseignant, tant en nombre qu’en qualité.

Je ne minimiserai pas les difficultés, mais je ne m’y attarderai pas non plus ici. Elles s’étalent à la une des médias.

Gratifiant

Ce qu’il faut aussi dire de temps en temps, c’est à quel point l’acte d’enseigner est extraordinaire en soi; que l’exercice de ce métier peut être tellement valorisant.

Qu’on m’en excuse, mais je vais parler au «je» pendant quelques instants.

Gratifiant. C’est toujours le mot que j’ai employé pour décrire le sentiment général qui m’a habité pendant les quelques sessions où j’ai enseigné à titre de chargé de cours à l’Université Laval. Le journalisme que je n’ai jamais cessé de pratiquer depuis plus de 25 ans a toujours été enthousiasmant et continue de l’être, mais jamais comme l’a été le fait d’enseigner.

Bien sûr. Personne ne peut se permettre de faire de son cas personnel une vérité universelle. De surcroît, les réalités des universités et des autres niveaux, collégial, secondaire et primaire, sont bien différentes.

Mais l’enseignement, tout le monde pourra s’entendre là-dessus, a au moins le potentiel d’être une grande source de gratification. Ce n’est pas le cas de tous les métiers.

Cela ne veut pas dire que tout le monde se «réalise» personnellement dans l’enseignement. Pas plus que dans n’importe quelle autre occupation. Ou que ce métier soit pour tous. Pas plus qu’aucun autre.

Éduquer, apprendre, faire apprendre, transmettre, échanger, accompagner font cependant de l’enseignement un métier à part. Un métier de sens. C’est énorme. Il faut le rappeler de temps en temps.

Contribuer ou tenter de contribuer au développement, à l’émancipation, à l’égalité de chances, à l’intégration à la vie sociale; contribuer ou tenter de contribuer à rendre l’école plus intéressante à davantage de jeunes… Quel programme!

Le système scolaire ne parvient pas comme il le devrait à tous ces objectifs. Il n’est pas l’ascenseur social qu’il devrait être. Le système est en situation d’échec dans certains domaines, car la vie elle-même est complexe et les situations des uns et des autres sont diverses.

Mais l’école est au cœur de tout ça.

Utile

À la une du quotidien français Libération, vendredi dernier, on pouvait lire ceci en titre : «Tout quitter pour devenir prof.»

«L’envie d’être utile et d’exercer un métier qui a “du sens” pousse de plus en plus de salariés, souvent issus du privé, à devenir enseignants», disait le chapeau coiffant le dossier.

Peu importe l’ampleur réelle du phénomène en France et la tendance qu’ont les médias à découvrir de nouveaux phénomènes ou à voir de nouvelles tendances partout, il y a deux mots clés ici : utile et sens.

Ils sont liés. Se sentir utile est plus susceptible de conférer du sens à ce que l’on accomplit que n’importe quoi d’autre.

Non, il ne faut pas oublier que certains doivent faire la classe dans de grandes roulottes rectangulaires, que des locaux sont surchargés, que les élèves en difficulté sont nombreux. Je ne l’oublie pas. La réalité est là, sous nos yeux.

Mais il faut aussi rappeler de temps en temps à quel point l’enseignement, l’acte d’enseigner, offre beaucoup. Il offre la possibilité de faire une différence concrète.

Éduquer, transmettre, échanger, accompagner… C’est parce qu’enseigner peut apporter tellement — aux autres, ainsi qu’à soi — qu’il faut absolument améliorer les conditions d’exercice de ce métier, là où c’est nécessaire, et également rappeler qu’il est extraordinaire; qu’il est utile et riche de sens.

Chronique

Un cadeau à la CAQ

CHRONIQUE / En abandonnant son siège de député de Jean-Talon, Sébastien Proulx fait, bien malgré lui, un cadeau à la Coalition avenir Québec (CAQ). Sa circonscription tombera probablement dans l’escarcelle caquiste d’ici Noël.

Lors d’une élection partielle, un parti au pouvoir arrache rarement une circonscription qui était représentée par un député d’opposition. C’est même un exploit lorsqu’une telle chose se produit, peut-on constater en analysant les résultats de toutes les élections partielles des 40 dernières années au Québec.

Cette possibilité est cependant à portée de main pour la CAQ dans Jean-Talon. 

Elle est même hautement probable dans cette circonscription, qui est de moins en moins le château fort libéral qu’elle a été.

Aux dernières élections générales, Sébastien Proulx l’avait emporté avec 32,6 % des suffrages. La caquiste Joëlle Boutin avait pour sa part engrangé 28,6 % des voix. Moins de 1365 votes les séparaient.

Déjà, de ce strict point de vue, la victoire est possible pour le gouvernement Legault dans cette circonscription libérale.

Comme elle l’était dans Roberval, une circonscription remportée par le chef libéral Philippe Couillard lors des dernières générales, mais tombée dans les mains de la CAQ à la partielle déclenchée après sa démission.

Il est d’autant plus probable que le gouvernement caquiste ravisse Jean-Talon que le Parti libéral du Québec aura, avec une course à la direction à venir, de la difficulté à convaincre un candidat de prestige de se lancer.

Et que, de façon générale, l’appui populaire de la CAQ demeure élevé, particulièrement chez les francophones.

Rien n’est impossible dans la vie, mais il y aura là un vrai gros défi pour l’organisation libérale. Elle devra tenter de miser sur l’opposition au 3e lien entre Québec et Lévis qui existe dans cette partie de la capitale, croit un membre du parti.

Isolé

La démission de Sébastien Proulx revêt un petit drame politique pour les libéraux. Il était le seul représentant libéral à l’est de l’agglomération urbaine de Montréal. Son départ confortera l’image d’un parti éloigné des francophones.

Une situation qui accroîtra le défi qu’aura à relever le prochain chef ou la prochaine cheffe du parti.

Dans l’aile parlementaire, M. Proulx était isolé sur des questions dites «identitaires». Mais là n’est pas la raison de sa démission.

Quelque chose s’est cassé le 1er octobre dernier pour lui. C’était un secret de Polichinelle qu’il avait le cœur ailleurs depuis la raclée électorale. Son esprit l’était de plus en plus aussi.

