Sandra Pronovost a décidé de relever le défi Zéro déchet avec sa famille: Xavier, Ophélie, Médéric et Benoit Pruneau, le père des enfants. Zoé était absente au moment de la photo.

Une famille, une poubelle, un défi

CHRONIQUE / Comme dans bien des chaumières, il y a deux poubelles dans la cuisine de Sandra Pronovost. L’une pour les matières recyclables, l’autre pour ce qui ne l’est pas. Elle soulève les couvercles. Le récipient à déchets n’a jamais été aussi peu rempli que maintenant. Bravo. Mais avant d’aller aux nouvelles de celle qui a convaincu sa famille de relever le défi Zéro déchet, parlons de... vie de couple et de séparation à l’amiable.

Benoit Pruneau est également présent à cette rencontre en pleine heure de souper. Il s’est également fixé comme objectif de revoir ses habitudes de consommation et de réduire le plus possible son empreinte écologique. 

Pourquoi je vous parle de Benoit alors qu’il habite dans un petit logement à deux pas de ce chaleureux bungalow de Trois-Rivières? 

Benoit est l’ex de Sandra, le père de leurs quatre enfants: Xavier et Ophélie, les jumeaux de 18 ans, Médéric, 14 ans, et Zoé, 12 ans

Sandra vit avec les enfants. Benoit leur rend visite comme bon lui semble, c’est-à-dire souvent. Un mardi soir, un samedi après-midi, peu importe. Il a la clé, il est le bienvenu.  

Séparés depuis douze ans après neuf ans de mariage, Benoit et Sandra se partagent depuis deux ans «la maison des enfants». Ces ex-conjoints ont trouvé cet arrangement pour éviter à leur progéniture de faire constamment le va-et-vient entre eux.

«Avec quatre enfants, on n’a pas le choix de bien s’entendre», soutient Benoit comme si ça allait de soi. «Nous sommes deux enfants du divorce. Notre priorité était que nos enfants ne souffrent pas de notre séparation», explique Sandra qui est libre de rester ou de partir quand l’ex vient faire son tour.

Sur ce, je regarde Ophélie pour savoir ce qu’elle pense de la relation de ses parents. «C’est cool», sourit la jeune femme qui vit en appartement où sa poubelle de cuisine est également soumise à un régime minceur.

Au dire de Sandra, «c’est un peu la faute» de sa fille aînée si ses parents, ses deux frères et sa soeur passent maintenant leurs ordures au peigne fin. Depuis longtemps, la protection de l’environnement fait partie des valeurs d’Ophélie, une végétarienne qui ne s’achète que des vêtements usagés et qui donne une deuxième vie aux objets destinés aux vidanges.

Petit à petit, la jeune femme a semé des graines autour d’elle, de sorte que depuis octobre, les Pronovost-Pruneau sont au nombre des 30 foyers de Trois-Rivières qui participent au défi Zéro déchet. Offert en collaboration avec la Démarche des premiers quartiers et l’organisme La Brouette, cet accompagnement est d’une durée de huit mois. 

En riant, Sandra précise qu’elle préfère parler d’un «processus» que d’un défi. Ça lui enlève un peu de pression. L’idée d’être outillée tout au long de ce cheminement de groupe l’a également motivée à se lancer dans l’aventure. 

La mère de famille a traversé une dépression au cours de la dernière année. Sandra cuisinait peu, achetait des sandwiches au dépanneur et se laissait trop souvent attirer par la bouffe du resto. 

«À part que de me servir de sacs d’épicerie réutilisables, je ne faisais pas grand-chose pour le Zéro déchet», dit-elle en toute franchise. 

La prise de conscience est venue en septembre, lors d’une activité de nettoyage des berges du lac Saint-Pierre, à Sorel. «On a ramassé une vingtaine de sacs de déchets…» 

Sandra croit beaucoup en la théorie des petits pas. «Qu’est-ce qu’on peut faire qui est faisable d’être fait?», a-t-elle demandé à son monde avant d’ouvrir les portes du réfrigérateur et du garde-manger, deux usines à détritus lorsqu’on ne regarde pas assez souvent ce qui s’y cache.  

Ici comme ailleurs, trop d’aliments périmés finissaient par se retrouver dans la poubelle. 

Atteinte du syndrome de l’écureuil, Sandra achetait fruits et légumes en grande quantité et de toutes les variétés sauf qu’au final, seules les pommes et les bananes trouvaient preneurs. Les aliments défraîchis prenaient la direction de la poubelle, tout comme les restants moins populaires que le pâté chinois. Gros gaspillage.

Avant de se rendre à l’épicerie avec leurs propres contenants pour les achats de viande et de poisson, Sandra et Benoit s’assurent aujourd’hui d’acheter ce qui va réellement se manger, tout comme de trouver une recette pour utiliser cette conserve de lait de coco oubliée depuis un an dans le garde-manger. 

Le défi Zéro déchet, ça commence comme ça, en faisant d’abord l’épicerie chez soi.

Sandra et Benoit privilégient le lait en bouteille de verre et consignée, confectionnent des sacs à fruits avec des vieux rideaux, optent pour l’achat en vrac et la fabrication de produits écologiques d’entretien ménager. 

Le compostage? Prévu au printemps. «On a déjà nos feuilles mortes!», souligne Benoit qui adopte un mode de vie minimaliste, notamment en habitant à cinq minutes à pied de son travail. 

Du même souffle, il suggère qu’on s’inspire davantage du grand-père qui se donnait la peine de réparer un objet avant de le jeter, ou de la grand-mère qui faisait son bouillon avec la carcasse du poulet. Bien meilleur que celui, en poudre, dans le contenant en plastique. 

Comme dirait Ophélie, des idées, des trucs et des solutions, il en existe plusieurs lorsqu’on se donne la peine de faire preuve de créativité. Les résultats sont remarquables chez les Pronovost-Pruneau. Sandra confirme... «Avant, on vidait la poubelle chaque soir. Maintenant, on peut attendre trois ou quatre jours.»

Ophélie écoute l’un et l’autre de ses parents qui disent faire de leur mieux. La fierté se lit sur son visage. Ces deux ex sont faits pour s’entendre. Ils posent des gestes concrets pour la planète, avec et pour leurs enfants.