Le premier ministre Justin Trudeau a incarné le changement en raison de son âge et de son image d’ouverture. Or, il a laissé bien des gens sur leur faim, notamment en matière d’environnement et sur les questions éthiques, après avoir accepté un voyage sur l’île privée de l’Aga Khan en 2016.

Je change, tu changes, nous changeons...

CHRONIQUE / Ah le changement! Ciel qu’on nous en parle lorsqu’approchent les campagnes électorales. Nous n’y échapperons pas en cette année électorale au provincial et préélectorale au fédéral. On va donc vous en promettre du changement, que vous en vouliez ou non. François Legault se posera en champion du renouveau, tandis qu’à Ottawa, Justin Trudeau tentera de démontrer que le changement promis aux élections de 2015 est au rendez-vous, et pas seulement dans le cannabis.

À Québec, il faudra attendre le budget, en mars, pour savoir si le gouvernement Couillard a d’autres surprises monétaires dans sa besace. Mais depuis les cadeaux annoncés à l’occasion de la mise à jour économique de novembre, on voit mal comment le ministre des Finances Carlos Leitão pourrait en rajouter.

Le plus grand défi de Philippe Couillard sera donc de nous faire prendre conscience que même si son parti a été au pouvoir presque sans arrêt depuis 2003, son gouvernement termine un premier mandat et peut toujours incarner le changement. Qu’on l’aime ou non, ce gouvernement laissera sa marque dans plusieurs domaines, dont la Santé et les finances publiques. Mais c’est de futur qu’on voudra entendre parler. Et on attend toujours le plan concret du «nouveau Québec» promis par le premier ministre.

Le défi de François Legault est différent. Les gens ont besoin d’espérer et de croire, en politique. Promettre le changement est une chose, mais encore faut-il offrir une vision crédible et emballante de l’avenir. Sa position dans les sondages aidera M. Legault à recruter de bons candidats, mais la majorité lui échappera s’il est incapable de convaincre l’électorat. Or, comme on l’a vu sous Pauline Marois, diriger un gouvernement minoritaire est périlleux.

Quant à Jean-François Lisée, il doit d’abord redresser le navire péquiste dans les sondages s’il veut sa place dans le débat public.

L’IMAGE AVANT LE CHANGEMENT

Le questionnement est différent à Ottawa. Justin Trudeau a promis et incarné le changement. Mais a-t-il «livré»? Sur la forme oui, mais sur le fond, ce n’est pas évident. La légalisation du cannabis n’est pas la transformation promise par les libéraux fédéraux aux élections de 2015.

Justin Trudeau a incarné le changement à cause de son âge et de son image d’ouverture comparée au dogmatisme de Stephen Harper. Ses positions sur les changements climatiques, les migrants, les autochtones, la justice et le cannabis étaient celles de sa génération, celle des leaders de demain. Tout comme Emmanuel Macron en France d’ailleurs. Ce nouveau leadership a fait l’envie un peu partout sur la planète, pendant que celui de Donald Trump faisait la honte des Américains.

Mais ce jeune premier ministre, accueilli comme une rock star à l’étranger, a laissé bien des gens sur leur appétit, notamment sur les questions environnementales. Et plus encore, M. Trudeau a déçu sur les questions éthiques après avoir accepté un voyage sur l’île privée de l’Aga Khan en 2016. L’exemple doit venir d’en haut. Comment pourra-t-il, dorénavant, punir les manquements à l’éthique de ses ministres et députés?

Contrairement à son prédécesseur, Justin Trudeau a su montrer de la compassion. Mais il ne suffit pas de verser des larmes et de présenter des excuses pour démontrer du leadership.

Qu’on l’aime ou non, le gouvernement Couillard affiche une feuille de route considérablement plus élaborée que celle du gouvernement Trudeau. Mais le gouvernement Couillard est perçu comme un vieux régime, alors que celui de Justin Trudeau offre encore une image de renouveau. Tout est dans la perception, mais en politique, c’est la perception qui fait la différence.