Chronique

Une leçon pour le gouvernement?

CHRONIQUE / Le Québec demeurera longtemps une terre attractive et le nouveau système d’immigration basé sur une «déclaration d’intérêt» le démontrera chaque année sans peine. Son succès sera indéniable.

N’empêche que les difficultés qu’éprouve le gouvernement Legault avec sa décision de rayer d’un trait de plume quelque 18 000 dossiers d’immigration devraient le convaincre d’arrondir les angles dans le projet de loi à venir sur les signes religieux.

La question est à ce point délicate pour lui qu’il n’a toujours pas décidé si oui ou non il inclura une clause de droit acquis pour les enseignants qui seront touchés par l’interdiction de porter un symbole de foi. Le Parti québécois l’incite à opter pour cette solution.

Même si François Legault et son ministre Simon Jolin-Barrette sont tentés par ce chemin, il existe encore pas mal de réticences dans l’équipe gouvernementale. Mais compte tenu des contrecoups qu’encaisse le gouvernement depuis sa décision de jeter brutalement ces dossiers d’immigration, ces réticences devraient en toute logique tomber — ne serait-ce que pour des raisons stratégiques.

Être confronté à des témoignages de détresse et de colère n’est jamais facile. Il se passera la même chose sans clause de droit acquis pour les enseignants.

C’est vrai : les caquistes se feraient dire qu’ils ne respectent pas tout à fait leur engagement, qui comprend les enseignants du primaire et du secondaire des écoles publiques. Mais ils seraient plus près des recommandations du rapport Bouchard-Taylor, qui lui ne les incluait pas.

Une telle disposition permettrait aux enseignantes et aux enseignants concernés de continuer d’enseigner jusqu’à leur retraite ou alors pendant un certain nombre d’années — si le gouvernement optait pour une formule de protection s’étirant sur une longue période de temps.

Le Québec doit agir sur les symboles de foi qui pourraient être portés par certains représentants de l’État comme les policiers et les juges, mais il doit avancer avec un doigté à la fois humain et politique. Dans le monde de l’enseignement, la règle ne devrait donc concerner que les nouveaux enseignants.

Pour aller vite

Si le gouvernement Legault a annulé quelque 18 000 demandes d’immigration, c’est pour répondre le plus vite possible au problème de rareté de la main-d’œuvre. C’est parce qu’il a annoncé que moins d’immigrants s’établiront au Québec en 2019 qu’il veut que ceux qui seront autorisés à s’installer puissent répondre en plus grande proportion aux besoins du marché du travail. D’où sa volonté de s’appuyer le plus vite possible sur le système de déclaration d’intérêt lancé par le gouvernement Couillard — et ainsi mettre en vigueur ce fameux «arrimage» entre les candidats et des emplois.

Il demeure toutefois incompréhensible que cette décision ait été prise alors que M. Legault avait assuré que ces dossiers seraient traités selon les règles en vigueur au moment où ils ont été envoyés. Il est également difficile de comprendre qu’ils ne soient déjà plus traités alors que le projet de loi du ministre Simon Jolin-Barrette ne sera pas adopté avant plusieurs semaines.

Le ministère de l’Immigration devrait au minimum faire en sorte que les personnes déjà au Québec n’aient pas à soumettre un nouveau dossier ou traiter en toute priorité les nouvelles demandes acheminées par les candidats déjà établis parmi nous.

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Gaétan Barrette en fait trop

CHRONIQUE / Ni le Parti libéral du Québec (PLQ) ni le Parti québécois (PQ) ne rasent les murs à l’Assemblée nationale. Leur raclée électorale respective ne les a pas inhibés et c’est tant mieux. Ils ont des choses à dire. Mais certains députés de l’opposition comme Gaétan Barrette devraient prendre garde à ne pas trop en faire.

Si on a pu estimer récemment que le premier ministre québécois n’avait pas favorisé des débats sereins en déclarant qu’il n’existe pas d’islamophobie au Québec — propos qu’il a par la suite nuancés —, le libéral Gaétan Barrette nous éloigne de cet objectif lorsqu’il qualifie par la bande François Legault et le ministre Simon Jolin-Barrette d’«inhumains» et de personnes «froides» et «insensibles». On est toujours mieux servi par des arguments.

Le PLQ, le PQ et Québec solidaire ont de quoi se mettre sous la dent : position rigide sur le cannabis, louvoiements sur le salaire des médecins spécialistes ou encore et entre autres les 18 000 dossiers d’immigration rayés d’un trait de plume alors que François Legault avait assuré quelques jours plus tôt que ce ne serait pas le cas. La moindre des choses ici serait que les personnes déjà au Québec n’aient pas à soumettre un nouveau dossier.

