Science

Cet étrange délai à la télévision...

SCIENCE AU QUOTIDIEN / «J’aimerais que l’on m’explique comment il se fait qu’il y a souvent un délai, parfois important, dans les échanges au téléjournal lorsque le chef d’antenne parle à un journaliste qui n’est pas en studio. Si on peut parler et se comprendre instantanément au téléphone, il doit bien y avoir moyen d’éliminer cet agaçant délai, non ?» demande Yvan Dion, de La Malbaie.

Il est effectivement bien étonnant qu’en cette ère de connexion ultra-haute-vitesse, une technologie datant du même millénaire que le Moyen Âge transmette la voix plus rapidement (enfin, parfois) que le Web. Mais c’est pourtant bien ce qui se passe, du moins à l’occasion.

«En gros, c’est ce qu’on appelle la latence dans les réseaux, et elle peut venir de quatre sources différentes», explique Florent Parent, professionnel de recherche en informatique à l’Université Laval qui s’occupe également du réseau reliant les superordinateurs de Calcul Canada.

Le premier type de délai et sans doute le plus simple à comprendre, dit-il, est la propagation du signal. Même dans un réseau de fibre optique ou un réseau sans fil où les signaux voyagent essentiellement à la vitesse de la lumière, soit près de 300 000 kilomètres par seconde, cela peut faire une différence dans certaines circonstances.

«Par exemple, illustre l’informaticien, dans le réseau qui relie les universités [ndlr : la recherche implique souvent l’envoi d’énormes fichiers de données], si je me branche ici à l’Université Laval et que j’envoie un ping [ndlr : un petit signal qui fait un aller-retour afin de vérifier l’état d’une connection] à Montréal, on parle de 7 millisecondes (ms) de temps de retour. Ce n’est pas assez pour être perceptible dans une conversation puisque en bas de 100 ms, on ne s’en rend pas vraiment compte. Dans le cas des conversations à la télé, il doit y avoir d’autres sources de délai. Et une hypothèse qui me vient en tête, c’est que peut-être que quand les journalistes sont sur le terrain, ils utilisent un réseau sans-fil, et là la communication se fait par satellite. Et ça, ça va allonger le délai de propagation.»

Souvent, en effet, les satellites de télécommunication sont placés sur des orbites géostationnaires, ce qui signifie qu’ils mettent exactement 24 heures à faire le tour de la planète — par conséquent, ils demeurent toujours au-dessus du même point sur Terre, d’où le nom de géostationnaire. Or ces orbites sont situés à une altitude de près de 36 000 km, si bien que même à la vitesse de la lumière, l’aller-retour prend (36 000 km x 2) ÷ 300 000 km/s = 240 millisecondes. Dans le cas d’une conversation au téléjournal qui passerait par ce genre de satellite, c’est un délai suffisamment long pour qu’on s’en rende compte.

Mais il peut aussi y avoir autre chose, poursuit M. Parent : le délai de traitement. «C’est bien beau la vitesse de la lumière, dit-il, mais il faut compter aussi le fait qu’on a des appareil qui reçoivent la voix, qui la convertissent en numérique, (…et) il y a un traitement de ça et une compression qui vont être faites, ça va ensuite être mis dans des sortes de «paquets» sur des commutateurs [un appareil qui est le point de convergence d’un réseau, ndlr], et souvent il va y avoir une redondance qui va être ajoutée au cas où des paquets seraient perdus, C’est ensuite envoyé, et chaque commutateur qui se trouve dans le chemin, entre le point de départ et le point d’arriver, doit traiter ça, et tout ça  prend du temps, alors ça va ajouter un délai de traitement.»

Ces délais sont généralement minimes, mis pas toujours, et ils s’ajoutent aux autres.

Une troisième source de délai est la «mise en file d’attente», indique notre informaticien. «Ça, on ne peut pas vraiment l’estimer d’avance parce que ça dépend de la quantité de trafic sur le réseau. Quand tout va bien, le délai à peu près nul. Mais s’il y a un gros événement où beaucoup le monde veut des données en même temps (…) où s’il y a un sursaut ponctuel (burst, en anglais) d’activités sur le réseau, alors tout ne peut pas être traité instantanément, alors le système fait une file d’attente. Habituellement, c’est traité selon le principe du premier arrivé, premier sorti, mais il peut y avoir des priorités.»