On comprend aujourd’hui qu’il se cherchait un emploi, qu’il s’était montré disponible.

Les perspectives qui sont devant le Parti libéral du Québec n’avaient rien pour le convaincre de rester. En partant, il ne les rend pas plus roses, c’est certain.

Mais quand le cœur n’y est plus, les compromis à forger pour concilier vie politique et vie familiale deviennent impossibles. 

M. Proulx est un chic type, un être humain agréable à côtoyer. Il manquera à ses collègues libéraux, ainsi qu’à plusieurs de ses adversaires.

Les gens vont et viennent à l’Assemblée nationale. C’est le propre de la fonction de parlementaire.

Chronique

Avortement: la mémoire qui flanche

CHRONIQUE / Il a fallu que la mémoire fasse cruellement défaut au lieutenant québécois des conservateurs fédéraux, Alain Rayes, pour déclarer qu’un gouvernement dirigé par Andrew Scheer ne permettrait pas à un député de présenter un projet de loi antiavortement. Ou qu’il soit prêt à tout dans sa quête de candidates et de candidats. Ou qu’il s’exprime vraiment de travers.

Si cette affaire a fait tant de bruit, c’est entre autres parce que M. Rayes n’est pas le dernier venu dans le dispositif électoral du chef conservateur. Il est au cœur de la machine.

Allons aux faits : non, un gouvernement Scheer ne présenterait pas de projet de loi remettant en question le droit à l’avortement au Canada. On peut croire Andrew Scheer, bien évidemment, lorsqu’il fait passer le message qu’un gouvernement qu’il dirigerait ne «rouvrirait» pas ce débat. Et lorsque M. Rayes insiste finalement là-dessus.

Mais un gouvernement conservateur permettrait bel et bien à des députés d’arrière-ban de présenter une proposition législative antiavortement. C’est une nuance, mais elle est importante.

Cette position ressemblant à un «non, mais» est celle du Parti conservateur du Canada depuis des années. Elle existait du temps de Stephen Harper.

On peut y voir un respect du rôle des députés. 

C’est aussi l’un des principaux problèmes des conservateurs.

Ce qui est déplorable est que ce «non, mais» peut permettre de jouer sur deux tableaux à la fois. Au fil du temps, il a permis à des ténors du parti d’insister sur un aspect de la question plutôt que sur un autre.

Devant d’éventuels candidats opposés à tout recul en matière d’avortement, d’omettre de mentionner la possibilité qui serait accordée aux députés.

Et de glisser à l’oreille de certains autres, surtout à l’extérieur du Québec, que rien ne les empêcherait d’essayer de lancer une proposition législative visant à restreindre le droit à l’avortement...

Dans l’état actuel des choses, il est certes peu probable qu’un projet de loi déposé par un député conservateur trouve suffisamment d’appuis dans la future Chambre des communes pour devenir une loi en bonne et due forme. Mais le fait est que la possibilité théorique qu’une telle chose se produise existe.

Le Parti conservateur n’a pas fait et ne fait pas de cette question une ligne rouge. C’est son choix politique.

Il ne veut pas perdre le soutien d’électeurs antiavortement, même s’ils sont minoritaires.

Couac

La semaine des conservateurs avait bien commencé avec le recrutement de la médaillée olympique Sylvie Fréchette, même si c’est par elle que la controverse a cheminé.

Comme si ce couac sur l’avortement ne suffisait pas, on a appris que l’ancienne chef du Parti conservateur, Rona Ambrose, ne partage pas le point de vue de M. Scheer voulant que le résultat des négociations du nouvel accord de libre-échange nord-américain constitue une humiliation pour le Canada. Elle estime que le Canada s’est assez bien tiré d’affaire.

Et il y a eu Maxime Bernier, le chef du Parti populaire du Canada, qui a occupé pas mal d’espace médiatique avec cette histoire de panneaux dénonçant l’«immigration massive».

À ce propos, un conservateur a confié qu’à ses yeux son ex-collègue n’a rien perdu dans cette affaire, mais qu’il n’a rien gagné non plus. Il n’aurait, au fond, que «consolidé sa marginalité».

L’avenir le dira, mais c’est joliment tourné.

Chronique

Maxime Bernier, populiste affiché

CHRONIQUE / Maxime Bernier a tout du chef populiste, y compris les thèmes et le langage. Pas étonnant, donc, de l’entendre défendre l’expression «immigration de masse» pour dénoncer le nombre de personnes immigrantes admises au Canada.

Sur le langage encore, les adversaires du chef du Parti populaire du Canada seraient, à l’écouter, à la tête de vieux partis. Et seraient interchangeables. Conservateurs et libéraux, ce serait bonnet blanc et blanc bonnet.

Le chef conservateur, Andrew Scheer, doit avaler de travers lorsqu’on l’associe à Justin Trudeau… Mais passons.

Maxime Bernier a aussi la posture et les codes du parfait populiste. À l’instar de nombreux citoyens, il s’en prend au conformisme ambiant, à une certaine bien-pensance.

L’ancien ministre conservateur s’en prend aussi au fait que des propos comme les siens n’auraient pas vraiment droit de cité dans la sphère publique.

Ils ne sont pourtant pas nouveaux. Et on les entend autant que d’autres points de vue.

Il est toutefois évident que la décision de laisser le patron du Parti populaire du Canada sur la ligne de touche lors des grands débats télévisés des chefs lui permet d’accréditer aux yeux de plusieurs la thèse selon laquelle on cherche à le faire taire, à minorer son courant.

Tout comme cette histoire de retrait des panneaux publicitaires à travers lesquels une organisation canadienne appuyait son plan d’immigration. Elle l’a malheureusement fait en employant une expression déplorable; déplorable, parce que susceptible de dresser des citoyens les uns contre les autres.

Il faut être clair : M. Bernier a le droit de reprendre à son compte l’expression «immigration de masse» de cette organisation. Mais d’autres ont tout autant le droit de la juger détestable. Ce qui vaut pour les uns vaut pour les autres.

Personne d’ailleurs ne dit qu’il ne doit pas y avoir de débat sur l’immigration. La question n’est pas là.

En passant, ce n’est tout de même pas une autorité publique qui a exigé le retrait des panneaux publicitaires. C’est l’entreprise d’affichage qui a pris cette décision pour des motifs commerciaux, après avoir reçu de nombreuses plaintes.