On pourrait aussi réitérer, puisqu’il en a encore été question ce mercredi, le non-sens de vouloir maintenir un crucifix au-dessus de la tête du président de l’Assemblée nationale alors qu’on s’apprête à interdire le port de symboles de foi chez des représentants de l’État.

De la matière à débats, il y en a! Et, franchement, de façon générale, les échanges ont été de bonne tenue des deux côtés du Salon bleu depuis la récente rentrée parlementaire. C’est à préserver.

Alors qu’ils formaient l’opposition officielle, des péquistes avaient estimé qu’ils n’étaient plus «écoutés» ou «entendus», entre autres parce que trop d’entre eux grimpaient sans cesse dans les rideaux. Les partis d’opposition et les libéraux n’en sont pas là, mais certains devraient se rappeler que ce risque existe. Et que la surenchère conduit à la surenchère.

Plus facile

Alors que le Directeur des poursuites criminelles et pénales pourrait aussi déposer des accusations de corruption contre SNC-Lavalin, François Legault a affirmé qu’il se garderait bien de tenter d’influencer toute décision de cette instance québécoise.

M. Legault n’est ni sourd ni aveugle. Il voit bien l’ampleur de la tempête soulevée à Ottawa par une possible ingérence du cabinet de Justin Trudeau.

Il est facile pour lui de dire qu’il se tiendra loin de cet éventuel dossier. D’abord, parce qu’il a déjà fait connaître publiquement sa position. Ensuite, parce qu’aucun des acteurs qui seraient impliqués dans ce dossier n’ignore les difficultés qui pèseraient sur SNC-Lavalin si un procès était privilégié à une entente. Tous y sont déjà sensibilisés. M. Legault n’aurait donc pas à faire valoir quoi que ce soit à qui que ce soit.

Ce n’était pas du tout la même chose sur le plan canadien. Et c’est pourquoi le premier ministre du Québec avait jugé nécessaire de faire valoir à Justin Trudeau qu’il espérait que le procureur général du Canada opte pour un accord de réparation pour SNC-Lavalin. On ne parle pas ici de ses ex-dirigeants, mais de l’entreprise.

Sur SNC-Lavalin, MM. Legault et Trudeau partagent le même objectif. Mais le premier a et aura la partie plus facile que le second.

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Bombe à fragmentation politique

CHRONIQUE / La démission de la ministre fédérale Jody Wilson-Raybould n’est que le plus récent épisode d’une bombe à fragmentation politique pour Justin Trudeau. Tant que la lumière ne sera pas faite sur cette affaire, cette bombe nommée SNC-Lavalin continuera de provoquer des dégâts pour son gouvernement — et peut-être même après.

Avant que cette histoire n’éclate, François Legault avait fait part à Justin Trudeau de son désir que la firme québécoise puisse éviter un long procès qui la priverait de contrats publics fédéraux pendant 10 ans — si tant est qu’elle devait être reconnue coupable; un procès qui nuirait à ses affaires en général et menacerait de nombreux emplois.

Le premier ministre du Québec souhaite depuis un moment déjà que le bureau du procureur général du Canada opte pour un «accord de réparation» plutôt que pour un procès criminel. Qui pourrait donner tort à M. Legault, compte tenu des enjeux économiques?

Le risque, c’est le bureau du premier ministre canadien qui l’a entièrement pris par la suite. Avec le prix que l’on sait. Mais il faut être clair là-dessus : s’il était resté les bras croisés, Justin Trudeau se serait fait reprocher, à raison, et particulièrement au Québec, de ne pas au moins avoir exploré ce qui était légalement possible de faire pour assurer la survie d’une entreprise aussi importante et stratégique que SNC-Lavalin.

Mais comment même discuter d’une voie légale parallèle avec son gardien du système de justice sans lui suggérer plus ou moins subtilement d’opter pour celle-ci? C’est là que tout se complique. La frontière est mince, sinon poreuse.

Sur le fond, M. Trudeau et son entourage ont eu raison de ne pas demeurer les bras croisés. Sur la forme, il faudra attendre d’en savoir plus pour trancher.

Voilà pourquoi le secret professionnel auquel est tenue l’ex-ministre de la Justice et procureure générale du Canada, Jody Wilson-Raybould, devrait être levé. Il n’existe pas d’autre façon de pouvoir juger si Justin Trudeau ou son entourage ont franchi une ligne rouge, si des pressions indues ont été exercées sur elle lorsqu’elle était à la Justice.

