Chronique

Sous les tropiques du Saguenay

CHRONIQUE / «J’ai remarqué qu’il fait souvent quelques degrés plus chaud au Saguenay-Lac-St-Jean qu’à Québec (sauf en hiver). Pourtant, c’est une région qui est située plus au nord. Alors existe-t-il des conditions particulières qui réchauffent le climat là-bas ?», demande Louise Angers, de Québec.

Il peut arriver, en effet, qu’il fasse plus chaud au «Saglac», comme on dit, mais la règle générale demeure qu’il y fait plus froid, comme le montre le graphique ci-dessous.

Science

De burqa et de vitamines

«À cause de leur habillement qui les couvre de la tête aux pieds, les femmes musulmanes sont-elle privées de la vitamine que le soleil fournit?» demande Pierre Courteau, de Cap-Rouge.

Le soleil ne «fournit» pas, à proprement parler, de vitamine. Cependant, la partie ultraviolette de son rayonnement transporte suffisamment d’énergie pour briser des liens chimiques dans certaines molécules — et c’est de cette manière que le soleil aide à fabriquer de la vitamine D. Nous avons un peu partout dans le corps une molécule poétiquement nommée 7-déhydrocholestérol, dont l’organisme se sert pour fabriquer des cholestérols. Quand les ultraviolets frappent les 7-déhydrocholestérol qui s’adonnent à se trouver dans notre peau, ils les brisent et les changent en «pré-vitamine D» — le corps se charge ensuite de compléter la transformation en «vraie» vitamine D. C’est pour cette raison que l’exposition de la peau au soleil est considérée comme une source importante de cette vitamine.

Il est évident que tout ce qui bloque le rayonnement solaire freine cette production, et plus la peau est cachée, moins elle peut fabriquer de vitamine D. Hormis quelques nuances importantes sur lesquelles je reviendrai tout de suite, des études ont démontré, sans grande surprise, que les femmes musulmanes qui portent le voile (surtout la burqa et le niqab, qui sont des voiles intégraux) ont en moyenne moins de vitamine D dans le sang que les autres. Par exemple, des endocrinologues américains ont analysé en 2009 le sérum (la partie liquide du sang) de 87 femmes vivant à Dearborne (Michigan), où vit une importante communauté musulmane. Les niveaux mesurés étaient plutôt bas pour toutes les participantes, mais davantage pour celles qui portaient le voile (4 nanogrammes par millilitre) que celles qui ne le portaient pas (8,5 ng/ml). Des résultats comparables ont été obtenus dans d’autres études, menées en Jordanie et en Inde.

Maintenant, la question est de savoir si le voile islamique peut vraiment être considéré comme un «problème» (je ne dis pas que c’est ce que M. Courteau avait en tête, mais, dans le contexte actuel, il s’en trouvera plusieurs pour sauter à cette conclusion), et la réponse est: non, pas vraiment.

Bien sûr, une carence en vitamine D vient avec une série de conséquences potentielles. Cela peut, par exemple, réduire la minéralisation des os et les rendre plus fragiles, cela peut provoquer des douleurs et une faiblesse musculaires (de même que des tressautements), cela peut causer de la pré-éclampsie chez les femmes enceintes et des malformations chez les enfants et, de manière générale, une carence en vitamine D augmente le risque de dépression. Bref, c’est pas jo-jo.

Mais si l’on décide de considérer le voile islamique comme un problème pour cette raison-là, alors il faut se préparer à gérer un sacré paquet d’autres soi-disant «problèmes». Les gens d’ascendance africaine, par exemple, doivent leur peau foncée à un pigment, la mélanine, dont la fonction est de bloquer les ultraviolets. Cela protège contre les coups de soleil, mais cela implique aussi que pour fabriquer une même quantité de vitamine D, leur peau doit être davantage exposée que celle des Blancs. Si bien que c’est sans grande surprise qu’une étude publiée en 2006 dans le Journal of Nutrition a trouvé que les Afro-Américains ont environ deux fois moins de vitamine D dans le sang que les «caucasien», soit 12 à 16 ng/ml contre 25 à 35 ng/ml (selon la saison).