Sans faux-fuyant

Ce qui est inusité est que Maxime Bernier assume totalement l’étiquette de populiste. Il la revendique. 

Voilà ce qu’il a notamment écrit à la Commission des débats des chefs pour plaider sa cause : le Parti populaire «est un parfait exemple» de l’«émergence rapide d’une alternative politique populiste». Ce sont ses termes.

Pour plusieurs, le populisme est une dérive.

Les populistes font souvent leur pain et leur beurre des thèmes suscitant des craintes chez une partie de la population. Et ils avancent souvent des solutions trop simplistes pour y faire face.

L’adverbe «souvent» est de mise, car il y a populiste et populiste. Il existe des degrés de populisme, comme dans toutes les choses.

Maxime Bernier fait partie des politiciens en Occident qui veulent faire du judo avec l’épithète populiste. Il fait partie des politiciens qui estiment que le terme signifie qu’ils sont près des citoyens, près des préoccupations populaires, près des inquiétudes du «peuple». Il veut faire passer cette acception, la retourner à son avantage.

Que quelqu’un s’approprie à ce point le qualificatif, ça, chez nous, c’est nouveau.

Chronique

Le culot de Jason Kenney

CHRONIQUE / Le premier ministre albertain, Jason Kenney, défend les intérêts de sa province avec fougue et culot. Mais aussi, et c’est plus grave, avec mauvaise foi, chantage et menaces. Péréquation contre pétrole? En 2019? Voyons!

Une fois de plus, Jason Kenney et François Legault ont croisé le fer par médias interposés ces derniers jours. Or, si la position du premier ministre de l’Alberta peut se comprendre de son strict point de vue, celle de M. Legault est légitime d’à peu près tous les points de vue.

Bien sûr que tous les Canadiens, financièrement parlant, ont bénéficié et bénéficient du pétrole albertain. Et c’est aussi pour cela que M. Legault n’a plus répété le mot «sale» pour le qualifier, un impair qu’il avait commis à la fin de l’année dernière. La diplomatie doit aussi exister entre les provinces.

Mais ni l’avenir du Québec ni celui du Canada ne peut passer par le pétrole des sables bitumineux de l’Alberta.

Il faut du toupet pour brandir et rebrandir, comme le fait Jason Kenney, la menace d’une coupe dans les transferts de péréquation si le Québec continue de refuser le passage d’un pipeline de pétrole sur son territoire. Et pour brandir celle d’un référendum en octobre 2021 si l’Alberta n’obtient pas des changements profonds à la formule de péréquation, ainsi que des autorisations pour construire des oléoducs.

Qu’est-ce que c’est que ce chantage? La péréquation est un programme fédéral. Pas un programme de l’Alberta.

À quoi joue Jason Kenney? À faire pression, bien sûr.

À ce stade-ci, personne ne peut exclure que les pressions qu’il exerce finissent par aboutir à une modification de l’actuelle formule de péréquation. Mais ce ne devrait pas être avant 2024, puisque celle qui prévaut actuellement est valable jusque-là.

S’ils sont élus en octobre, les conservateurs fédéraux ouvriraient une boîte de Pandore en modifiant la formule substantiellement avant ce terme. 

Toute révision des modalités devra être «canadienne». Les voix du Québec et des autres provinces bénéficiant de la péréquation devront être prises en compte.

Constitution

La formule a déjà été modifiée et le sera encore dans l’avenir. Mais elle ne sera pas celle que le chef du gouvernement de l’Alberta voudra éventuellement dessiner seul dans son coin. La péréquation n’est pas et ne deviendra pas sa chose. Et le programme, sur le fond, continuera d’exister, peu importe ses modalités.

Ce programme fait bel et bien partie du contrat politique canadien. Il est même inscrit dans la loi constitutionnelle de 1982. Et la Constitution ne se modifie pas comme ça.

Le Québec tire 11 % de ses revenus actuels de ce programme. Cette année, il reçoit 13,1 milliards $ à ce titre. C’est trois fois plus qu’il y a 15 ans. M. Legault ne cesse de dire qu’il veut faire en sorte que le Québec n’ait plus recours, un jour, à la péréquation. On sait cependant que cet objectif prendra une génération à se réaliser. Au très bas mot.

Les tiraillements des derniers jours ne disparaîtront donc pas de sitôt. Mais il n’y a pas de marchandage possible entre oléoduc et péréquation. Toute la péréquation ne découle pas du pétrole de toute façon.

Au passage, ce dernier épisode a montré que François Legault s’est trompé s’il pensait que son appui au projet Énergie Saguenay contribuerait à tempérer les choses avec l’Alberta. Il s’est campé avec force derrière ce projet de gazoduc et de terminal au Saguenay, un ensemble par lequel transiterait du gaz naturel de l’Alberta avant d’être expédié ailleurs dans le monde.

Chronique

Poudre de perlimpinpin et Hydro-Québec

CHRONIQUE / L’épineux dossier des fameux trop-perçus d’Hydro-Québec n’est pas clos pour le gouvernement Legault. Il risque de revenir l’embêter. Et pour cause : il y a un peu de poudre de perlimpinpin, de prestidigitation, dans le projet de loi sur les tarifs d’Hydro-Québec présenté en juin.

L’étude de la proposition législative se déroulera cet automne, ce qui ramènera le fantôme des trop-perçus à l’avant-scène de l’actualité.

Le Parti libéral du Québec, Québec solidaire et le Parti québécois s’allieront lors de la commission parlementaire à venir, comme ils le font depuis des mois — et avec fougue — à celle portant sur les maternelles 4 ans.

L’étude du projet du ministre Jonatan Julien sera l’occasion, une fois de plus, de constater que le gouvernement invite à un acte de foi en faisant valoir que les abonnés d’Hydro-Québec épargneront quelque 1,5 milliard $ au cours des cinq prochaines années grâce à son intervention — ce qui compenserait en quelque sorte les trop-perçus que la Coalition avenir Québec dénonçait lorsqu’elle était dans l’opposition.

1,5 milliard $?

