Actualités

Inspiré par la mort de Jean-Claude

CHRONIQUE / Geneviève et Aline sont arrivées avec un bouquet de fleurs pour Mireille qui, de son côté, a sorti un pouding aux pommes directement du four. Si Jean-Claude avait été là, il s’en serait délecté aux côtés de Michel.

Les deux hommes auraient pu être des amis. Emmurés dans leur propre corps, mais l’esprit libre, ils auraient discuté de la vie et de la mort en regardant par la fenêtre avec vue sur un magnifique jardin. «Il a déjà été beaucoup plus fleuri. À mesure que je dégénérais, il s’est transformé en arboretum. C’est ma vie ce terrain. Chaque arbre et chaque arbuste a une histoire.»

Isabelle Légaré

Une vie avec les Atikamekw

CHRONIQUE / Joane Desaulniers avait 25 ans la première fois qu’elle est montée à bord du train et très honnêtement, la nouvelle enseignante n’avait aucune idée de l’endroit où on allait la faire descendre.

«Je pense que je n’avais jamais vu d’Amérindiens de ma vie.»

Chronique

Vouloir changer de sexe à 5 ans

CHRONIQUE / Mélody, 5 ans, a hâte d’avoir des seins et des bébés. L’enfant en parle beaucoup, tout comme revient souvent cette question: «C’est quand je vais me faire couper le pénis?»

Une fillette dans un corps de garçon. C’est ce qu’est vraisemblablement Mélody qui s’appelait Vyctor à la naissance. Ses parents se font tranquillement à l’idée. Ils ne peuvent plus ignorer les signes avant-coureurs reçus au cours des années et encore plus ces derniers mois.

Actualités

Les yeux dans les yeux

CHRONIQUE / Pour ses 18 ans, Lorie Allard a reçu Éric Lapointe en cadeau. Ça peut sembler curieux, présenté ainsi, et pourtant.

Le Petit Prince dirait: «On ne voit bien qu’avec le cœur. L’essentiel est invisible pour les yeux.»

Isabelle Légaré

Au gym en marchette

CHRONIQUE / Daniel Fortier ne va pas s’entraîner à reculons. Il entre plutôt au gymnase en se tenant fermement sur son déambulateur.

Jamais il ne lui viendrait à l’esprit de maudire la maladie imprévisible qui l’afflige. L’homme de 58 ans préfère, et de beaucoup, pédaler, lever des poids avec ses bras et ses jambes.


La sclérose en plaques ne l’empêche pas de bouger. Le moins possible en tout cas. En sa présence, difficile de se trouver une nouvelle excuse pour rester assis sur un divan.

«Quand j’arrive au gym, je fais du vélo stationnaire pendant une quinzaine de minutes. Ensuite, j’embarque sur les machines de musculation. Je prends des petites pauses de 90 secondes, pas plus. Je n’arrête pas pendant deux heures. Ça me fait tellement de bien!»

Et dire qu’au moment de recevoir le diagnostic, en 2004, un médecin lui avait fortement conseillé de cesser toute activité physique. «Tu manques d’équilibre. Il pourrait t’arriver un accident.»

Daniel l’a écouté jusqu’à ce qu’il réalise que c’est davantage l’inactivité qui était en train de lui faire perdre pied.

Les lundis, mercredis et vendredis, c’est sacré. Inutile de le chercher, il est toujours à la même place.

Le service de transport adapté se présente à sa porte pour le déposer devant celle du centre sportif World Gym, à Trois-Rivières.

Daniel Fortier ne passe pas inaperçu. Les habitués de l’endroit ne se gênent pas pour entamer la conversation avec celui qui, d’une fois à l’autre, se lève lentement de son déambulateur pour se tenir debout et forcer de tous ses membres.

«C’est motivant de te voir arriver avec ta marchette. Ça nous encourage à ne pas lâcher.»

Leurs paroles ont le même effet sur lui. «Ça m’encourage!» Beaucoup même.

L’autre jour, Daniel a vu quelqu’un s’exécuter avec la corde ondulatoire («battle rope»), un exercice qui consiste à reproduire un effet de vagues en bougeant rapidement les bras. Ça peut paraître facile à faire, mais ça ne l’est pas du tout. Les mouvements répétés et intenses font appel à l’endurance du haut du corps.

Daniel ne s’est pas laissé impressionner, demandant plutôt à l’essayer. Une courte vidéo de la scène a été diffusée sur les réseaux sociaux. Les réactions ont été unanimes. Le gars est un exemple à suivre.

