Martin Lauzon, alias JMR Martin, est l’auteur de la biographie D’immigrante à millionnaire/Maria Meriano, reine du Tupperware (aux éditions L’Apothéose).

La millionnaire du Tupperware

CHRONIQUE / Quand je fouille dans les armoires de cuisine de ma mère, je m’étonne chaque fois d’y trouver quelques vestiges de mon enfance: des contenants Tupperware.

Nous sommes dans les années 70. J’ai autour de 8 ans. Je reviens dîner à la maison avant de retourner à l’école. Ma mère m’attend. Elle a sorti deux plats – un rond et un rectangulaire - du réfrigérateur couleur beige avec des poignées en imitation de bois.

Je lève les couvercles et découvre avec ravissement «un reste» de macaroni à la viande et, comble de joie, une portion de son gâteau blanc avec un glaçage au sucre à la crème. Je salive déjà.

Le bonheur n’est pas toujours là où on le cherche. Il se trouve parfois dans la bouffe que ta mère a préparée et conservée dans des récipients de plastique indémodables et garantis à vie.

En 2019, les produits Tupperware n’ont rien perdu de leur popularité. Au Québec en tout cas. Maria Meriano en est la preuve. Le chiffre d’affaires de son centre de distribution Les diamants atteint les 20 millions $.

Mea culpa. Je n’avais jamais entendu parler de cette entrepreneure avant de rencontrer Martin Lauzon qui la compare aux Steve Jobs (Apple) et Bill Gates (IBM) de ce monde. Rien de moins.


« Maria dit toujours: «Vise le plus haut sommet et tu seras surpris de voir à quel point tu es capable de l’atteindre.» »
Martin Lauzon, auteur de «D’immigrante à millionnaire/Maria Meriano la reine du Tupperware»

Comme eux, celle qui est née en Italie avant de grandir à Montréal est partie de rien et s’est enrichie à force de travail acharné.

Son histoire nous est racontée dans le livre D’immigrante à millionnaire/Maria Meriano la reine du Tupperware. Également connu sous le nom de JMR Martin, l’auteur de la Mauricie Martin Lauzon signe cette biographie de 400 pages.

«Les gens qui rencontrent Maria seulement cinq minutes voient en elle une personne d’un magnétisme incroyable. Sa mentalité est de faire tout avec amour et respect, mais le pied au fond. Maria dit toujours: «Vise le plus haut sommet et tu seras surpris de voir à quel point tu es capable de l’atteindre.»

L’épouse de Martin adhère à cette philosophie. Elle a abandonné sa profession d’enseignante au secondaire pour se consacrer entièrement à son travail de directrice Tupperware. Pas mal plus payant, au dire de celui qui avait quelques romans à son actif lorsqu’il a croisé Maria Meriano dans les bureaux de sa franchise.

«Un jour, il faudrait que tu écrives sur ma vie», lui a-t-elle dit.

L’écrivain l’a prise au mot. Pendant un an, il a suivi cette femme d’affaires qu’il décrit avant tout comme une dame de cœur.

La petite Maria avait 8 mois lorsque ses parents ont quitté l’Italie pour immigrer au Québec, en 1965. Peu instruits, ces derniers sont débarqués à Montréal avec une seule valise, quelques dollars en poche et le désir profond de réaliser leur rêve américain. Ils travaillaient du matin au soir pour s’en rapprocher. Un an après leur arrivée, le couple achetait sa maison en argent comptant.

Maria était une fillette de 6 ans lorsque sa mère, couturière en usine, s’est gravement blessée à la main. Adelina était en convalescence dans son salon lorsque le destin prénommé Ginette a sonné à sa porte.

«Bonjour! Je vends des Tupperware.»

Ça a cliqué entre les deux femmes, si bien que la maman italienne a voulu entrer dans les cuisines pour vendre à son tour des articles qui ne se trouvent pas en magasin. Comme son anglais était «so-so», elle se faisait accompagner dans l’ouest de la ville de sa petite fille qui pavait la voie d’un charmant «Hi! Tupperware!»

Martin Lauzon me raconte qu’en une année, Adelina a réussi à atteindre le sommet des meilleures gérantes au pays. Elle et son mari Michelangelo se sont vu offrir un centre de distribution qui s’est également hissé à la tête des plus performants en Amérique du Nord.

Maria avait 18 ans lorsque sa mère lui a demandé de la remplacer au pied levé pour une démonstration. L’essayer, c’est l’adopter. La jeune femme n’a plus jamais arrêté et comme Adelina, elle n’a pas mis de temps à mériter le titre de la meilleure conseillère au Canada et à devenir la plus jeune propriétaire d’une franchise qui se dit toujours numéro un en Amérique du Nord.

«Maria est une très bonne vendeuse sans presque parler du produit», me fait remarquer Martin Lauzon en précisant qu’elle entretient davantage son auditoire sur l’importance de manger sainement et de faire des économies. Ça commence par des recettes cuisinées à la maison avec, bien entendu, des plats réutilisables Tupperware.

«Fais tout toi-même!», répète celle qui, même millionnaire, réserve son dimanche pour cuisiner ses repas de la semaine qu’elle partage aux collègues du bureau.

«Maria est une femme humble et extrêmement généreuse.»

Pour son biographe, le succès de Maria Meriano est le fruit de sa persévérance malgré les embûches rencontrées sur sa route.

«C’est quoi ton objectif? Alors Go!», dit-elle aux représentantes qui lui demandent conseil.

J’écoute Martin me vanter les qualités de communicatrice de Maria Meriano, sa capacité de motiver ses troupes en tenant le discours «Crois en toi. T’es capable!»...

Il n’y a pas un peu de pensée magique dans tout cela?

«Une pensée magique sans action est inutile», me corrige Martin Lauzon qui affirme: «Maria vend son énergie et les gens la suivent. Elle est un aimant!»

Ça donne clairement des résultats.

En 2007, le volume de ventes au centre de distribution Les diamants a été de 1,8 million $. Ce chiffre d’affaires était de 22,4 millions en 2017. Le nombre de directrices à ses côtés est quant à lui passé de trois à 86 en dix ans.

La recette de cette reine du Tupperware est simple au fond, révèle Martin Lauzon: «Son cerveau est toujours en mode travail, mais Maria dit toujours à ceux qui veulent bien l’entendre qu’elle fait uniquement ce qu’elle aime.»