Cela ne veut bien évidemment pas dire que la couleur de la peau est un «problème», mais simplement que les gens qui ont la peau foncée doivent s’assurer de compenser par l’alimentation.

Car l’exposition de la peau au soleil est loin d’être la seule source possible de vitamine D. Il existe toute une gamme de produits latiers enrichis de vitamine D, les viandes et les œufs en contiennent naturellement, et plusieurs sortes de poisson en sont d’excellentes sources. Et c’est une chance, d’ailleurs, parce que les musulmanes et les Noirs ne sont vraiment pas les seules personnes susceptibles de manquer de cette vitamine. Une étude albertaine parue l’an dernier montre en effet qu’environ 80 % des gens qui travaillent à l’intérieur et des travailleurs de nuit manquent de vitamine D, ce qui est beaucoup plus que ceux qui travaillent à l’extérieur (48 %). Notons qu’il y a un débat entourant le seuil à partir duquel on peut parler d’une carence en vitamine D, mais cela illustre que c’est beaucoup plus qu’une question vestimentaire.

Pour tout dire, en fait, deux dermatologues canadiens ont établi en 2015 qu’il est purement et simplement impossible de synthétiser assez de vitamine D uniquement par la peau en hiver à des latitudes et dans des climats comme les nôtres. Dans leur étude parue dans le Journal de l’Association médicale canadienne, Pavandeep Gill et Sunil Kalia ont consulté les archives d’Environnement Canada pour connaître l’indice ultraviolet d’heure en heure dans 13 villes, de 1991 à 2004. Et il appert qu’en janvier dans une ville comme Mont­réal, même pour quelqu’un qui a la peau pâle, il faut exposer le quart de son corps (visage, cou et bras en entier) pendant environ une heure au soleil, à l’extérieur, pour sécréter soi-même la quantité minimale de vitamine D dont le corps a besoin.

À la suite de quoi, j’imagine, il faut se rendre à l’urgence pour faire soigner son hypothermie et ses engelures — mais au moins, on peut alors dire aux médecins qu’on n’a pas besoin de vitamine D pour aujourd’hui...

Sources:
› Pavandeep Gill et Sunil Kalia, «Assessment of the feasibility of using sunlight exposure to obtain the recommended level of vitamin D in Canada», CMAJ Open, 2015, goo.gl/8kgXFd
› Daniel Sowah et al., «Vitamin D levels and deficiency with different occupations: a systematic review», BMC – Public Health, 2017, goo.gl/oMTMTH
› Susan Harris, «Vitamin D and African Americans», Journal of Nutrition, 2006, goo.gl/V1rFUz
› Raymond Hobbs et al., «Severe vitamin D deficiency in Arab-American women living in Dearborn, Michigan», Endocrine Practice, 2009, goo.gl/fXqbc8

Précision : une version antérieure de ce texte laissait entendre que les produits laitiers contiennent tous de la vitamine D. Or c'est faux : le lait est souvent enrichi de vitamine D, mais il n'en contient pas naturellement. Mes excuses.

Environnement

Vérification faite: a-t-on «ouvert» les rivières aux pétrolières?

«Les projets de règlement ouvrent littéralement nos lacs, nos rivières et les rives du fleuves Saint-Laurent à [...] l’exploitation pétrolière et gazière», a indiqué jeudi l’environnementaliste Karel Mayrand, de la Fondation David-Suzuki, à propos de quatre projets de règlement dévoilés en septembre et devant encadrer l’industrie des hydrocarbures. M. Mayrand parlait alors pour une coalition qui réclame l’arrêt pur et simple des activités pétrolières et gazières au Québec.

Au cours de la même conférence de presse, d’autres intervenants ont décrit ces projets de règlements de la même manière, comme «ouvrant» des pans de territoires (cours d’eau, réserves fauniques, etc.) aux forages pétroliers. En fait, l’expression est à la mode depuis que Le Devoir en a fait sa manchette récemment («Les plans d’eau du Québec ouverts aux pétrolières», 21 septembre). Alors voyons ce qu’elle vaut.