Enfin, le dernier type de délai est celui de la transmission, qui dépend de la qualité de la carte réseau d’un ordinateur, explique M. Parent. Les meilleures disponibles permettent de transmettre autour de 100 gigabits (et même plus) par seconde, mais une carte de mauvaise qualité peut introduire des délais dans la communication.

En plus de la carte, le protocole de transmission peut aussi faire une différence. «Le protocole internet le plus utilisé et que les gens connaissent le plus, c’est le fameux TCP/IP. Ce qu’on sait moins, c’est que dans ce protocole-là, à chaque petit paquet de données qui est envoyé [ndlr : les données sont toujours divisées en «petits paquets» qui sont envoyés séparément], TCP doit avoir un accusé qu’il a été bien reçu pour assurer une fiabilité de transmission. Ça date des années 80, une époque où les réseaux étaient beaucoup plus lents que maintenant, et c’est pour ça que des modifications ont été apportées au TCP/IP pour augmenter la performance, mais ça reste un travail d’ingénierie à chaque bout du réseau pour maximiser la vitesse.»

Bref, c’est la somme de tous ces délais qui fait la «latence» dans les communications. D’un système à l’autre, d’une situation particulière à l’autre, ils peuvent varier énormément, si bien qu’il est impossible de dire exactement qu’est-ce qui s’est passé dans les cas qui ont tant agacé notre lecteur de La Malbaie. Mais quand on les additionne, on comprend pourquoi il arrive, de temps à autre, que la discussion entre les journalistes et les chefs d’antenne se fasse avec un petit délai.

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ÉCRIVEZ-NOUS Vous vous posez des questions sur le monde qui vous entoure? Qu'elles concernent la physique, la biologie ou toute autre discipline, notre journaliste se fera un plaisir d'y répondre. À nos yeux, il n'existe aucune «question idiote», aucune question «trop petite» pour être intéressante! Alors, écrivez- nous à  jcliche@lesoleil.com

Jean-François Cliche

De bombes et d'icebergs...

SCIENCE AU QUOTIDIEN / «Comme les ouragans prennent vie à partir des côtes africaines et gagnent en puissance en se nourrissant de la chaleur des eaux chaude de l’Atlantique, serait-il possible de les «intercepter» lors de leur formation pour à tout le moins, les affaiblir ? Par exemple, en s’inspirant des Émirats arabes qui songent à remorquer des iceberg pour s’approvisionner en eau douce, est-ce que de remorquer des mastodontes gelés au début de la trajectoire de formation des ouragans pourrait avoir une incidence quelconque ? C’est un peu farfelu j’en conviens, mais ça m’intrigue quand même», demande Simon Côté.

Supposons que l’on soit capable de remorquer un grand iceberg en forme de cube et de 100 mètres d’arête. Ce serait une sacrée commande, même en y mettant plusieurs remorqueurs, puisque notre «glaçon» pèserait environ 910 millions de kg, mais passons. Et supposons aussi que l’on parvienne à amener le colosse intact jusque dans les eaux tropicales à une température de –10°C.

Pour faire fondre toute cette glace, puis en chauffer l’eau jusqu’à 26 °C (on ne veut pas atteindre 26,5, rappelons-le), il faut de l’énergie. Beaucoup d'énergie : ce sont des montagnes de chaleur, littéralement, que notre iceberg drainerait autour de lui.

D’abord, chaque gramme de glace prend 2 joules d’énergie pour gagner 1°C (pour comparaison, une ampoule de 100 watts brûle 100 joules par seconde). Alors pour chauffer nos 910 millions de kg de glace de –10°C jusqu’à 0°C, il faut un total de 18 200 gigajoules (Gj). Ensuite, pour que la glace fonde, il ne suffit pas de l’amener à 0°C, contrairement à ce qu’on pense souvent. Il faut aussi lui fournir un petit surplus d’énergie nommé chaleur latente de fusion, qui sert grosso modo à rompre les liens qui tiennent les molécules d’eau ensemble dans la glace. Facture énergétique : 333 joules par gramme, pour un total de 303 000 Gj. Et enfin, pour chauffer cette eau de 0° jusqu’à 26 °C, il faut compter 4,2 joules par gramme, ou près de 100 000 Gj en tout.

Au final, notre cube de glace de 100 mètres de côté drainerait à peu près 420 000 Gj en fondant, puis en se réchauffant jusqu’à 26 °C. Ce qui serait suffisant pour refroidir de 1°C la température de 100 millions de m3 d’eau.