Mercredi, une étude de l’Institut de recherche et d’informations socioéconomiques, classé à «gauche», a ajouté sa voix au groupe des sceptiques, qui était déjà assez large et qui provenait de plusieurs horizons. L’analyste en énergie, Jean-François Blain, y a participé.

Un rappel : la proposition gouvernementale s’appuie entre autres sur la remise l’an prochain par Hydro-Québec de 500 millions $ à ses clients.

Or, ces dollars, constitués du solde des «comptes d’écart», auraient de toute façon fini par être retournés aux consommateurs. Le ministre Jonatan Julien l’a lui-même reconnu ces dernières heures.

Un autre volet du projet législatif prévoit un gel des tarifs pour 2020, suivi d’une indexation tarifaire «limitée» au taux d’inflation les quatre années suivantes. Le gouvernement calcule que ce volet de son plan fera économiser 1 milliard $ aux consommateurs.

Or, rien ne dit que la Régie de l’énergie n’aurait pas autorisé des hausses en deçà de l’inflation. Elle l’a fait ces dernières années.

En fin de compte, l’opération du gouvernement pourrait théoriquement — restons pour l’heure au conditionnel — se solder par une certaine compensation des trop-perçus. Mais croire qu’elle s’élèvera à 1,5 milliard $ ou que rien n’aurait été reversé aux consommateurs sans elle est une chimère.

Malgré tout...

Après avoir défendu pendant des mois le fait que les «bénéfices additionnels» d’Hydro-Québec ne soient pas retournés à ses abonnés, le gouvernement a fait volte-face à la fin du printemps avec la présentation du projet de loi visant «à simplifier le processus d’établissement des tarifs de distribution d’électricité».

Les partis d’opposition le chauffaient depuis des mois là-dessus. Un sondage Léger publié dans les médias de Québecor a achevé, au printemps, de le convaincre qu’il devait faire quelque chose. Plus de 90 % des Québécois exigeaient qu’on leur retourne les trop-perçus.

Mais ce quelque chose ne convainc pas.

Malgré tout, et parce que l’équipe gouvernementale soutiendra qu’elle agit, les difficultés qu’elle rencontrera encore avec ce dossier seront moindres que celles qu’elle a vécues dès le lendemain de son arrivée au pouvoir et pendant des mois. Dans la joute politique, rien n’est pire que de n’avoir rien à dire ou de n’avoir rien à opposer à ses adversaires.

Jean-Marc Salvet

Le ciment de la CAQ

CHRONIQUE / Pour répondre à ceux qui le soupçonnaient de toujours souhaiter au fond de lui-même la souveraineté du Québec, François Legault avait constamment la même réponse, jusqu’ici du moins : les Québécois ne veulent pas entendre parler de souveraineté.

Le premier ministre et chef caquiste éludait. Il ne répondait jamais vraiment sur le fond.

D’où l’autre questionnement, qui pouvait chaque fois surgir : que ferait M. Legault si les Québécois devenaient plus nombreux un jour à vouloir en entendre parler?

Que ferait-il non pas dans ce mandat-ci, évidemment, mais plus tard? Que dirait-il le cas échéant?

Interviewé la semaine dernière sur les ondes d’une radio de Sept-Îles, Plaisir 94,1, François Legault n’a pas escamoté la question cette fois. Il ne s’en est pas remis à l’état de l’opinion publique. Il a livré un jugement sur le fond.

Il a estimé que la souveraineté n’était tout simplement plus un projet «moderne». «Je pense que la souveraineté du Québec, ce n’est plus un projet moderne», a-t-il laissé tomber.

Les mêmes mots prononcés à Montréal ou à l’Assemblée nationale auraient eu plus de retentissement médiatique.

Les sceptiques étant sceptiques par nature, cette déclaration du premier ministre ne fera probablement pas taire leur scepticisme. Ils décevront par contre des citoyens indépendantistes.

C’est vrai. L’avenir n’est jamais écrit d’avance. Quoi qu’il en soit, ces mots de M. Legault existent bel et bien désormais. 

Le credo

Au fil des mois, François Legault a embrassé son credo : le nationalisme. Dimanche, au congrès des jeunes caquistes, il en a fait une profession de foi politique.

Il faut dire que les différentes déclinaisons du nationalisme constituent un ciment permettant d’unifier la Coalition avenir Québec. Et qu’elles lui valent des bons points dans l’opinion publique.

Il faut rappeler que le mot ne revêt pas les mêmes significations au Québec que dans le reste de la francophonie. Et qu’il est vu positivement par une majorité de Québécois.

Le terme est redevenu incontournable et populaire sur la scène politique québécoise. Il correspond à une attitude; à une façon de gouverner, de revendiquer; à une manière d’être devant Ottawa et le reste du Canada.

Il est si populaire que plusieurs libéraux du Québec veulent même se le remettre en bouche, ce mot. Entendu que chez eux, s’empressent-ils de préciser, il correspondrait à un concept «rassembleur».

Au Parti québécois, on reproche au gouvernement Legault de se «prétendre» nationaliste. On croit que ce n’est que de l’affichage.

Un PQ campé

Même si François Legault a déclaré à Sept-Îles que la souveraineté n’est plus un «projet moderne», la Coalition avenir Québec, en hissant haut son nationalisme, a davantage investi le terrain du Parti québécois des dernières années que celui du Parti libéral du Québec.

Aux prochaines élections générales, le Parti québécois n’aura pas le choix. Pour se distinguer de la large coalition politique de François Legault, il devra tourner le dos à la stratégie de son ex-chef Jean-François Lisée et proposer aux Québécois de réaliser la souveraineté le plus rapidement possible — même si cela ne doit pas lui valoir de points supplémentaires. Ce n’est qu’ainsi qu’il pourra reconsolider son noyau et une partie de sa base.

Jean-Marc Salvet

L’avenir du Québec

CHRONIQUE / Que ce soit dans l’ensemble canadien ou pas, l’avenir du Québec passe par la langue française. Si un jour lointain, même très lointain, celle-ci ne devait devenir qu’un hochet, qu’un élément folklorique, ce territoire ne serait plus le Québec. Il serait autre chose.

Voilà pourquoi le devoir fondamental de tout gouvernement québécois est d’assurer non seulement la pérennité de la langue française au Québec, mais son épanouissement constant.

Dit ainsi, c’est une grande généralité. Mais il existe des vérités même dans des lieux communs. C’est le cas ici.

