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Julie Myre-Bisaillon
Collaboration spéciale
Julie Myre-Bisaillon
Que peut-on dire de ces annonces budgétaires en éducation faites jeudi par le ministre des Finances, Éric Girard? Que ça tourne en rond.
Que peut-on dire de ces annonces budgétaires en éducation faites jeudi par le ministre des Finances, Éric Girard? Que ça tourne en rond.

J’ai faim ( la valse du ministre et de ses millions )

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CHRONIQUE / Le Gouvernement du Québec a présenté son budget jeudi. Des mesures ont été annoncées en éducation. En marge d’un sommet sur la réussite, qui aura finalement lieu à huis clos, ce qu’on comprend donc, c’est que les mesures sont décidées et qu’elles seront discutées lors de ce sommet. Je doute qu’il y ait place à autre chose. On invite des groupes à rédiger des mémoires, peut-être à les présenter. Je dis peut-être parce qu’on ne connait pas la liste des invités. Mais les mesures ont été annoncées jeudi. Et des gens ont écrit des mémoires. Je suis étonnée de ce huis clos. Déçue des raisons évoquées.  

Maintenant, que peut-on dire de ces annonces budgétaires en éducation? Que ça tourne en rond. Et j’ai beaucoup de « comment » qui émergent dans mon esprit. Je pourrais faire un texte de fond sur chacun de ces « comment », mais j’ai plutôt envie d’y aller en rafale. Dans les semaines qui viendront, je pourrai reprendre ces idées en fonction des réponses que nous aurons… ou pas. 

Des millions pour valoriser la profession. Il me semble que ça fait longtemps qu’on en parle. Que tout le monde en parle. Alors que les conventions collectives sont ouvertes, c’est insultant pour les enseignantes et les enseignants. Tant que les conditions de travail ne seront pas revues en profondeur, ce sera difficile de valoriser ce travail pourtant ô combien essentiel. Les sommes annoncées ne semblent pas récurrentes. Elles vont servir à quoi? Comment le Gouvernement va-t-il s’y prendre pour valoriser une profession qui ressemble à un bateau qui prend l’eau de tous bords, tous côtés. 

Dans ces mêmes millions, on souhaite former davantage d’étudiantes et d’étudiants en formation des maîtres. OK. Mais tant, encore une fois, que les conditions de travail ne seront pas revues en profondeur, ce sera difficile de former davantage d’étudiantes et d’étudiants. Ces nouvelles conditions seront la base de l’attractivité de la profession.

Aussi, si on veut former plus d’étudiantes et d’étudiants, mais j’ajouterais former mieux, ça va prendre des investissements majeurs dans les facultés d’éducation pour, notamment, l’embauche de profs et le transfert des résultats de recherche en éducation, dans les programmes de premier cycle. 

Des millions, vraiment beaucoup de millions pour un programme national de tutorat et d’aide aux devoirs. On annonce donc la continuité d’un programme qui n’est même pas encore complètement en place. Et dont on ne connait pas les retombées. J’ai déjà questionné ce programme dans une autre chronique et je vous ai déjà parlé des devoirs et des leçons. Je n’aime pas les devoirs, surtout pour des élèves en difficulté. Ce type de mesure, donc, n’amènera pas de changements en profondeur (qu’on aurait pu discuter publiquement lors d’un sommet par exemple, désolée pour l’ironie), mais continuera de promouvoir des pratiques dépassées. Ça peut être utile un tuteur en dehors des classes, pour donner un coup de main. Mais ça ne changera pas l’école de l’intérieur. Et je pensais (probablement naïvement) qu’on était rendus là. Soupir. 

L’ouverture de 150 classes spéciales. J’ai un malaise. Au Québec, il y a plus de 20 ans qu’on a fait le choix de l’intégration scolaire. Est-ce qu’on est en train progressivement de revenir sur ce choix de société? À qui s’adresseront ces classes? Je comprends que l’hétérogénéité des classes actuelles est un réel défi pour les enseignants, mais il y a deux questions (entre autres) que ça soulève. La première est notre rapport à la norme. Complexe à aborder ici. La seconde est celle de la formation des maitres au primaire et au secondaire. Actuellement, les cours offerts aux futures enseignantes et futurs enseignants des élèves du primaire et du secondaire, pour favoriser l’intégration scolaire, sont davantage axés sur les caractéristiques des élèves, mais les modèles d’adaptation de l’enseignement, les questions de contextes difficiles d’enseignement, sont rarement intégrés aux cours de didactique. Parce que les spécialistes de l’adaptation scolaire interviennent davantage dans les formations dédiées aux futures enseignantes et futurs enseignants en adaptation scolaire. 

L’amélioration des services de garde en milieu scolaire. C’est une excellente nouvelle. La reconnaissance du travail des éducatrices en service de garde en milieux scolaires, il était temps. Mais si cette mesure est intéressante sur le fond, elle soulève aussi des enjeux. On souhaite réduire les ratios pour les éducatrices qui accueilleront les enfants de maternelles 4 ans, mais on ne touche pas au ratio dans la classe. C’est étrange.

Il faut aussi rappeler qu’il y a un manque d’éducatrices, tout comme un manque d’enseignantes et d’enseignants en ce moment dans tout le réseau. Réduire les ratios demandera d’un côté plus de personnel, mais permettra peut-être d’améliorer les conditions de travail. 

Enfin, 100 $ aux étudiants qui font des sessions complètes au cégep et à l’université : gaspillage de fonds. Ce n’est pas sérieux. C’est un nanane. Ça ne changera pas la situation des étudiantes et des étudiants qui vivent dans la pauvreté.  

J’oscille entre la hâte de voir la suite et l’inquiétude. Il y a des sommes considérables sur la table. 

Mais j’ai faim.