Maintenant, la question est : est-ce que cela suffirait à faire une différence ? Et la réponse est clairement «non, même pas proche». Les ouragans prennent généralement forme dans les eaux tropicales (de 8 à 20° de latitude) entre l’Afrique et l’Amérique du Sud, quand la température de surface est de plus de 26,5 °C. Il faut aussi que d’autres conditions soient réunies, notamment des caractéristiques de vent et d’humidité en altitude, mais concentrons-nous sur la température de l’eau.

Cette semaine, d’après les cartes de température [https://bit.ly/2QdSSzx] que l’on trouve sur le site de la National Oceanic and Atmospheric Administration (NOAA), les eaux de surface de l’Atlantique dépassaient le seuil de 26,5 °C entre approximativement 8 et 13° de latitude et entre 60° et 30° de longitude ouest. Cela nous fait donc, de manière conservatrice, une superficie de près de 1,5 million de km2. En partant du principe que la «surface» inclut le premier mètre, on parle ici de 1500 milliards de mètres cubes d’eau à refroidir.

C’est donc dire qu’il faudrait 15 000 icebergs comme celui de notre exemple pour abaisser la température de toute cette eau de seulement 1°C. Et c’est sans compter le grand pan d’océan autour des Caraïbes, où les ouragans peuvent prendre beaucoup de force. Et cela fait abstraction du fait que les eaux de surface dépassent assez souvent les 26,5 °C par plusieurs degrés.

Bref, même en prenant un scénario très optimiste où notre iceberg ne fondrait pas avant d’arriver dans les Tropiques, il ne serait pas grand-chose de plus qu’une goutte d’eau dans l’océan…

* * * * *

«Je me demande pourquoi on n’est pas capable de briser un ouragan lors de sa formation, avant qu’elle ne devienne très forte. Y a t-il des sortes de bombe que l’on pourrait faire sauter dans l'œil dès sa formation pour la briser», demande Claude Duchesne, de Stoneham.

L’idée n’est pas neuve, loin de là. Elle a même fait l’objet de quelques travaux d’un chercheur américain dans les années 50, qui estimait qu’une petite bombe nucléaire bien placée pouvait faire le travail. Il a étudié l’effet atmosphérique de certains essais nucléaires de l’époque et fait quelques calculs, mais l’idée n’a jamais eu de suite vraiment concrète.

Et ce n’est peut-être pas une mauvaise chose, d’ailleurs. Au-delà du fait (assez gênant, merci) que ce «plan» impliquerait de saupoudrer des grandes quantités de radioactivité dans l’atmosphère et dans l’océan, il y a ce petit détail technique que cela a très, très peu de chances de fonctionner, pour deux raisons, lit-on sur le site de la NOAA.

D’abord, comme pour l’iceberg, il y a une question d’échelle : l’énergie relâchée par un ouragan équivaut grosso modo à faire exploser une bombe nucléaire de 10 mégatonnes… à toutes les 20 secondes. Alors on peut difficilement penser qu’en faire sauter 2 ou 3 changerait grand-chose.

Ensuite, ce qui fait la force d’un ouragan, c’est l’intensité de la basse pression dans son «œil» : plus cette pression est basse, plus l’air des alentours sera aspiré fortement, et plus les vents seront puissants. Pour affaiblir un ouragan, il faudrait donc ajouter de l’air en son centre. Encore une fois, on parle de quantités si astronomiques qu’elles interdisent l’espoir d’y arriver un jour : de l’ordre de 500 millions de tonnes d’air qu’il faudrait souffler dans l’œil d’un cyclone de force 5 pour qu’il tombe à une force 2, selon les calculs de la NOAA. Mais de toute manière, ce n’est pas ce que les bombes font. Une explosion ne déplace pas d’air, ou en tout cas pas tellement. Cela envoie surtout une onde de choc qui, une fois passée, laisse les pressions inchangées derrière elle.

Sources :

  • Central Pacific Hurricane Center, Myths About Hurricanes, NOAA, s.d., https://bit.ly/2xy2CdB
  • Mark Strauss, Nuking Hurricanes : The Surprising History of a Really Bad Idea, National Geographic, 2016, https://bit.ly/2MaW9w2

Chronique

Le corps humain, ce four

LA SCIENCE AU QUOTIDIEN / «Pourquoi avons-nous chaud quand nous allons dehors, l’été, et qu’il fait 30 °C? Pourtant, notre corps a une température d’environ 37 °C, alors il me semble que ce n’est que lorsqu’il fait plus de 37 °C que nous devrions commencer à avoir chaud, non?» demande Frédérique Duquette, 12 ans.