Certes, le gouvernement de François Legault donnera suite à son engagement de créer un poste de Commissaire à la langue française. Celui-ci aura pour tâche «de recevoir les plaintes du public et de présenter des recommandations visant à assurer le statut du français comme langue commune au Québec». Très bien.

C’était un engagement électoral. Et ces années-ci, la norme est de respecter les engagements électoraux. Normal que M. Legault aille de l’avant, donc.

À terme, son gouvernement mettra par ailleurs en vigueur une disposition phare d’une loi adoptée il y a 17 ans par l’Assemblée nationale — disposition qui demeure inappliquée à ce jour. Elle stipule que les communications écrites de l’administration publique québécoise avec les personnes morales établies au Québec doivent être rédigées uniquement en français.

On sait depuis le 29 mai que le gouvernement fera appliquer cette disposition. On le sait, car, ce jour-là, il a appuyé une résolution parlementaire le réclamant. Et il ne veut pas être accusé — le moins souvent possible, en tout cas — de ne pas donner suite à une résolution parlementaire à laquelle il a souscrit. Pas plus qu’à un engagement électoral.

La proposition du PQ

Mais ces deux mesures ne peuvent être considérées que comme des points de départ pour assurer la pérennité du français au Québec.

L’objectif ne sera jamais aussi bien atteint que par l’adoption d’une proposition que le Parti québécois porte depuis longtemps, soit d’étendre l’application de la loi 101 aux entreprises de 25 à 50 employés.

À la Coalition avenir Québec, de nombreux ex-péquistes sont favorables à cette idée.

Que le gouvernement veuille mieux faire appliquer la loi 101 avant d’élargir sa portée peut se comprendre. En matière de langue au travail, pour s’en tenir à cet aspect des choses, environ 13% des près de 7000 entreprises inscrites à l’Office québécois de la langue française ne détiennent même pas de certificat attestant que le français est la langue normale et habituelle de travail chez elles, selon des données de l’an dernier.

Le gouvernement Legault enverrait un message porteur d’avenir en indiquant qu’il n’écarte pas le projet d’étendre la loi 101 aux entreprises comptant de 25 à 50 employés — même s’il devait préciser du même souffle qu’il ne concrétiserait cet élargissement que dans un éventuel deuxième mandat.

Cet élargissement ne peut plus être écarté.

La trop longue discussion acrimonieuse sur les signes religieux ces dernières années a remplacé, dans les préoccupations dites identitaires, la vigilance que nos parlementaires et nous tous aurions dû avoir, et que nous devons toujours avoir, à l’égard de la place du français au Québec.

Il est temps d’y voir.

Chronique

Legault rouvre les options

CHRONIQUE / Le premier ministre François Legault parle de nationalisme plutôt que d’autonomisme. Il n’empêche que son gouvernement a résolument mis le cap sur une gouvernance autonomiste.

Ne présumons pas des résultats. Mais le contraste est frappant avec le gouvernement de Pauline Marois, qui peinait même à mettre un peu de chair autour de l’os de sa très officielle «gouvernance souverainiste».

Immigration et laïcité. Il ne s’agit pas de reprendre encore une fois ici le débat sur la pertinence des décisions prises par le gouvernement Legault en ces matières. Mais de les mettre en exergue pour souligner qu’à travers elles, il élargit le concept de «société distincte» — bien qu’il n’ait pas encore obtenu l’accord qu’il désire avec Ottawa en immigration.

Pour espérer parvenir à son objectif sur ce plan, il aura sans doute besoin de l’élection des conservateurs d’Andrew Scheer l’automne prochain.

Quoi qu’il en soit, le gouvernement de François Legault pousse plus loin la distinction du Québec au sein du Canada. Pour le pire, selon certains; pour le meilleur, selon plusieurs.

Il peut être soupçonné de vouloir chercher des querelles avec Ottawa pour conserver les faveurs d’une partie importante de l’électorat québécois — Ottawa étant généralement et historiquement confiné au rôle de vilain. Mais notez la différence : le gouvernement Marois, lui, n’était pas simplement soupçonné, mais carrément accusé de vouloir créer et entretenir des querelles dans le but de mousser l’option souverainiste, laquelle était par ailleurs déjà pas mal tombée en berne.

Or — et c’est là que je veux d’abord en venir —, ces accusations paralysaient le gouvernement de Pauline Marois avant même qu’elles ne soient lancées.

Elles le paralysaient tout autant que le fait d’être coincé par son statut de gouvernement minoritaire.

Le gouvernement Legault bénéficie du poids de l’opinion publique. Celui de Mme Marois en pâtissait.

Des exemples

À terme, le gouvernement de la Coalition avenir Québec mettra en vigueur une disposition législative sur la langue française flottant dans les limbes depuis pas moins de 17 ans. Celle-ci fera en sorte que les communications écrites de l’administration publique québécoise avec les personnes morales établies au Québec devront être uniquement rédigées en français. Le gouvernement Marois n’avait pas manifesté cette intention.

L’équipe ministérielle de Mme Marois aurait-elle eu du mal à décréter le transfert de deux écoles de la commission scolaire English-Montréal à la commission scolaire de la Pointe-de-l’Île? Elle aurait probablement craint d’être accusée par l’opinion publique en général de faire fi des droits de la minorité anglophone québécoise.

Pourtant, cette décision se défend. Elle est malheureusement rendue nécessaire en raison d’une irresponsable absence de planification datant de nombreuses années.

Sans complexes

Là où le gouvernement de Pauline Marois voyait ou craignait des coûts politiques, celui de François Legault voit des opportunités politiques. Voilà là où je voulais finalement arriver. L’équipe Legault avance sans complexes.

L’opportunité politique? Elle est le résultat d’une évaluation entre, d’une part, la priorité qu’on accorde ou qu’on peut se permettre d’accorder à telle ou telle chose et, d’autre part, les bons commentaires que tel ou tel élément pourrait déclencher par rapport aux polémiques qu’il pourrait au contraire susciter.

En bout de course, l’opportunité politique correspond à la différence qu’un gouvernement entrevoit entre les coups qu’il est susceptible d’encaisser et le niveau d’approbation qu’il s’attend à recevoir. Le gain réel est encore plus positif, évidemment, lorsque les voix de désapprobation nourrissent la satisfaction du plus grand nombre.

