Le chef de la CAQ, François Legault, a manifesté son intérêt pour le projet de serres de cannabis de 200 M$ à Weedon en faisant halte dans cette municipalité. Avec son épouse Isabelle Brais, il s’est entretenu avec le maire Richard Tanguay en présence de son candidat dans Mégantic, François Jacques.

Jab, jab, crochet

Les Estriens occuperont décidément des sièges de choix jusqu’à la fin de la présente bataille électorale. Après les échanges musclés de la semaine dernière, François Legault a relancé les hostilités en reprochant au premier ministre sortant de se montrer trop frileux à l’égard de la production de cannabis, notamment envers le projet de 200 M$ en phase de démarrage à Weedon.

Annoncée dans son agenda comme simple « dîner militant », la halte que le chef caquiste a effectuée mardi midi au restaurant Le Moulin s’est avérée l’occasion d’un échange devant les caméras avec le maire de Weedon, Richard Tanguay.

Ce geste de M. Legault visait en même temps à promouvoir les intérêts de son candidat local, François Jacques, qui affronte le préfet de la MRC du Haut-Saint-François, Robert Roy, candidat libéral dans la circonscription de Mégantic.

En juin, M. Roy s’était déclaré « déçu et avait même jugé difficilement compréhensible » que le gouvernement Couillard n’ait pas délégué de représentant politique de haut rang lors du lancement des travaux des premières serres de la compagnie MYM Neutraceuticals devant produire d’ici la fin de l’année les plants qui seront soumis aux autorités fédérales pour fins d’approbation.

En entrevue, François Legault a enchaîné une combinaison jab, jab, crochet.

« Les besoins dépassent le gros coup de pouce ayant été apporté à la communauté de Lac-Mégantic à la suite de la tragédie ferroviaire. Le retard de 10 % de l’Estrie au niveau des salaires est encore pire dans la circonscription de Mégantic, où l’écart atteint 19 % par rapport à la moyenne du Québec. Ça prend plus d’entreprises manufacturières du calibre de Bestar et de Tafisa.  

« Je n’aime pas la consommation de cannabis chez les jeunes, mais elle deviendra légale d’ici quelques semaines. D’ailleurs, ce volet n’a rien à voir puisque ce projet est orienté vers le cannabis thérapeutique. Il est temps qu’on cesse d’être frileux et qu’on devienne cohérents pour retirer les bénéfices d’un projet privé de 200 M$ dans un milieu dévitalisé comme Weedon », a déploré le chef caquiste.

« Au moins, les tabous commencent à tomber. Il faut continuer à dissiper la confusion et faire reconnaître l’importance des retombées fiscales qui, pour le gouvernement du Québec seulement, seraient de l’ordre de 30 M$ par année. J’aimerais ça qu’on m’accorde seulement la moitié de ce montant pour faire du développement… » a réagi positivement le maire Tanguay.

Les voies routières menant au futur complexe de production de cannabis sont inadéquates. Des pourparlers sont engagés avec la voirie provinciale pour restaurer la route 257 ayant été cédée aux municipalités il y a 25 ans. Celles-ci n’ont pas les moyens pour l’entretenir adéquatement.

Des déboursés de l’ordre de 5 M$ seraient également nécessaires pour paver le rang 2, le chemin secondaire le long duquel des serres totalisant 1,5 million de pieds carrés doivent être déployées.

Le préfet Roy ne se formalise de l’initiative caquiste. 

« On passait pour des illuminés au départ avec le projet de Weedon. Que M. Legault vienne se faire un peu de capital politique, ça ne me dérange pas. Au contraire, il accrédite ainsi nos prétentions. D’autre part, il y a eu des rencontres auxquelles j’ai participé. Il est donc faux d’insinuer que le gouvernement n’a rien fait » commente le candidat libéral.

Dans une entrevue accordée à La Tribune au lendemain de la cérémonie protocolaire du début de l’été, le premier ministre Couillard avait assuré les investisseurs ainsi que les acteurs régionaux de son entier appui.

M. Couillard aura l’opportunité d’élaborer en cours de journée puisqu’il revient une fois de plus à Sherbrooke, notamment pour participer à une table éditoriale à La Tribune. Vendredi dernier, le chef libéral a procédé à une annonce provinciale à la Maison Caméléon du secteur Rock Forest.

Deux visites d’un chef de gouvernement à Sherbrooke en cinq jours, à mes souvenirs, c’est du jamais vu en période électorale. Même pas les fois où Jean Charest, alors premier ministre, a été en danger comme député dans sa circonscription et même en 2012, l’année où il a été renvoyé par les électeurs sherbrookois.

François Legault ne s’en cache pas lui non plus : il veut s’emparer de l’Estrie et il viendra se battre aussi souvent que nécessaire d’ici le 1er octobre pour gagner ces votes fort convoités cette année.