C’est parce que le corps humain produit lui-même beaucoup de chaleur. À chaque instant, l’organisme doit brûler de l’énergie pour faire battre le cœur, inspirer et expirer de l’air, digérer, envoyer des signaux nerveux, faire fonctionner le cerveau et ainsi de suite — et c’est sans rien dire de nos activités physiques. Mine de rien, tout cela génère pas mal de chaleur.

Chronique

Sous les tropiques du Saguenay

CHRONIQUE / «J’ai remarqué qu’il fait souvent quelques degrés plus chaud au Saguenay-Lac-St-Jean qu’à Québec (sauf en hiver). Pourtant, c’est une région qui est située plus au nord. Alors existe-t-il des conditions particulières qui réchauffent le climat là-bas ?», demande Louise Angers, de Québec.

Il peut arriver, en effet, qu’il fasse plus chaud au «Saglac», comme on dit, mais la règle générale demeure qu’il y fait plus froid, comme le montre le graphique ci-dessous.

Science

De burqa et de vitamines

«À cause de leur habillement qui les couvre de la tête aux pieds, les femmes musulmanes sont-elle privées de la vitamine que le soleil fournit?» demande Pierre Courteau, de Cap-Rouge.

Le soleil ne «fournit» pas, à proprement parler, de vitamine. Cependant, la partie ultraviolette de son rayonnement transporte suffisamment d’énergie pour briser des liens chimiques dans certaines molécules — et c’est de cette manière que le soleil aide à fabriquer de la vitamine D. Nous avons un peu partout dans le corps une molécule poétiquement nommée 7-déhydrocholestérol, dont l’organisme se sert pour fabriquer des cholestérols. Quand les ultraviolets frappent les 7-déhydrocholestérol qui s’adonnent à se trouver dans notre peau, ils les brisent et les changent en «pré-vitamine D» — le corps se charge ensuite de compléter la transformation en «vraie» vitamine D. C’est pour cette raison que l’exposition de la peau au soleil est considérée comme une source importante de cette vitamine.

Il est évident que tout ce qui bloque le rayonnement solaire freine cette production, et plus la peau est cachée, moins elle peut fabriquer de vitamine D. Hormis quelques nuances importantes sur lesquelles je reviendrai tout de suite, des études ont démontré, sans grande surprise, que les femmes musulmanes qui portent le voile (surtout la burqa et le niqab, qui sont des voiles intégraux) ont en moyenne moins de vitamine D dans le sang que les autres. Par exemple, des endocrinologues américains ont analysé en 2009 le sérum (la partie liquide du sang) de 87 femmes vivant à Dearborne (Michigan), où vit une importante communauté musulmane. Les niveaux mesurés étaient plutôt bas pour toutes les participantes, mais davantage pour celles qui portaient le voile (4 nanogrammes par millilitre) que celles qui ne le portaient pas (8,5 ng/ml). Des résultats comparables ont été obtenus dans d’autres études, menées en Jordanie et en Inde.

Maintenant, la question est de savoir si le voile islamique peut vraiment être considéré comme un «problème» (je ne dis pas que c’est ce que M. Courteau avait en tête, mais, dans le contexte actuel, il s’en trouvera plusieurs pour sauter à cette conclusion), et la réponse est: non, pas vraiment.

Bien sûr, une carence en vitamine D vient avec une série de conséquences potentielles. Cela peut, par exemple, réduire la minéralisation des os et les rendre plus fragiles, cela peut provoquer des douleurs et une faiblesse musculaires (de même que des tressautements), cela peut causer de la pré-éclampsie chez les femmes enceintes et des malformations chez les enfants et, de manière générale, une carence en vitamine D augmente le risque de dépression. Bref, c’est pas jo-jo.