Un rappel : avant de démissionner mardi du conseil des ministres canadien, Jody Wilson-Raybould avait d’abord été rétrogradée par M. Trudeau de son poste de ministre de la Justice à celui de responsable des Anciens Combattants. Cette affaire de SNC-Lavalin a éclaté par la suite. Les remaniements sont souvent à haut risque.

Pour l’heure, il faut bien voir que, politiquement, cette affaire fera plus de tort à Justin Trudeau dans le reste du Canada qu’au Québec. Elle ajoutera à ses difficultés à l’ouest de l’Outaouais. SNC-Lavalin est d’abord vue comme une entreprise du Québec.

Cannabis: pas de recul!

Du côté de l’Assemblée nationale, à Québec, plusieurs groupes brillent par leur absence aux consultations sur le projet de loi resserrant les règles sur la consommation de cannabis. Il est vrai que certains ont été invités à la toute dernière minute et n’ont pas eu le temps de se retourner. Mais il y a autre chose.

Les observateurs savent que le gouvernement Legault ne modifiera pas les dispositions fondamentales de son projet de loi. Les jeux sont bel et bien faits. Que cela plaise ou non, le gouvernement ne reculera pas sur ce qui a constitué un engagement phare de la Coalition avenir Québec depuis l’automne 2017.

Ces désistements font néanmoins naître une perte de parole publique. C’est dommage.

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Gouvernance souverainiste (bis)

CHRONIQUE / Le gouvernement Legault fait-il de la «gouvernance souverainiste» sans le savoir, un peu comme monsieur Jourdain fait de la prose dans une célèbre pièce de Molière?

S’il devait créer une expression bien à lui, François Legault parlerait de «gouvernance autonomiste». Mais peu importe les mots, quelle option pour lui, dans deux ou trois ans, après une accumulation de refus d’Ottawa?

C’est le gouvernement Marois qui avait forgé l’appellation «gouvernance souverainiste». Elle a eu très peu d’impact. Sans réel rapport de force, l’équipe de Pauline Marois était sans mégaphone politique. Ses requêtes étaient accueillies dans une relative indifférence. Pas seulement à Ottawa, mais dans l’opinion publique québécoise.

L’objectif poursuivi par M. Legault est différent de celui de Mme Marois. Voilà pourquoi il ne s’appropriera jamais l’expression qu’elle utilisait. Son gouvernement est, de surcroît, une coalition composée à la fois de souverainistes et de fédéralistes.

Mais il ne craint pas de revendiquer haut et fort des pouvoirs à Ottawa. Pas de sourdine dans ses messages. Pas de gêne dans l’affirmation.

Avec le projet de loi qu’il a présenté sur l’immigration, le ministre Simon Jolin-Barrette a été jusqu’à codifier sa demande dans un document officiel en sachant qu’elle ferait grincer des dents Ottawa.

Sur la déclaration de revenus unique, le gouvernement Trudeau a réitéré son refus trois fois plutôt qu’une. Sur les nouveaux pouvoirs réclamés par Québec en immigration, c’est l’idée d’imposer des conditions au statut de résidence permanente qui hérisse le gouvernement canadien. Le ministre Dominic LeBlanc a mis des gants blancs lundi, mais il n’est pas revenu sur le «non» qu’il avait déjà notifié.

Pour le gouvernement Legault, cette demande est beaucoup plus fondamentale que celle ayant trait à la déclaration de revenus unique. Elle devrait l’être en tout cas, puisque la Coalition avenir Québec (CAQ) martèle depuis des années vouloir faire de l’intégration une réalité pour tous et ajoute que c’est par un tel dispositif qu’elle y parviendra.

Puisqu’on fait référence à ce dossier, l’annulation de 18 000 dossiers à l’immigration continue d’étonner. Le premier ministre lui-même avait déclaré quelques jours plus tôt qu’ils seraient traités en vertu des anciennes règles.

Tirer des conclusions?

En toute logique avec lui-même, l’ancien souverainiste François Legault ne devrait-il pas tirer des conclusions politiques de ces fins de non-recevoir du gouvernement fédéral? Cette question, des péquistes et, par-delà, des indépendantistes peuvent se la poser.

Même si M. Legault en tirait en son for intérieur, il ne se permettrait pas de les exprimer. Tout au plus irait-il jusqu’à dire qu’il appartient aux Québécois de tirer leurs propres conclusions. Mais il ne mettrait pas à mal sa coalition. C’est normal.