Le «nous» de Marois

Pour le pire, selon certains; pour le meilleur, selon plusieurs… Le gouvernement Legault pousse plus loin la distinction du Québec au sein du Canada. Il donne au fond du coffre au «nous» que Pauline Marois avait tenté de réhabiliter il y a plus de 10 ans.

Ces éléments font rêver de nombreux indépendantistes, qui y voient un futur nouveau socle pour rebondir. C’est possible. Rien n’est impossible dans la vie.

Mais cet approfondissement de la distinction du Québec au sein du Canada pourrait aussi démontrer, avec le temps, qu’Ottawa et les autres provinces s’ajustent à la nouvelle donne québécoise, ou du moins l’acceptent. Qui sait?

Une conclusion? Elle est d’ordre général, mais pleinement politique : le gouvernement Legault rouvre les options.

Dans ce Québec d’aujourd’hui et de demain, une nécessité cependant demeurera : faire du «nous» de Pauline Marois un «nous» inclusif. Un «nous» pour tous. C’est notre défi collectif à tous.

Chronique

Une loi fantôme pour la langue française

CHRONIQUE / Imaginez une loi adoptée il y a 17 ans par l’Assemblée nationale — à l’unanimité, qui plus est — dont l’une des dispositions phares demeure inappliquée à ce jour. Cette situation existe bel et bien. Elle concerne la pérennité de la langue française au Québec.

Cette disposition jamais entrée en vigueur stipule que les communications écrites de l’administration publique québécoise avec les autres gouvernements et les personnes morales établies au Québec doivent être «uniquement» rédigées en français. C’est une obligation que l’État et ses entités sont censés s’imposer et imposer.

Puisque cet article de la loi 104 — c’est son numéro — flotte dans les limbes depuis 2002, on pourrait croire que les gouvernements au pouvoir à Québec depuis ce temps ont finalement tous estimé que l’objectif qu’il poursuit constitue une erreur. Mais non! Ce n’est même pas pour cela que cet article n’a pas été mis en vigueur.

Le problème n’a jamais porté sur le fond, mais sur l’opportunité politique d’aller de l’avant. Les gouvernements de Jean Charest, de Pauline Marois et de Philippe Couillard ne l’ont jamais dit ainsi. Ils n’ont d’ailleurs jamais fourni d’explication. Mais le fait est qu’ils n’ont jamais répudié cet élément de la législation.

Ils ont donc, vraisemblablement et tout simplement, évalué qu’il n’était pas politiquement opportun pour eux d’y donner suite.

Surprise!

Ô surprise! Le 29 mai, les quatre partis représentés à l’Assemblée nationale ont adopté une résolution demandant au gouvernement de François Legault de «mettre en application» dans «les meilleurs délais» ce fameux article de la loi 104 afin que «les communications écrites entre l’administration et les personnes morales établies au Québec, et les autres gouvernements, se fassent uniquement dans la langue officielle, c’est-à-dire le français».

Cette résolution parlementaire a été présentée par le péquiste Joël Arseneau. Elle a reçu l’appui, outre des élus du Parti québécois, des libéraux, des solidaires et des caquistes.

Ce vote est passé plutôt inaperçu. Chaque jour de session parlementaire, de nombreux votes sont pris sur différents sujets. Ceux-ci ne durent souvent que quelques instants. Et les médias avaient, ce 29 mai, d’autres chats à fouetter avec la dernière ligne droite de la session et les projets de loi sur l’immigration et la laïcité de l’État. Il n’empêche que ce vote constitue désormais un jalon.

C’est vrai : les résolutions parlementaires n’ont aucun caractère contraignant. Mais le gouvernement de François Legault donnera certainement suite à celle portée par Joël Arseneau. D’abord, parce que c’est ce qu’il faut faire — même les élus libéraux en conviennent. Ensuite, parce que le gouvernement de M. Legault sent qu’il a des gages à donner en ce qui a trait à la défense et à la promotion de la langue française.

La mise en vigueur de cette disposition de la loi 104 pourrait lui permettre de dire qu’il agit. Chose certaine, son application enverrait un message : la langue française est bel et bien la langue officielle du Québec.

Ce qu’il faudra toutefois surveiller le moment venu concernera les conditions et les circonstances lors desquelles une autre langue que le français pourra éventuellement être utilisée dans les communications écrites visées par l’article de loi.

Chronique

Prédire la mort du PLQ… et du PQ

CHRONIQUE / Il est aussi aberrant de prédire la mort du Parti libéral du Québec (PLQ) que ça l’est et que ça l’a été d’annoncer le décès à venir du Parti québécois (PQ) ou du Bloc québécois.

Les partis ne sont pas éternels. Mais ce sera toujours aux électeurs de décider; pas aux devins de salon de prédire l’avenir sur la foi d’un sondage, voire d’une série d’enquêtes d’opinion — voire, même encore, d’une ou de plusieurs dégelées électorales. Ni à ces devins donneurs de leçons d’en appeler à une mutation génétique des perdants.

En 2007, lorsque le Parti québécois a cédé son titre d’opposition officielle à l’Action démocratique du Québec, combien de fois n’a-t-on pas entendu qu’il devait jeter l’option souverainiste par-dessus bord?

Combien de fois l’avait-on entendu avant? Et par la suite? 

Toutes ces voix réclamaient au fond qu’il n’agisse plus selon ses convictions, qu’il se colle à une «opinion publique» par ailleurs sautillante. 

Depuis les dernières élections, on entend la même chose à propos du Parti libéral du Québec. 

Il doit «écouter» les Québécois…

Le problème — et c’est tant mieux! —, est que les Québécois ne sont pas unanimes, y compris au sein de la majorité francophone.

D’ailleurs, si c’était le cas — et si le verbe écouter devait devenir la nouvelle religion en politique québécoise —, personne ne devrait se lancer ni dans la course à la direction du PLQ ni dans celle du Parti québécois.

Et ces deux partis devraient se saborder, tant l’appui actuel au gouvernement Legault est fort et semble promis à de belles années.

Saluons l’audace de ceux et celles qui se lancent et se lanceront dans ces deux courses. Ils et elles contribueront à préserver des choix démocratiques.