Mais si l’on décide de considérer le voile islamique comme un problème pour cette raison-là, alors il faut se préparer à gérer un sacré paquet d’autres soi-disant «problèmes». Les gens d’ascendance africaine, par exemple, doivent leur peau foncée à un pigment, la mélanine, dont la fonction est de bloquer les ultraviolets. Cela protège contre les coups de soleil, mais cela implique aussi que pour fabriquer une même quantité de vitamine D, leur peau doit être davantage exposée que celle des Blancs. Si bien que c’est sans grande surprise qu’une étude publiée en 2006 dans le Journal of Nutrition a trouvé que les Afro-Américains ont environ deux fois moins de vitamine D dans le sang que les «caucasien», soit 12 à 16 ng/ml contre 25 à 35 ng/ml (selon la saison).

Cela ne veut bien évidemment pas dire que la couleur de la peau est un «problème», mais simplement que les gens qui ont la peau foncée doivent s’assurer de compenser par l’alimentation.

Car l’exposition de la peau au soleil est loin d’être la seule source possible de vitamine D. Il existe toute une gamme de produits latiers enrichis de vitamine D, les viandes et les œufs en contiennent naturellement, et plusieurs sortes de poisson en sont d’excellentes sources. Et c’est une chance, d’ailleurs, parce que les musulmanes et les Noirs ne sont vraiment pas les seules personnes susceptibles de manquer de cette vitamine. Une étude albertaine parue l’an dernier montre en effet qu’environ 80 % des gens qui travaillent à l’intérieur et des travailleurs de nuit manquent de vitamine D, ce qui est beaucoup plus que ceux qui travaillent à l’extérieur (48 %). Notons qu’il y a un débat entourant le seuil à partir duquel on peut parler d’une carence en vitamine D, mais cela illustre que c’est beaucoup plus qu’une question vestimentaire.

Pour tout dire, en fait, deux dermatologues canadiens ont établi en 2015 qu’il est purement et simplement impossible de synthétiser assez de vitamine D uniquement par la peau en hiver à des latitudes et dans des climats comme les nôtres. Dans leur étude parue dans le Journal de l’Association médicale canadienne, Pavandeep Gill et Sunil Kalia ont consulté les archives d’Environnement Canada pour connaître l’indice ultraviolet d’heure en heure dans 13 villes, de 1991 à 2004. Et il appert qu’en janvier dans une ville comme Mont­réal, même pour quelqu’un qui a la peau pâle, il faut exposer le quart de son corps (visage, cou et bras en entier) pendant environ une heure au soleil, à l’extérieur, pour sécréter soi-même la quantité minimale de vitamine D dont le corps a besoin.

À la suite de quoi, j’imagine, il faut se rendre à l’urgence pour faire soigner son hypothermie et ses engelures — mais au moins, on peut alors dire aux médecins qu’on n’a pas besoin de vitamine D pour aujourd’hui...

Sources:
› Pavandeep Gill et Sunil Kalia, «Assessment of the feasibility of using sunlight exposure to obtain the recommended level of vitamin D in Canada», CMAJ Open, 2015, goo.gl/8kgXFd
› Daniel Sowah et al., «Vitamin D levels and deficiency with different occupations: a systematic review», BMC – Public Health, 2017, goo.gl/oMTMTH
› Susan Harris, «Vitamin D and African Americans», Journal of Nutrition, 2006, goo.gl/V1rFUz
› Raymond Hobbs et al., «Severe vitamin D deficiency in Arab-American women living in Dearborn, Michigan», Endocrine Practice, 2009, goo.gl/fXqbc8

Précision : une version antérieure de ce texte laissait entendre que les produits laitiers contiennent tous de la vitamine D. Or c'est faux : le lait est souvent enrichi de vitamine D, mais il n'en contient pas naturellement. Mes excuses.

Environnement

Vérification faite: a-t-on «ouvert» les rivières aux pétrolières?

«Les projets de règlement ouvrent littéralement nos lacs, nos rivières et les rives du fleuves Saint-Laurent à [...] l’exploitation pétrolière et gazière», a indiqué jeudi l’environnementaliste Karel Mayrand, de la Fondation David-Suzuki, à propos de quatre projets de règlement dévoilés en septembre et devant encadrer l’industrie des hydrocarbures. M. Mayrand parlait alors pour une coalition qui réclame l’arrêt pur et simple des activités pétrolières et gazières au Québec.

Au cours de la même conférence de presse, d’autres intervenants ont décrit ces projets de règlements de la même manière, comme «ouvrant» des pans de territoires (cours d’eau, réserves fauniques, etc.) aux forages pétroliers. En fait, l’expression est à la mode depuis que Le Devoir en a fait sa manchette récemment («Les plans d’eau du Québec ouverts aux pétrolières», 21 septembre). Alors voyons ce qu’elle vaut.

