Les cofondateurs de Dégustabière Nicolas Ratthé et Jonathan Rondeau-Leclaire.

Jasons bière

CHRONIQUE / La scène se déroule chez moi, à la fin de l’été qu’on n'a pas eu, sur la terrasse autour du feu allumé très tôt pour accumuler la braise sur laquelle je prépare la paëlla annuelle. Au standing bar improvisé pour l’occasion, y a Zach, Phil et Math qui me jasent bière. Ça ne parle pas de la dernière brosse. Non. Ça jase avec un enthousiasme dément amertume, brassage, goûts, IPA, bières non filtrées, essais maison et micros préférées.

J’essaie d’imaginer cette même scène il y a 30 ans, avec des amis, quand j’avais l’âge du plus jeune de ces trois gars-là.

Impossible, on oublie ça.

Cette passion véritable de la bière, elle est relativement récente au Québec. Mais elle est contagieuse, elle déferle sur chaque région au gré des lieux anciens convertis en microbrasseries, des bières aux personnalités colorées qui s’incrustent dans le paysage et dans les habitudes.

Ça se passe partout, en Estrie aussi, depuis la fin des années 1980 où le Lion’s de Lennox a lancé le bal, mais plus encore depuis une dizaine d’années, âge vénérable d’ailleurs du Siboire qui déverse ses bons soins à Sherby et Montréal désormais.

On a d’ailleurs lancé la semaine dernière au Boquébière la version Cantons-de-l’Est du Passeport en fût, heureuse idée importée de la métropole qui permet de voguer de micro en micro pour y goûter les incontournables.

L’autre façon, pas nouvelle celle-là non plus, c’est Dégustabière, dont c’est depuis jeudi la cinquième édition au sous-sol de la cathédrale St-Michel.

Disons-le tout de suite, ce n’est pas une beuverie là non plus. En fait, ça ressemble beaucoup à mes trois gars qui me jasent bière, sauf que là, on ne bouffe pas ma paëlla mais plutôt les créations de huit chefs de la région qui ont répondu au défi. C’est comme ça que tu te retrouves à marier la Doble Mango de Simple Malt avec la salade de pickle de melon d’eau de Jonathan Perreault ou une inspiration allemande de Vrooden avec le braisé de bœuf à la tire d’éponge de Jasmin Vallières.

De la bouffe, donc, mais surtout de la bière, dont la Dégustapop bêta créée par les organisateurs et brassée au Siboire pour l’occasion, un truc où on a ajouté de la poire et du poivre, et qui laisse d’ailleurs un doux piquant sur le bout de la langue et un joyeux sourire aux lèvres.

Un peu comme une jasette avec Nicolas Ratthé et Jonathan Rondeau-Leclaire, cofondateurs de l’événement au lendemain du Festibroue qui avait tourné un peu court.

« On s’est dit qu’il fallait repartir de là, créer quelque chose », raconte Nicolas, propriétaire du Vent du Nord qui tenait à cette époque et en ce haut lieu de bières importées des dégustations dominicales afin d’ouvrir les horizons de sa clientèle.

« Dégustabière, ça nous permettait de rejoindre du nouveau monde, de parler à des non-convertis, d’élargir la palette de gens déjà convertis, mais en en faisant en plus une rencontre de saveurs et un événement social », note Ratthé.

Un événement où on la goûte, mais où on en parle aussi, par le biais de conférences, d’ateliers, de jeux, mais de rencontres aussi avec des tripeux.

« On peut circuler sans fin pour goûter de nouveaux produits, mais on peut surtout jaser avec les brasseurs et les participants, note Jonathan Rondeau-Leclaire, aussi président du Dégustabière. C’est une rencontre de plaisirs avant toute chose. »

Un peu comme une paëlla sur le feu, avec des amis, des tripeux, pis une bonne bière qu’on savoure en riant.

Et ça se passe jusqu’à samedi soir, et on trouve les modalités sur degustabiere.com