Il y en a cependant plusieurs qui espèrent que ces refus leur profiteront; à eux et à leur option. «On propose au gouvernement de la CAQ un projet emballant qui mettra fin à ces refus : l’indépendance», s’est amusée la péquiste et possible candidate à la direction de son parti, Véronique Hivon.

Le Parti québécois ne croit pas que la donne serait différente sous un gouvernement canadien dirigé par Andrew Scheer. Pour l’heure, il pourrait au moins accorder quelques points au chef conservateur pour ses efforts de séduction.

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La parole gouvernementale doit être d'or

Si les membres d’un gouvernement votent tous de la même façon à l’Assemblée nationale, comment la parole des ministres pourrait-elle, elle, aller dans tous les sens? Si tel devait être le cas, aucune équipe gouvernementale ne tiendrait bien longtemps.

Même si elle est controversée, la déclaration de la nouvelle ministre de la Condition féminine, Isabelle Charest, voulant que le hijab soit un symbole d’oppression des femmes a été applaudie par plusieurs, tant sur le fond que sur la forme.

Passons sur le fond, car ce qu’on a entendu par la suite, c’est ce qu’on entend depuis une dizaine d’années. Pour plusieurs, le hijab est un symbole d’oppression, point à la ligne; pour d’autres, c’est un grave raccourci de prétendre une telle chose, comme si aucune femme ne choisissait elle-même et en toute conscience de le porter. C’est un raccourci, en effet.

Sur la forme, plusieurs ont applaudi une ministre qui a dit «ce qu’elle pense» — bien qu’elle ait par la suite nuancé son propos.

Le problème, ici, c’est que lorsqu’un ministre parle, c’est le gouvernement qui parle à travers sa personne. Et le propos sans nuances d’Isabelle Charest n’est pas celui que le gouvernement Legault voulait ou veut faire entendre.

Car il n’est plus question depuis longtemps à la Coalition avenir Québec de porter un jugement sur le voile musulman. Le gouvernement cherche à paver le mieux possible la voie au projet de loi à venir du ministre Simon Jolin-Barrette concernant les figures d’autorité. Pas à ajouter aux controverses.

Pour la direction d’un gouvernement, et puisque — sauf rarissimes exceptions — la «ligne de parti» prévaut lors des votes qu’expriment les parlementaires, elle doit aussi exister pour les déclarations et les affirmations ministérielles. Qui plus est lorsque celles-ci sont en lien avec des projets de loi.

Même si ça ne nous plaît pas beaucoup, il ne peut pas y avoir différentes paroles gouvernementales sur un même sujet. L’équipage ne tiendrait pas longtemps la route.

Mme Charest a été surprise par le retentissement médiatique de ses propos. Elle et d’autres viennent d’apprendre que la parole ministérielle est d’or, qu’elle doit être pesée.

Mais relevons qu’elle est en bonne compagnie. Pas plus tard que la semaine dernière, le premier ministre François Legault s’est lui-même rappelé l’importance de peser ses mots après avoir affirmé sans aucune nuance qu’il n’existe pas d’islamophobie au Québec.

Restaurer la confiance

La parole gouvernementale doit être d’or... Le plus grand risque que peut vivre le gouvernement Legault est que les citoyens qui affirmaient depuis des lunes que les politiciens disent une chose dans l’opposition et une autre au pouvoir en viennent à le penser à son sujet.

L’actuel gouvernement s’est fait élire avec la promesse de restaurer la confiance des Québécois. Il a la responsabilité de ne pas creuser la défiance. C’est ce risque qui est le plus inquiétant avec des décisions comme celle portant sur la nomination de Catherine Loubier à la tête de la délégation du Québec à New York, une femme qui n’est pas moins compétente que d’autres pour cette fonction, mais qui est tout de même passée par le cabinet de François Legault et qui voulait ce poste. Combien de fois M. Legault s’était-il étranglé en dénonçant les nominations des «p’tits amis libéraux»?

Respecter sa parole

Si la parole est d’or, comment expliquer que le gouvernement ait annoncé jeudi qu’il déchirera les 18 000 demandes d’immigration non encore traitées? Le nouveau système de déclaration d’intérêt est certes plus porteur pour le Québec que celui qui existait, mais le premier ministre lui-même avait assuré la semaine dernière que ces dossiers en souffrance seraient traités avec les anciennes règles. Une parole d’or, c’est une parole respectée.

