Six petits plants aux propriétés époustouflantes

CHRONIQUE / En croisant récemment un abri de jardin 10x10 qui servait de kiosque à deux ados employés pour vendre des bleuets dans une rue passante, je me suis dit que leur patron devait en vendre en mozus pour se permettre de payer deux personnes au salaire minimum pendant des journées entières. Mais peut-être avait-il simplement compris quelque chose qui m’avait jusque-là échappé...

Avec mes six petits plants de bluecrop, j’ai, moi aussi, déjà pensé sortir ma table pliante couverte de ma plus belle nappe achetée chez Simons pour vendre mes bleuets aux passants. Mais avec le temps que ça prend pour cueillir l’équivalent d’un pot de crème glacée Coaticook érable et noix, il me faudrait proposer mes petits fruits à un prix exorbitant. Difficile de faire compétition aux prix offerts en épicerie, que je me disais.

La semaine dernière, les bleuets « des États-Unis ou du Canada » se vendaient trois « gros contenants » pour 4,98 $ chez IGA. Les bleuets du Québec, eux, se détaillaient 4,49 $ la chopine chez Metro. Dans mon kiosque de fortune, il aurait fallu que je la trace où la fameuse ligne?

Eh bien, avec ce que j’ai lu récemment, je pense que je pourrais finalement faire des affaires d’or avec ma production de bleuets.

En plus, les miens sont bio !

Je devrais d’ailleurs me dépêcher à agir avant qu’un gourou de l’alimentation saine se mette à publier des photos de lui en train de se bourrer la face de muffins aux bleuets sur Instagram, tout en vantant les vertus quasi magiques de ce fruit proche parent de la canneberge.

Parce que oui, le bleuet a ce petit quelque chose d’extraordinaire. Imaginez, selon une étude britannique, ce fruit rendrait les enfants plus souriants ! C’est drôle, quand je demande aux miens d’aller en cueillir, ils ne rient pas du tout...

Plus sérieusement, les flavonoïdes qu’ils contiennent, qui sont des molécules antioxydantes, seraient l’élément clé permettant de gérer les troubles de l’humeur. En fait, le bleuet contient entre 25 et 30 antioxydants différents. Quand même.

Votre enfant fait la baboune ? Tendez-lui une poignée de bleuets ! Sachez que le phénomène fonctionne aussi sur un adulte. Ces petits fruits procureraient de la sérotonine et de la dopamine au corps, agissant ainsi comme des antidépresseurs sucrés. Les bleuets permettraient également une meilleure attention, une amélioration de la mémoire à long terme, de l’inhibition et de la mémoire visuospatiale.

Comme si ce n’était pas assez, ils amélioreraient la vision nocturne en plus d’agir sur l’ensemble de la santé oculaire. C’est drôle, chez nous, malgré qu’on soit quatre à manger des bleuets à la pelletée, on dirait que je suis la seule à voir que les plants débordent et attendent d’être vidés...

Et ce n’est pas fini. D’autres études dévoilent que les bleuets aident à soulager les crampes menstruelles. Ils servent d’anti-inflammatoires, protègent la vessie des bactéries et peuvent agir comme antidouleurs, car ils cachent le même élément médicamenteux que celui contenu dans l’aspirine, l’acide salicylique.

La cerise sur le sundae : les bleuets assurent le bon fonctionnement du système digestif et soulagent la constipation.

Je vous mets au défi de me trouver un seul médicament — j’accepterais même le générique — capable de faire tout ça. S’il existe, il doit se vendre 375 $ par mois. Je ne peux pas croire.

Donc pour être « dans les prix », je pense bien vendre mes bleuets entre 40 $ et 50 $ la chopine. Ça va dépendre de la grosseur des baies, car j’en ai des grosses et des petites.

Vous me trouvez « chérante » ?

Hey, on parle d’un superaliment, pas d’un pied de céleri !

Cet hiver, le céleri se vendait jusqu’à 6,99 $, parce qu’un illuminé du bien-être de Los Angeles l’a mis sur la mappe en vantant les propriétés antiseptiques, anti-inflammatoires et digestives de son jus.

Y a-t-il quelque chose de plus ennuyant qu’un jus de céleri ?

On est loin de tous les bienfaits que procure un beau bleuet bleu bedonnant.

En plus, c’est un fruit polyvalent qui se mange de l’entrée au dessert. Le céleri, quant à lui, est un légume qui sert plus souvent qu’autrement de décoration dans un Bloody Cesar (quoique les rubans de légumes et les pinces de homard lui ont damné le pion tout l’été...) ou encore à essayer de donner du goût à un macaroni chinois.

Avec le bleuet, on est complètement ailleurs. Il réduit les risques de cancer du côlon et, imaginez (et ça, ça pogne toujours au maximum) : il fait fondre la graisse abdominale !

Dans le fond, on ne devrait manger que ça dans la vie.

Le bleuet mérite d’être traité aux petits oignons. Pour les protéger davantage, je pense d’ailleurs utiliser autre chose qu’un filet troué. Désormais, les miens pousseront dans un coffre-fort.