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L’infirmière aux biceps d’acier

CHRONIQUE / L’infirmière n’a pas besoin de bras supplémentaires pour soulever et déplacer un patient cloué au lit. On fait plutôt appel aux siens pour prêter main-forte.

«On aime ça quand t’es là. C’est pratique!», lui disent parfois des collègues. Elle s’appelle Josée De Lachevrotière et la largeur de ses épaules ne laisse planer aucun doute. «Je m’entraîne pour devenir la femme la plus forte au Canada.» Elle est sur la bonne voie.

Isabelle Légaré

Changer de vie

CHRONIQUE / Partir là-bas pour tout recommencer à zéro. Jessie et Benjamin l’ont fait.

«Ce n’est pas possible! Vous êtes complètement fous! Vous possédez déjà ce que des gens mettent des années à avoir. Vous ne pouvez pas faire ça!»

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Le désordre dans tous ses états

La peur d’en manquer. C’est l’explication de Robert* qui fait tout en son pouvoir pour résister. Ce n’est pas facile, surtout lorsque l’objet convoité est à bas prix.

Son salon commence à être sérieusement envahi. Ce serait trop long de vous dresser la liste, mais les vêtements dominent, de même que les produits de nettoyage.

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Joliane et ses colocs

CHRONIQUE / «On nous a déjà amené un chien et un chat, mais moi, je préfère avoir une étudiante comme Joliane!»

Elle est drôle, Madame Gagnon. Marie-Ange de son prénom. C’est l’heure de la partie de cartes du jeudi soir avec ses compagnes habituelles, Pauline et les deux Thérèse assises l’une en face de l’autre. Elles font équipe. À l’étage au-dessus, Françoise, Jacqueline, Anna et Gisèle sont tout aussi concentrées à marquer des points. Il n’y a pas à dire, le 500 est populaire entre les murs de cette résidence pour aînés.

Une nouvelle voisine a récemment fait son entrée. Ici, on l’appelle «la p’tite» et on lui pardonne son manque d’expérience autour de la table. Il faut encore lui expliquer les règles du jeu, mais ça s’en vient. «Elle commence à être bonne!», la félicitent les gentilles dames. 

Joliane Plante a 20 ans. Elle habite dans cet immeuble, entourée de personnes dont la moyenne d’âge est de 82 ans. La jeune femme est l’heureuse élue d’un projet de cohabitation intergénérationnelle qui, jusqu’à preuve du contraire, n’existe nulle part ailleurs au Québec.

L’offre de la résidence Les Marronniers, à Trois-Rivières, n’est pas passée inaperçue à l’automne dernier, particulièrement sur les réseaux sociaux où l’attention de Joliane a également été attirée par ceci: loyer gratuit en échange de 40 heures de bénévolat par mois. Critère numéro un: démontrer de l’intérêt envers les aînés en s’intégrant à leur quotidien.

«J’aime les personnes âgées!», m’annonce-t-elle tout de go en sachant pertinemment que ma première question sera «Pourquoi?»

Je peux comprendre l’économie réalisée. Son 3 pièces et demie est chauffé, éclairé, avec le câble et le téléphone compris. Le wi-fi est gratuit dans les aires communes. Ses repas sont également inclus, à condition de se présenter en même temps que les autres dans la salle à manger. Mais quand même. Elle a seulement 20 ans et ses 115 colocs, de 67 à 97 ans. Gros party. Elle rit.

La directrice de l’endroit s’est inspirée d’une initiative aux Pays-Bas pour mettre son projet de l’avant. Nancy Comtois avait déjà une bonne idée des effets bénéfiques d’une approche qui a fait ses preuves.

Depuis quelques années, les élèves de l’école primaire du secteur rendent visite aux résidents des Marronniers. Des liens ont été tissés entre ces derniers et les enfants. La gestionnaire a eu envie d’aller un peu plus loin en ouvrant ses portes à deux étudiants prêts à vivre en permanence en compagnie d’hommes et de femmes qui ont quatre fois leur âge.

À sa grande surprise, son offre a été partagée plusieurs milliers de fois sur Facebook. Une vingtaine de candidatures ont été retenues pour passer à l’étape des entrevues. Joliane Plante, une étudiante en psychoéducation à l’Université du Québec à Trois-Rivières, a été choisie. Une autre jeune femme aussi, mais elle a récemment dû quitter pour des raisons de santé.

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