Pour le reste, et dans son ensemble, le projet présenté par Simon Jolin-Barrette est le bienvenu. Il est sérieux et ambitieux.

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Place à la relève au PLQ

CHRONIQUE / La décision de Sébastien Proulx de ne pas briguer la direction du Parti libéral du Québec (PLQ) constitue une chance à la fois pour ce dernier et pour lui-même.

Même s’il n’a que 43 ans, Sébastien Proulx ne fait déjà plus partie de la relève au PLQ. Ce n’est pas une question d’âge, on le comprend bien. Et ce n’est pas non plus parce qu’il est expérimenté qu’il ne pouvait pas être associé au renouveau.

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C’est qu’il a été une figure marquante du gouvernement précédent. Il n’a pas été seulement un ministre de l’Éducation au verbe haut. Il a été un joueur au coeur du dispositif gouvernemental sous Philippe Couillard.

Or, sans répudier tout leur héritage, bien des libéraux veulent tourner la page. Et le député de Jean-Talon ne pouvait incarner le renouveau, pas plus que l’ex-ministre Pierre Moreau, qui a aussi renoncé à se lancer dans la course à venir.

Ajoutons à cela que son poste de leader parlementaire à l’Assemblée nationale s’est rapidement avéré être davantage un carcan qu’un tremplin pour préparer une compétition du genre. Contrairement à lui, les André Fortin et Dominique Anglade ont déjà pu jeter les bases d’une organisation. Marwah Rizqy demeurerait pour sa part tentée de se lancer.

Tout cela, c’est sans compter le fait que pour pouvoir se projeter dans cette aventure, il faut accepter l’idée de devoir tenir la barre longtemps comme chef sans garantie de succès, puisqu’il est difficile aujourd’hui d’imaginer que les libéraux reprendront le pouvoir en 2022. Ce serait difficile à imaginer même pour ceux qui se colleraient le nez sur des dossiers comme l’«affaire Lamontagne», du nom du ministre impliqué dans le congédiement d’un agronome, ou la nomination totalement partisane de Catherine Loubier à la tête de la Délégation générale du Québec à New York. Ici, le gouvernement Legault joue clairement dans une séquence d’un film qu’il a reproché aux libéraux d’avoir tourné.

Devoir tenir la barre sans garantie de succès… C’était tout simplement impossible pour Sébastien Proulx, qui est en politique depuis suffisamment longtemps pour ne pas se bercer d’illusions. Il ne sait même pas combien de temps il voudra demeurer député. En entrevue à La Presse et par la suite en point de presse, il est demeuré mystérieux sur son avenir — outre d’annoncer sa décision de ne pas prendre part à la compétition à venir.

Pas que la popularité

J’ai écrit la semaine dernière que ce n’est pas parce qu’il est beaucoup moins populaire qu’il l’a été qu’il n’existe pas une bonne place sur l’échiquier politique pour le Parti québécois. La popularité ne fait pas foi de tout.

Il faut dire la même chose pour le PLQ, qui, en réaffirmant sa position sur les symboles de foi, a démontré qu’il place les libertés individuelles au-dessus de tout. Certes, le grand décrochage qui s’est produit entre lui et une bonne partie de la majorité francophone tient beaucoup aux questions dites identitaires. Mais il n’en demeure pas moins qu’il est sain qu’un parti soit sincère avec lui-même sur ce qui constitue son ADN.

Ce qui vaut pour le Parti québécois vaut pour le Parti libéral du Québec : ce n’est pas parce qu’on n’est pas en haut de l’affiche qu’on n’enrichit pas les débats et qu’on ne peut pas continuer à les enrichir.

Dans 18 mois ou dans deux ans, avec un chef moins directement associé à l’ère Couillard que d’autres, le PLQ aura les coudées plus franches pour aller plus loin, pour revisiter certaines questions ne relevant pas de son ADN.

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Boomerang et âge de pierre

CHRONIQUE / En toute logique, la libérale Marwah Rizqy aurait pu ces dernières heures vouloir s’excuser d’avoir qualifié il y a quelques jours de «profilage» le désir du gouvernement Legault de connaître le nombre d’enseignants portant un symbole religieux, alors qu’on vient d’apprendre que la même curiosité a existé sous les libéraux.

Mme Rizqy ne voulait-elle pas récemment que son parti s’excuse pour les années d’austérité du gouvernement Couillard?

Le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, a sorti un lapin de son chapeau, mardi, en révélant que le ministère qu’il dirige avait confectionné sous le gouvernement libéral un questionnaire pour savoir à peu près la même chose… C’est un peu comme un boomerang, finalement.