Les faits

Historiquement, l’industrie du gaz et du pétrole au Québec était encadrée par la Loi sur les mines et par un règlement qui y était rattaché, le Règlement sur le pétrole, le gaz naturel et les réservoirs souterrains. Il s’agissait de morceaux de législation assez vieux et pas particulièrement bien adaptés pour encadrer une exploitation à grande échelle — le Québec n’a jamais eu de grands gisements — ni l’exploitation «non conventionnelle» des hydrocarbures, impliquant la fracturation hydraulique. Le débat sur les gaz de schiste, à partir de 2010, a changé la donne.

Ce vieux cadre législatif est en voie d’être remplacé par la Loi sur les hydrocarbures, adoptée en 2016 (sous le bâillon), et les quatre projets de règlement présentés en septembre: un pour les activités gazières et pétrolières en milieu terrestre, un autre pour les «milieux hydriques», un autre sur les réservoirs souterrains et un quatrième pour abroger l’ancien règlement.

Maintenant, si l’on dit que ces règlements «ouvrent» l’exploitation pétrolière sur les plans d’eau du Québec, cela implique logiquement qu’ils permettent une activité qui y était interdite auparavant. Or ce n’est pas vrai. Les seules restrictions que la Loi sur les mines prévoient à cet égard (hormis d’autres normes environnementales dans d’autres lois) sont que l’État se réserve les sections de rivière à forte puissance (225 kiloWatts et plus), au cas où il déciderait d’y construire des barrages hydroélectriques. Et le vieux Règlement sur le pétrole n’était pas plus restrictif, lui qui prévoyait explicitement des cas de forages «en territoire submergé» et qui ne leur imposait qu’une poignée de conditions. Par exemple, l’article 60 stipulait que «dans le cas d’un puits en territoire submergé, la tête de puits doit être équipée d’un dispositif permettant de la localiser facilement».

Bref, il est assez clair que l’ancien cadre règlementaire autorisait déjà les forages d’hydrocarbures dans les plans d’eau. Et contrairement à ce qu’ont laissé entendre des groupes environnementaux (et quelques journalistes) ces dernières semaines, le nouveau projet de règlement sur les activités pétrolière ou gazière «en milieu hydrique» n’est pas plus permissif que l’ancien. Il impose plutôt de nouvelles conditions (il fait 114 pages de long) à une activité qui était peu encadrée.

Soulignons aussi qu’un Règlement sur le prélèvement des eaux et leur protection (RPEP) est en vigueur depuis 2014 et qu’il interdit les forages dans une bonne partie des plans d’eau du Québec — à 3 km d’une prise d’eau potable si le forage est effectué dans un lac, à 10 km en amont (50 m en aval) d’une prise d’eau potable dans le cas d’une rivière, à 15 km en amont (100 m en aval) sur le fleuve, et à 15 km de chaque côté là où la marée inverse le courant. Ces interdictions couvrent une grande partie des lacs et des rivières du Québec et demeureront valides quoi qu’il advienne des quatre nouveaux projets de règlement.

Questionné par Le Soleil à ce sujet au cours de la conférence de presse d’hier, le directeur du groupe écolo Nature Québec, Christian Simard, a expliqué qu’il utilisait malgré tout l’expression «ouvrir les plans d’eau» parce que, dit-il, «quand tu crées des règlements, tu choisis: est-ce que tu fais perdurer les aberrations de la vieille Loi sur les mines, ou est-ce que tu encadres. Et on voit que dans les nouveaux règlements, on n’exclut pas les cours d’eau et les milieux humides [...] Donc en n’excluant pas, on ouvre».

Il affirme également qu’il existait un «flou» dans l’ancien cadre à propos des plans d’eau, flou qui aurait fait hésiter l’industrie à y forer.

Verdict

Déformant. L’expression «ouvrir les plans d’eau» à l’industrie pétrolière laisse clairement entendre qu’on permet quelque chose qui était interdit auparavant. Or au contraire, les projets de règlements sur les hydrocarbures sont plus sévères que la Loi sur les mines et les règlements qui y étaient rattachés. En outre, les nouveaux projets de règlement ne lèvent en rien les interdictions découlant du RPEP.