Un peu de chimie dans... le spa

SCIENCE AU QUOTIDIEN / «Comme plusieurs autres, j’ai acheté l’année dernière un spa au brome avec le système In-Clear. Or j’apprends cette année que le gouvernement interdit maintenant le brome car il serait potentiellement cancérigène. Pourriez-vous m’expliquer en quoi c’est cancérigène et est-ce que je dois me départir de mon spa ? Autrement, est-ce que je peux m’en servir d’une façon sécuritaire et comment ?», demande Pierre Douville, de Cap-Rouge.

Le brome fait partie de la «famille» d’éléments chimiques des halogènes, avec le chlore, le fluor, l’iode et l’astate. Il ne réagit pas aussi agressivement que le fluor et le chlore, mais il figure quand même parmi les éléments les plus réactifs du tableau périodique. Tellement, en fait, que le brome ne se trouve jamais sous une forme «pure» (Br2) dans la nature : on le voit uniquement dans des composés, avec d’autres atomes. On peut toutefois en produire du brome «pur» de plusieurs manières, dont l’électrolyse, qui consiste à exposer une molécule contenant du brome à un léger courant électrique. La molécule s’en trouve «brisée» et le brome, libéré.

C’est ce qui est fait dans les systèmes d’assainissement des eaux de piscine et de spa comme celui de M. Douville, qui fait l’électrolyse du bromure de sodium (NaBr). Comme le brome est un «javellisant» au même titre que le chlore, il est lui aussi efficace pour tuer les germes. Et de la même manière, il peut également être un irritant pour les yeux et pour la peau.

Comme l’indique M. Douville, Santé Canada a effectivement rendu une décision au sujet du bromure de sodium l’automne dernier [http://bit.ly/312xTUX]. Le ministère est tenu par la loi de réévaluer à tous les 15 ans ses autorisations pour tous les «produits antiparasitaires», et cette échéance était arrivée pour le NaBr. La littérature scientifique pertinente des 15 dernières années est alors passée en revue pour voir si de nouvelles études n’auraient pas identifié des dangers que l’on ignorait quand le feu vert a été donné. «C’est ce qu’on a fait pour le NaBr, et c’est ce qui nous a fait conclure qu’il pouvait y avoir des problèmes», dit  Frédéric Bissonnette, de Santé Canada.

Il n’est pas tout à fait juste de dire que «le gouvernement interdit maintenant le brome», car la plupart de ses applications passées ont été maintenues. Ce ne sont que certains usages du NaBr qui ont été bannis — mais, oui, l’électrolyse dans les spas et piscines en fait partie.

La raison, explique M. Bissonnette, est que quand on fait l’électrolyse du bromure de sodium, les réactions voulues ne se produisent pas toujours parfaitement comme prévu et il y en a toujours une partie qui ne se transforme pas en brome, mais en «ions bromates» (BrO3-). Or les bromates sont considérés comme des «cancérigènes possibles» par le Comité international de recherche sur le cancer, un organisme relié à l’Organisation mondiale de la santé [http://bit.ly/2LLCebe].

«Je ne suis pas sûr qu’il y avait des études précisément sur les appareils dans les piscines ou les spas, les données venaient surtout d’études sur l’eau potable. (...) Certaines sources d’eau potable contiennent du bromure de manière naturelle, il y a des normes pour ça. Et dans certains cas, il y a de l’ozonation [ndlr : pour désinfecter] ou de l’exposition à des ultraviolets, et ça peut créer des bromates. (...) On a fait des extrapolations à partir de ça pour connaître les concentrations dans les spas, et ces concentrations-là étaient problématiques», explique M. Bissonnette.

C’est pour cette raison qu’en plus de retirer du marché les électrolyseurs qui produisent du brome, Santé Canada oblige maintenant les fabricants à «indiquer sur l’étiquette de tous les autres produits contenant du bromure de sodium pour piscines et spas qu’ils ne doivent pas être utilisés en association avec l’électrolyse, l’ozonation ou le rayonnement ultraviolet», lit-on dans la réévaluation.

Enfin, une autre nouvelle restriction est d’interdire l’utilisation du NaBr avec une autre substance nommée monopersulfate de potassium. «Le problème principal avec le monopersulfate, c’est que quand on s’en sert, ça prend des concentrations plus élevées de bromure de sodium dans l’eau pour que ça fonctionne bien. Et c’est au point que les concentrations de brome deviennent suffisamment élevées pour que ça crée des problèmes pour la glande thyroïde», explique M. Bissonnette.

Cette glande, comme on le sait, a une grande affinité pour l’iode, qu’elle absorbe bien et dont elle a besoin pour fonctionner correctement. Or comme le brome fait partie de la même «famille chimique» que l’iode et partagent avec lui plusieurs caractéristiques, il peut entrer (quand il est assez concentré) en compétition avec l’iode et prendre sa place dans la glande thyroïde. Quand il est utilisé avec le monopersulfate de potassium, le NaBr peut atteindre de telles concentrations, et c’est ce qui a motivé cette interdiction supplémentaire.

«Maintenant, ajoute M. Bissonnette, à la question de savoir si la personne doit se débarrasser de son spa, il faut dire qu’il y a d’autres produits qui peuvent être utilisés (...et) il y a d’autres produits à base de brome qui sont toujours permis.» Il revient au propriétaire de voir avec son détaillant ou avec le fabricant quel produit peut bien faire avec le modèle qu’il possède.

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