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Nous avons déjà estimé que cela ne devait rien changer de savoir combien d’enseignants ou de policiers ou de juges portent un signe religieux au travail, puisque c’est au nom de principes que certains sont contre et que d’autres acceptent très bien cette situation. Mais qu’il était compréhensible que l’actuel gouvernement veuille savoir combien d’enseignantes et d’enseignants seront touchés par les interdictions à venir, puisque cette question lui sera à un moment ou l’autre posée.

La preuve en est maintenant que même la machine administrative du ministère de l’Éducation avait préparé dès le mois de juin une enquête à ce sujet — sous le précédent gouvernement, donc.

Cela étant, c’est moins au gouvernement libéral que Jean-François Roberge a voulu s’en prendre en révélant l’existence de ce sondage — auquel quelque 1000 écoles ont répondu l’automne dernier — qu’aux commissions scolaires, qui se sont cabrées récemment lorsque ses fonctionnaires les ont interpellées à ce sujet.

Solide coup d’envoi

Les partis d’opposition avaient de lourdes munitions pour monter au front en ce jour de reprise des travaux parlementaires à l’Assemblée nationale. Ceux qui ont cru que le Parti libéral du Québec et le Parti québécois, qui ont tous deux subi une sévère raclée le 1er octobre, s’excuseraient presque de poser des questions se sont trompés. Ils n’ont pas du tout rasé les murs.

Le libéral Pierre Arcand et la solidaire Manon Massé avaient de sérieuses questions à poser sur le congédiement de l’agronome Louis Robert; Marwah Rizqy en avait sur les «maternelles quatre ans»; le péquiste Pascal Bérubé, sur le réel rapport de force de François Legault face à Ottawa; le libéral André Fortin, sur le tour de vis à venir en matière de consommation de cannabis; le péquiste Sylvain Gaudreault, sur la réelle volonté du gouvernement Legault de lutter contre les changements climatiques; la libérale Dominique Anglade, sur l’Internet pour tous.

En toute logique, et pour revenir un instant sur ce sujet, il serait normal que l’agronome congédié puisse retrouver son emploi au moins jusqu’à ce que la Protectrice du citoyen, à qui le ministre André Lamontagne a demandé de faire enquête, ait remis ses conclusions.

Âge de pierre?

En affirmant que, jusqu’à avis contraire, les députés devront porter «un veston et une cravate» et que les députées, quant à elles, devront revêtir «une tenue de circonstance», le président de l’Assemblée nationale, François Paradis, n’a rien clarifié du tout.

Qu’est-ce que cela signifie «tenue de circonstance» au juste? Dit ainsi, c’est un peu l’âge de pierre, non?

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Mesdames, messieurs les députés

CHRONIQUE / C’est mardi que débute la vraie joute parlementaire à l’Assemblée nationale, puisque les deux semaines lors desquelles vous avez siégé l’automne dernier n’étaient qu’un tour de chauffe.

Votre principal devoir au cours des prochaines semaines, des prochains mois et des prochaines années sera de prendre soin de notre système de représentation parlementaire, auquel tant de personnes ne croient plus. C’est ce système qui vous donne toute la légitimité de proposer, de débattre et de voter les lois du Québec au nom des Québécois.

En prendre soin? Oui, car il est plus mal en point qu’on ne le croit. Le problème est que bien des citoyens n’acceptent plus d’être représentés par d’autres, tout dûment élus soient-ils. L’élection du gouvernement de François Legault a apaisé une certaine grogne, mais elle ne l’a pas fait disparaître à tout jamais. Au fil du temps, la forte défiance qui existait réexistera à la faveur d’événements de toutes sortes.

Médiation

Un parlement est avant tout un lieu de médiation. C’est ce que les parlementaires eux-mêmes et bien des citoyens doivent comprendre et avoir à l’esprit. Les députés, à force de débats — de débats vigoureux —, de motions et d’amendements, forment un groupe de médiateurs de la société. C’est précieux.

Car il faut des lieux de médiation pour soupeser les choses avant que des décisions soient prises — et ça ne veut pas dire qu’elles seront bonnes en soi, évidemment. Mais on n’a encore rien trouvé de meilleur. Voilà pourquoi il faut prendre soin de ce système de représentation.

À nos parlementaires — à vous, donc, mesdames, messieurs les députés du gouvernement et de l’opposition — d’en être dignes en proposant plus qu’en polémiquant, en mettant le plus souvent possible l’accent sur les explications, sur le comment et le pourquoi des choses.