Dominique Anglade

La libérale Dominique Anglade a cassé la glace la semaine dernière. Elle l’a fait — il faut le noter — en mettant en sourdine sa position sur le port de symboles de foi; en balayant par devant, même.

On ne devrait pas entendre la candidate à la direction du PLQ redire de sitôt qu’on devrait interdire aux personnes occupant des fonctions de coercition — les juges, les policiers, les procureurs et les gardiens des centres de détention — de porter un symbole de foi.

C’est ce qu’on doit comprendre de sa volonté de s’en remettre, là-dessus comme sur le reste, aux sympathisants libéraux qu’elle rencontrera lors de la tournée qu’elle entreprendra afin de préparer son programme de candidate.

Tout candidat à la direction d’un parti estime toujours de nos jours devoir se mettre en «mode écoute». Tout candidat s’en fait un point d’honneur — tout en réitérant bien sûr que toutes les idées et les suggestions qui seront retenues devront être compatibles avec les valeurs de la formation politique qu’il entend représenter au plus haut échelon.

Or, dans ce dossier, bien des voix libérales de la base demeurent opposées à toute proscription. Et Mme Anglade sait compter... Elle préfère donc jouer de prudence.

Car, au cours des prochaines semaines et des prochains mois, ce ne sont pas les Québécois en général que Mme Anglade devra d’abord chercher à séduire, mais les militants et les sympathisants libéraux.

Autre élément pouvant expliquer sa retenue : des sept députés du groupe parlementaire libéral qui lui ont d’ores et déjà offert leur soutien, au moins trois sont farouchement contre tout interdit en la matière. Je pense ici à Carlos Leitão, à Kathleen Weil et à David Birnbaum.

Pour faire bouger le Parti libéral du Québec vers «Bouchard-Taylor», si c’est vraiment ce qu’elle pense être le mieux, l’ex-vice-première ministre devra avancer avec précaution.

La politique, c’est l’art du compromis, ce qui suppose de céder des choses au nom d’«intérêts supérieurs». C’est ce qui pourrait faire qu’elle recule sur sa propre position en matière de signes religieux.

Mais la politique, c’est aussi l’art de concilier; l’art de convaincre les autres de la justesse de ses points de vue. C’est ce qui pourrait faire qu’elle finisse par avancer.

Pour cela, cependant, il faudrait que la mise en sourdine soit temporaire. Que la fameuse «écoute» soit une occasion pour elle de tenter de convaincre des libéraux. Cela peut être aussi ça, «écouter».

Au-delà de la course à la direction, la vraie question demeurera de savoir à quoi s’engagera le Parti libéral du Québec sur ce sujet aux prochaines élections générales.

On comprend qu’en matière d’identité, Dominique Anglade préfère mettre l’accent sur la défense et la promotion de la langue française — un domaine pour lequel son parti a tout de même des gages à donner —, ainsi que sur la culture et le rayonnement du Québec sur la scène internationale.

C’est sans doute aussi le choix qu’effectueront ses concurrents dans la course à la succession de Philippe Couillard.

Chronique

Bien des acrobaties, mais un gain collectif

CHRONIQUE / Des acrobaties comptables pour éviter que qui que ce soit ne perde la face… Des enveloppes qui changent de main... On est bel et bien en politique ici; il n’y a pas à en douter. Mais, cette fois, malgré tout, la victoire est collective.

L’entente entre le gouvernement du Québec et la Ville de Montréal par laquelle, et par ricochet, le financement du «réseau structurant» de la capitale sera bouclé était attendue. Mais — ô surprise! — cette même entente permettra la réalisation d’un nouveau projet, vraisemblablement de tramway, dans la métropole.

La mairesse Valérie Plante a gagné l’appui du gouvernement Legault à la construction d’une portion de sa fameuse «ligne rose».

L’opération est trois fois gagnante. Gagnante pour Québec, gagnante pour Montréal, gagnante pour le gouvernement du Québec. Gagnante de façon concrète pour les deux villes et leurs citoyens; et sur un plan politique général, pour le gouvernement Legault.

Au passage, cette alliance tripartite marque un rapprochement entre le gouvernement Legault et Valérie Plante. Après le bras de fer sur le contour du projet de laïcité, ce n’est pas rien.

Même si Ottawa est resté en retrait du dernier droit de cette opération, on pourrait l’ajouter à cette triple alliance, qui est en réalité quadripartite, donc. L’opération est gagnante aussi pour le gouvernement Trudeau en cette veille électorale. Il peut remercier le président du Conseil du trésor du Québec, Christian Dubé, qui, en fin de compte, lui a permis de s’en tenir à la répartition de financement qu’il avait établie pour le tramway de Québec.

Feu le Fonds vert

Le gouvernement de François Legault boucle sa saison politique sur une note verte. S’il a fait plaisir aux partisans du transport collectif mercredi, il a cherché, la veille, à plaire aux partisans du «ménage» et de l’«efficience» en annonçant une refonte du controversé Fonds vert.

Dit comme ça, qui pourrait être contre?

C’est au nom de l’imputabilité politique et de la responsabilité ministérielle que les ministres Benoit Charette et Jonatan Julien ont annoncé l’intégration du Fonds vert et de Transition énergétique Québec à leur ministère respectif, celui de l’Environnement et celui des Ressources naturelles.

Le fardeau de la preuve repose néanmoins sur leurs épaules.

La commission parlementaire qui se déroulera sur ce sujet devra être éclairante.

Il y a quelques semaines, le commissaire au développement durable, Paul Lanoie, estimait encore que pour lutter efficacement contre les gaz à effet de serre, il fallait conférer au jeune Conseil de gestion du Fonds vert toute l’autonomie nécessaire et l’indépendance requise. 

En faisant fi de cet avis, le gouvernement pourra certes veiller lui-même à ce que les projets soutenus contribuent bel et bien à la réduction des GES. Le bénéfice pour lui est qu’il n’aura pas à vivre avec des projets qu’une super agence véritablement décisionnelle et réellement vouée à la réduction des GES aurait pu un jour imposer sans que lui-même ne les souhaite pour des raisons politiques.