Les faits

Historiquement, l’industrie du gaz et du pétrole au Québec était encadrée par la Loi sur les mines et par un règlement qui y était rattaché, le Règlement sur le pétrole, le gaz naturel et les réservoirs souterrains. Il s’agissait de morceaux de législation assez vieux et pas particulièrement bien adaptés pour encadrer une exploitation à grande échelle — le Québec n’a jamais eu de grands gisements — ni l’exploitation «non conventionnelle» des hydrocarbures, impliquant la fracturation hydraulique. Le débat sur les gaz de schiste, à partir de 2010, a changé la donne.

Ce vieux cadre législatif est en voie d’être remplacé par la Loi sur les hydrocarbures, adoptée en 2016 (sous le bâillon), et les quatre projets de règlement présentés en septembre: un pour les activités gazières et pétrolières en milieu terrestre, un autre pour les «milieux hydriques», un autre sur les réservoirs souterrains et un quatrième pour abroger l’ancien règlement.

Maintenant, si l’on dit que ces règlements «ouvrent» l’exploitation pétrolière sur les plans d’eau du Québec, cela implique logiquement qu’ils permettent une activité qui y était interdite auparavant. Or ce n’est pas vrai. Les seules restrictions que la Loi sur les mines prévoient à cet égard (hormis d’autres normes environnementales dans d’autres lois) sont que l’État se réserve les sections de rivière à forte puissance (225 kiloWatts et plus), au cas où il déciderait d’y construire des barrages hydroélectriques. Et le vieux Règlement sur le pétrole n’était pas plus restrictif, lui qui prévoyait explicitement des cas de forages «en territoire submergé» et qui ne leur imposait qu’une poignée de conditions. Par exemple, l’article 60 stipulait que «dans le cas d’un puits en territoire submergé, la tête de puits doit être équipée d’un dispositif permettant de la localiser facilement».

Bref, il est assez clair que l’ancien cadre règlementaire autorisait déjà les forages d’hydrocarbures dans les plans d’eau. Et contrairement à ce qu’ont laissé entendre des groupes environnementaux (et quelques journalistes) ces dernières semaines, le nouveau projet de règlement sur les activités pétrolière ou gazière «en milieu hydrique» n’est pas plus permissif que l’ancien. Il impose plutôt de nouvelles conditions (il fait 114 pages de long) à une activité qui était peu encadrée.

Soulignons aussi qu’un Règlement sur le prélèvement des eaux et leur protection (RPEP) est en vigueur depuis 2014 et qu’il interdit les forages dans une bonne partie des plans d’eau du Québec — à 3 km d’une prise d’eau potable si le forage est effectué dans un lac, à 10 km en amont (50 m en aval) d’une prise d’eau potable dans le cas d’une rivière, à 15 km en amont (100 m en aval) sur le fleuve, et à 15 km de chaque côté là où la marée inverse le courant. Ces interdictions couvrent une grande partie des lacs et des rivières du Québec et demeureront valides quoi qu’il advienne des quatre nouveaux projets de règlement.

Questionné par Le Soleil à ce sujet au cours de la conférence de presse d’hier, le directeur du groupe écolo Nature Québec, Christian Simard, a expliqué qu’il utilisait malgré tout l’expression «ouvrir les plans d’eau» parce que, dit-il, «quand tu crées des règlements, tu choisis: est-ce que tu fais perdurer les aberrations de la vieille Loi sur les mines, ou est-ce que tu encadres. Et on voit que dans les nouveaux règlements, on n’exclut pas les cours d’eau et les milieux humides [...] Donc en n’excluant pas, on ouvre».

Il affirme également qu’il existait un «flou» dans l’ancien cadre à propos des plans d’eau, flou qui aurait fait hésiter l’industrie à y forer.

Verdict

Déformant. L’expression «ouvrir les plans d’eau» à l’industrie pétrolière laisse clairement entendre qu’on permet quelque chose qui était interdit auparavant. Or au contraire, les projets de règlements sur les hydrocarbures sont plus sévères que la Loi sur les mines et les règlements qui y étaient rattachés. En outre, les nouveaux projets de règlement ne lèvent en rien les interdictions découlant du RPEP.