Roxanne Dupont, 18 ans, et son fils Éloïk, 13 mois.

Éloïk, le plus beau cadeau de Roxanne

Peu importe comment la question lui est posée, Roxanne Dupont ne veut pas de cadeau du père Noël cette année.

«J’ai besoin de rien. J’ai déjà tout ce qu’il me faut. Ça se voit.»

Entre deux brassées de lavage, elle a pris le temps de faire des muffins dont la bonne odeur parfume le logement. Quelques boîtes emballées joliment sont déjà sous le sapin protégé par une barrière. Plus sage ainsi. Deux petites mains curieuses pourraient s’en donner à cœur joie avant le temps. 

Parlant du loup, Éloïk, 13 mois, avance vers sa mère d’un pas mi-assuré, mi-hésitant. Les deux s’esclaffent. Elle n’a d’yeux que pour lui. 

Roxanne aura 19 ans à la fin du mois de janvier, mais pour le moment, elle a toujours 18 ans et en avait 17 au moment de donner naissance à son fils. C’est la première fois qu’on se rencontre même si j’ai déjà raconté une parcelle de son histoire.

Roxanne Dupont, 18 ans, et son fils Éloïk, 13 mois

Dans une chronique publiée à pareille date l’an dernier et intitulée «Cher père Noël, j’aimerais...», Roxanne portait le prénom de «Jessica» pour préserver son identité. La maman ado avait accepté que je m’inspire de sa longue lettre écrite à la main quelques semaines seulement après avoir accouché comme une grande fille d’un petit garçon.

«Je suis seule à m’occuper de lui, mais je l’aime tellement que ça m’est égal et je compense pour deux, trois ou plus. Je lui donne tout l’amour que je peux», avait-elle révélé au mythique personnage avec toute la volonté de croire en sa magie.

Coordonnée par la Direction de la protection de la jeunesse, l’Opération père Noël permet à des enfants et à des adolescents de recevoir un cadeau le 25 décembre, parfois le seul qu’ils auront le bonheur de déballer. Issus d’un milieu qui n’a pas nécessairement l’esprit aux réjouissances, ces jeunes sont démunis dans tous les sens du terme.

Placés pour la majorité en famille d’accueil ou dans des centres de réadaptation, ils sont invités à rédiger une liste de souhaits que des pères et mères Noël se font un plaisir d’exaucer dans un total anonymat. Il s’agit en réalité d’employés des différents CIUSSS de la province auxquels s’ajoutent des personnes touchées par la cause qui s’étend aux participants du Programme qualification des jeunes.

Ces gars et ces filles ont entre 16 et 19 ans. Ils sont sur le point de voler de leurs propres ailes ou viennent tout juste de quitter l’endroit qui faisait office de bercail. Leurs parents sont rarement dans le portrait pour les encourager à prendre leur élan, volatilisés depuis longtemps.

L’an passé, vous avez été nombreux à donner suite à la lettre de Roxanne, alias Jessica, sans oublier Yanick et Shanny (prénoms fictifs) qui avaient également pris le temps de poster une lettre au pôle Nord.

Un pied dans l’adolescence, l’autre dans l’âge adulte, ces grands enfants partaient de rien et avaient besoin de tout.

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« Éloïk est un bébé surprise, la plus belle chose qui soit arrivée à Roxanne même si les premiers mois ont été difficiles »
Roxanne Dupont

Roxanne Dupont ne pourra jamais oublier l’anniversaire de ses 13 ans. Elle a passé la nuit au poste de police avant de débarquer dans une famille d’accueil. Ce n’était pas le cadeau de fête espéré, mais la jeune fille a néanmoins éprouvé un certain soulagement.

C’est une enseignante à qui elle s’était confiée qui a fait un signalement au directeur de la protection de la jeunesse. Les détails n’ont pas à être dévoilés ici, sinon de mentionner que la sécurité de l’élève était gravement compromise et qu’il fallait la sortir de chez elle.

Je ne sais pas si c’est parce que Roxanne a été abandonnée à elle-même par le passé, mais elle fait preuve d’une maturité qui n’étonne plus Réjean Lecours, un intervenant de Shawinigan qui aide les jeunes de la DPJ à se préparer à la vie autonome.

«Quand Roxanne a de quoi en tête...», sourit l’homme en parlant de celle qui n’a pas mis de temps à prouver qu’elle pouvait prendre ses responsabilités.

Le jour où l’adolescente de 15 ans a annoncé que c’en était fini de l’école, c’est parce qu’elle avait déjà déniché un boulot. Lorsque Roxanne s’est acheté une voiture, c’est parce qu’elle avait aussi les moyens de contracter une police d’assurance.

Quand elle est tombée enceinte à 17 ans, la future maman qui habitait en famille d’accueil s’est mise à la recherche d’un logement sans le dire à personne. Une fois trouvé, l’ado s’est tourné vers un avocat pour obtenir son émancipation. Comme ça, elle n’allait pas être obligée d’attendre ses 18 ans pour signer un bail, toucher des prestations d’aide sociale et s’occuper de son enfant à venir.

Éloïk est un bébé surprise, la plus belle chose qui soit arrivée à Roxanne même si les premiers mois ont été difficiles, notamment en raison des problèmes gastriques de son poupon.

Sans amoureux, grand-mère ou amie pour lui permettre de récupérer entre deux nuits blanches, elle a mis sa fatigue de côté pour s’assurer que son bout de chou ne manque de rien. 

L’an dernier, elle a écrit sa lettre au père Noël d’une seule traite, en s’excusant pour les fautes d’orthographe oubliées entre les biberons et les pleurs. Ému, un généreux donateur a fait en sorte que le nouveau-né soit approvisionné en couches pendant un an. 

«J’en reçois encore!», se réjouit celle qui promet un jour de redonner au suivant.

«Je t’ai trouvée tellement bonne, toute seule et sans vraiment de revenu. Tu n’as jamais démissionné!», la félicite Réjean Lecours.

La jeune femme n’a rien prévu de spécial pour le soir de Noël, sinon qu’elle s’amusera comme une enfant à regarder Éloïk découvrir les surprises que sa maman a préparées pour lui. Rien pour toi Roxanne?

«J’ai tout ce qu’il me faut!», assure-t-elle avant de servir un muffin à son bambin qui babille joyeusement.