C’est le gouvernement qui, par exemple, pourra décider si une partie du Fonds vert, qui deviendra le Fonds d’électrification et de changements climatiques, servira au troisième lien entre Québec et Lévis.

Tout indique que ce sera le cas, ne serait-ce que pour le moyen de transport collectif qu’il envisage de faire circuler sur ce futur axe.

Chronique

Un magot, des baisses d’impôt?

CHRONIQUE / Accorder des baisses d’impôt ou de taxes aux Québécois avant les prochaines élections? Au rythme où croissent les surplus budgétaires de l’État québécois, des caquistes feront sans doute pression à l’interne pour que ce soit le cas. Ils feront probablement valoir à certains ténors du gouvernement que des réductions de taxes ou d’impôt constitueraient la cerise politique de la fin du mandat. Analyse.

Vendredi, le ministre des Finances du Québec, Éric Girard, a annoncé l’existence d’un surplus budgétaire record.

Tout est incroyable dans cette histoire.

Il y a trois mois, trois mois à peine, il était prévu que le surplus de l’année financière 2018-2019 s’élèverait à 2,5 milliards $. Or, il a finalement atteint plus de 4,4 milliards $.

Sur trois petits mois, il s’agit d’un écart de prévision plutôt significatif — c’est le moins que l’on puisse dire.

Pour prendre la mesure de cet excédent budgétaire de 4,4 milliards $, il faut savoir qu’il est en outre obtenu après le versement d’une somme record de 3,4 milliards $ au Fonds des générations. En tenant compte de cette somme, le véritable solde entre les revenus et les dépenses est de près de 8 milliards $ — sur un budget global annuel de quelque 100 milliards $.

Il existe une autre façon d’apprécier le tout : lorsque le libéral Carlos Leitão, le prédécesseur d’Éric Girard, a présenté le budget 2018-2019 (le 27 mars 2018), il était prévu que le Québec bouclerait l’année financière à l’«équilibre» au 31 mars dernier — soit sans déficit ni surplus. Mais que pour parvenir à ce «déficit zéro», il faudrait tout de même puiser 1,5 milliard $ dans la réserve dite de «stabilisation».

En bout de course, le gouvernement n’a pas eu à piger dans cette réserve et le surplus officiel s’élève à 4,4 milliards $. Autrement dit, on arrive à un extravagant écart de prévision de près de 6 milliards $ entre le début et la fin de l’année financière 2018-2019. Toute une sous-estimation!

On ne reprochera pas au ministère des Finances d’être mû par un certain conservatisme pour établir ses prévisions. Il vaut mieux se tromper dans ce sens-là — avec des surplus supérieurs à ceux anticipés — que dans l’autre. Mais à ce point-là!

Vous imaginez?

C’est la quatrième année d’affilée que Québec prévoit boucler l’année avec un simple équilibre financier, mais que des surplus sont dégagés. Et que ceux-ci sont chaque fois plus colossaux.

Des 6 milliards $ d’écart entre le début et la fin d’année, 3 milliards $ sont ponctuels, non récurrents, a insisté vendredi le ministre Éric Girard, qui veut et doit contenir les appétits et les convoitises. Ceux des syndicats des secteurs public et parapublic, notamment, avec lesquels s’amorceront des négociations l’automne prochain.

Pour les autres 3 milliards $, il s’agit bel et bien de surplus récurrents, qui reviendront encore cette année, mais qui cette fois seront inclus dans les revenus anticipés. Ces 3 milliards $ qui n’étaient pas sur le radar il y a un an servent et serviront à financer des initiatives engagées par le gouvernement.

Évidemment, le ministre Éric Girard prévoit clore l’année en cours, l’année 2019-2020, à... l’équilibre. Or, si les quatre dernières années nous apprennent quelque chose, c’est que, à moins d’un retournement spectaculaire de la conjoncture, d’importants surplus seront encore au rendez-vous.

Imaginez les débats si le gouvernement annonçait dès maintenant que l’année se terminerait avec un surplus de 3, 4 ou 5 milliards $. Imaginez les pressions et les demandes auxquelles il ferait face.

Merci!

Croissance des revenus, hausse des surplus… Tant mieux pour le gouvernement Legault, qui a lancé et lancera plusieurs engagements pas mal plus coûteux que ce qu’il avait prévu.

Il peut remercier l’élan économique, M. Tremblay, Mme Dion, vous, moi, les Québécois en général, les transferts fédéraux, et aussi, en passant, le ministre Carlos Leitão. Bien que ce soit au prix d’une rigueur-austérité, ce dernier a laissé une maison encore plus propre que la Coalition avenir Québec (CAQ) le pensait en matière de finances publiques.

Une croissance des revenus supérieure à ce qu’il prévoyait permettra au gouvernement Legault de financer plus d’initiatives pour lutter contre les changements climatiques; plus que ce qu’il avait envisagé au départ, en tout cas.

Et l’on sait, par ailleurs, que les services publics — de la petite enfance jusqu’à ceux offerts aux personnes aînées — ont besoin d’être retapés. Et qu’ils ne le seront pas demain matin.

Oui, bien sûr, cet argent est le bienvenu. Évidemment.

Avant ou après?

Mais au rythme où tombent les milliards de dollars, il s’en trouvera au sein de la CAQ pour réclamer des baisses directes d’impôt ou de taxes. On entend déjà des chuchotements du genre. Parlez-en à des sympathisants ou à des Québécois en général.

La demande, a priori, se défendrait d’autant mieux que les baisses de taxes scolaires à venir ne bénéficieront pas aux locataires et qu’elles favoriseront davantage les propriétaires de belles grandes demeures que les autres.

Malgré le séduisant argument électoral que pourrait représenter une vraie baisse d’impôt ou de taxes en fin de mandat, je doute que les grands ténors du gouvernement y succombent. Pour cela, il faudrait que la pression soit très forte d’ici la fin du mandat.

Car, pour le ministre Éric Girard et compagnie, de vraies réductions d’impôt ne devraient être consenties que dans un deuxième mandat caquiste — si la conjoncture ne change pas. Plutôt que de se matérialiser avant le prochain scrutin, ces baisses apparaîtraient donc dans les engagements de la prochaine campagne électorale.

À moins que des pressions grimpent fortement d’ici là, on les ferait ainsi miroiter pour un gouvernement Legault 2.