Je suis dyslexe (sic)

CHRONIQUE / Je lis fréquemment des articles et il m’arrive de constater que plusieurs journalistes et personnalités utilisent le terme «sic» dans leurs textes... J’ai fait quelques recherches sur ce mot, mais je trouverais vraiment pertinent de savoir ce que vous en pensez vous-même (Érick Tremblay-Dionne, Saguenay).

Votre question me ramène plus de quinze ans en arrière, alors qu’un lecteur m’interrogeait sur le même sujet. Voici donc en rappel ma chronique du 27 août 2004, toujours valide, au profit de tout le monde.

Le mot «sic» est latin et il signifie «ainsi». Quand vous le rencontrez, l’auteur vous signale qu’il rapporte les propos textuellement, qu’ils soient extraits d’un document écrit ou d’une déclaration orale. S’ils contiennent une erreur (volontaire ou inconsciente), une expression douteuse, étrange, vulgaire ou compromettante, ils sont de la personne citée, non de l’auteur de l’article.

Voici quelques exemples provenant de La Presse + au cours de la dernière année.

 

«"Nous avons discuté avec des dirigeants d’Hydro-Québec, une entreprise du gouvernement canadien [sic]", a annoncé le président mexicain.»

«"Ostie de plote importer [sic]. Ma [sic] te tirer, cris [sic] de chienne.": ces phrases horribles ont toutes été proférées récemment à l’égard de femmes québécoises prenant la parole.»

«Dans l’entente que nous a laissée le gouvernement Anglade [sic], il n’y a rien!» — François Legault, premier ministre

L’utilisation du mot «sic» entre parenthèses ou entre crochets est rarement indispensable. Les guillemets sont souvent suffisants. Pour ma part, lorsque je trouve une erreur dans une citation, je préfère la corriger si, évidemment, cela ne change pas la réalité. Les journalistes ne sont pas tenus de rapporter les propos mot à mot, tant qu’ils ne les déforment pas.

Même qu’ils s’emploient généralement à faire passer la langue orale à un niveau plus soutenu, comme l’exige l’écrit. Ceux qui se plaignent d’être mal cités ne soupçonnent pas toujours le nombre de fois où ils ont été mieux cités.

Mais il peut arriver que citer quelqu’un avec ses erreurs ou ses couleurs de langage soit pertinent, surtout si ce quelqu’un est censé être éloquent. 

                                                                                                                                                                                                                                                          ***

 «Tout le monde dit "réouvrir". Pourtant, "rouvrir" peut et doit aussi être utilisé. Pouvez-vous éclairer vos lecteurs, s’il vous plaît? (Louise Davis, Sherbrooke)»

 

Cette faute est si compréhensible, écrivais-je dans ma chronique du 12 juin 2009. Pourquoi, en effet, accepte-t-on le nom «réouverture», mais pas le verbe «réouvrir»? D’autant plus que «réapprendre», «réajuster», «réanimer», «réécrire», «réemployer» sont toujours dans le dictionnaire, même si les formes «rapprendre», «rajuster», «ranimer», «récrire» et «remployer» sont plus concises.

Paul Dupré, dans son «Encyclopédie du bon français dans l’usage contemporain», énonce qu’«il est évidemment peu logique que l’on dise "rouvrir" alors que l’on ne dit pas "rouverture", et que l’on dise "réouverture" alors que l’on ne dit pas "réouvrir". Mais cet illogisme est trop bien ancré dans l’usage pour qu’on puisse le supprimer. On condamnera donc "réouvrir", "réouvert"».

Il m’est d’avis que les Français ont davantage «usé de l’illogisme» que nous, car le réflexe de dire «réouvrir» et «réouvert» est encore très fort au Québec. Y a-t-il un réformateur dans la salle? 

Perles de la semaine

Les finalistes pour la Coquille d’or 2019 de La Tribune, la suite.

«Elle était assoiffée et elle avait soif.»

«Une date doit être trouvée dans un délai déraisonnable.»

«Des prestations musicales viendront aussi ajouter à l’ambiance. Jean Beaudoin lui-même chantera pour accompagner sa guitare.»

«C’est devenu épouvantable, souligne l’homme de 69 ans, éducateur physique de profession et cinquième dame en judo [dan].»

«"Les noones" en spectacle au Théâtre la Marjolaine [nonnes].»

 
Questions ou commentaires? Steve.bergeron@latribune.qc.ca.