Expliquer, y compris, par exemple, ses volte-face. Il n’y a rien de mal à corriger le tir, mais les nombreuses volte-face du gouvernement Legault dont nous avons déjà parlé pourraient finir par lui faire du tort s’il ne prend pas la peine, chaque fois, d’en expliquer les raisons, de mettre cartes sur table.

Mieux associer les citoyens

Bien des citoyens veulent avoir voix au chapitre entre deux élections. Nos responsables politiques ne cessent donc de répéter qu’ils les écoutent… La belle affaire! Chaque camp rencontre ses propres sympathisants, zyeute le miroir déformant des «réseaux sociaux» et tend l’oreille à ce que disent les faiseurs d’opinions. Ce n’est aucunement «écouter les citoyens», ça!; citoyens qui ont de toute façon des vues opposées.

Ce qu’il manque sans doute de nos jours, c’est une structuration de la «parole citoyenne» entre deux élections. Mais comment associer le plus de citoyens possible aux débats? La question n’est pas saugrenue, puisqu’on sent depuis longtemps qu’il existe une demande de ce côté. Cette demande pourrait d’ailleurs grandir avec le temps, bien plus que celle pour un scrutin proportionnel.

Une structure citoyenne intermédiaire élargirait le système de médiation collectif. En passant, on ne voit pas comment la solution pourrait passer par des référendums d’initiative populaire — si l’objectif est réellement de sauver notre précieux système de représentation parlementaire. Et c’est ce qu’il faut, le sauver, car les élus qui en font partie sont les mieux placés pour tenir compte à la fois des lois fondamentales de la société et des nécessités sociales, économiques et environnementales globales.

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Islamophobie: une rétractation indirecte [ANALYSE]

CHRONIQUE / Qu’un gouvernement divise en raison de ses projets, de ses visions, de ses décisions, c’est dans l’ordre naturel des choses. L’unanimité n’existe jamais au sein d’une population. Mais un gouvernement ne doit jamais jouer la carte de la division entre citoyens pour marquer des points.

François Legault l’a-t-il fait avec sa déclaration sur l’inexistence de toute islamophobie au Québec? Aujourd’hui, trois ou quatre jours plus tard, on ne peut pas soutenir que c’est ce qu’il a fait.

Car après sa phrase malheureuse — et c’en était toute une! —, son entourage et lui ont joué la carte de l’apaisement, reconnaissant ainsi, au fond, une erreur.

Si M. Legault ne s’est pas directement excusé d’avoir déclaré que l’islamophobie n’existe pas au Québec, c’est pour éviter de se mettre à dos ceux qui estiment qu’il s’est tenu debout... Mais il s’est excusé à sa façon, c’est-à-dire sans que qui que ce soit puisse affirmer haut et fort qu’il a reculé.

Et c’est ce que lui et son entourage voulaient. Pour des raisons aussi bien politiques que tactiques, ils ne voulaient pas que certains puissent dire qu’il a cédé à ceux voulant soi-disant instruire le procès des Québécois. On a donc tenté de réparer les pots cassés de façon indirecte.

Retournons à jeudi dernier. M. Legault et son entourage ont vite vu que la phrase sans nuances qu’il a soudainement laissé tomber ce jour-là était inexacte et qu’elle était susceptible de susciter une véritable incompréhension chez de nombreux citoyens.

Cette erreur a très vite été reconnue comme telle en coulisses. Et pour cause! Tout de suite après sa déclaration, toujours ce jeudi-là, un attaché de presse du gouvernement, Ewan Sauves, est allé voir des journalistes pour préciser que M. Legault voulait dire qu’il n’existait pas de «courant» islamophobe au Québec.

Certains pourront juger que c’est encore inexact, qu’il existe bel et bien un courant islamophobe, mais le fait est que c’était déjà une première correction. Cette précision reconnaît que des individus tiennent des propos et commettent des gestes haineux contre les musulmans du seul fait qu’ils sont musulmans. Cette première correction a cependant été peu répercutée dans les médias.

Restons sur le fil des événements, car il est éclairant. Il dit bien qu’on a réalisé qu’une erreur avait été commise. Le lendemain, vendredi, dans la matinée, le cabinet du premier ministre a recadré, et cette fois dans tous les médias, la petite phrase de M. Legault. On a répété, cette fois par écrit, qu’il n’existe pas de «courant» islamophobe au Québec en ajoutant que «trop d’actes racistes surviennent encore aujourd’hui dans notre société et qu’il faut tout faire pour dénoncer et combattre la haine et l’intolérance».

En fin de journée vendredi, M. Legault a même téléphoné au président du Centre culturel islamique de Québec pour l’assurer de son soutien.

Le PM de tous les Québécois

Depuis que son parti forme le gouvernement, et jusqu’à cet incident, François Legault était parvenu à rassembler plus qu’à diviser — du moins, à ne pas polariser à outrance.

C’est le premier ministre de tous les Québécois qui s’était toujours exprimé. Ce qui ne veut pas dire que ses choix politiques ont plu ou doivent plaire à tous, mais simplement qu’il n’a pas joué la carte de la division pour marquer des points — et qu’il ne doit pas le faire.

Dans ce dernier dossier, il s’est finalement récupéré. Il ne s’est pas excusé directement, mais il a reconnu son erreur. M. Legault doit continuer d’être habité par son rôle de premier ministre de tous les Québécois.

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Haro sur les «y'a qu'à»!

CHRONIQUE / Dieu qu’on tourne en rond sur les symboles religieux! La semaine qui s’achève l’a illustré. Elle a offert un sacré démenti à tous ceux qui depuis des années clament qu’il n’«y a qu’à» : «y’a qu’à faire ça», «y’a qu’à faire cela», «y’a qu’à faire ceci». Et la question sera réglée… «Réglée»? Ben oui, c’est tellement simple…

Dans tous les partis, à un moment ou l’autre, des députés ou des ministres savaient toujours ce qu’il fallait faire. Tellement qu’ils parlaient de façon péremptoire. On ne les entend plus.

Le dernier cas le plus révélateur est celui de la Coalition avenir Québec. Sa position est officiellement arrêtée depuis des années. Or, le gouvernement Legault soupesait encore cette semaine la pertinence ou pas d’inclure dans le projet de loi du ministre Simon Jolin-Barrette une clause de droit acquis.

Une telle disposition permettrait par exemple aux enseignantes portant un hijab déjà en emploi de continuer d’enseigner jusqu’à leur retraite ou alors pendant un certain nombre d’années — si Québec optait pour une formule de protection s’étirant sur une longue période, mais une période circonscrite dans le temps, une idée déjà évoquée dans cette rubrique.

Il existe du pour et du contre, a exprimé le premier ministre François Legault en parlant de la clause de droit acquis. En effet.

Chez les libéraux, la question des symboles de foi suscite encore une fois des discussions. Depuis des années, en coulisse, il se trouve des libéraux pour souhaiter que leur parti épouse au moins les recommandations de la commission Bouchard-Taylor.

Chez Québec solidaire, on ne cache plus depuis des semaines que les militants sont divisés.

Au Parti québécois, certains estiment que leur parti va trop loin en incluant les éducatrices et éducateurs en garderie subventionnée et en CPE dans le champ des interdits — même si c’est avec une clause de droit acquis, comme pour les enseignants.

On ne s’entend parfaitement dans aucun parti. C’est normal. Il existe des impératifs juridiques, humains, ainsi que des aspects liés aux convictions personnelles des élus et à ce qu’ils perçoivent de l’état de l’opinion publique.

Voilà pourquoi on n’entend plus les «y’a qu’à» de jadis dans les partis. C’est tant mieux. Tous les parlementaires sont devenus plus humbles sur cette question. Ça fait du bien.

Le dernier de la chaîne

Bien des Québécois ne comprendraient pas que les gains d’efficience promis par le gouvernement Legault pour honorer ses engagements électoraux se traduisent par des baisses de services publics qui les toucheraient personnellement. Tous les engagements caquistes ne sont pas et ne seront pas autant salués que peut l’être, et à bon droit, le dépistage précoce des troubles de développement.

L’austérité générale du gouvernement Couillard a été justifiée en raison d’importants déficits publics annuels qui ont aujourd’hui disparu. Des gains d’efficience peuvent bien sûr être obtenus par des révisions de façons de faire. Mais c’est toujours ce qu’on dit… Or, si on se contente d’ordonner à des ministres d’économiser tel ou tel pourcentage, l’aveugle et habituelle chaîne de commandement finira par provoquer des dégâts dans les services.

Chaque palier hiérarchique regardera celui en dessous de lui pour répercuter la commande. Au bout de la chaîne, ce seront de simples employés qui écoperont dans la fonction publique ou ailleurs. Ce n’est pas ainsi que les choses devraient se passer.

Pour une fois, on attend un peu de finesse et d’intelligence dans cet exercice.