Quand demain arrive (trop) vite

CHRONIQUE / Après avoir apposé ma signature sur des piles de formulaires d’autorisation pour des sorties à Jouvence, au musée, au ski, à Québec, au zoo, à la cabane à sucre, à Toronto, à la piscine, au parc, au théâtre, à Montréal, au cinéma, au verger, etc., parfois même avec une certaine désinvolture, cette semaine, l’encre de mon stylo a failli figer tellement j’ai gelé devant la xième fiche de consentement que me tendait cette fois ma grande. Je devais donner, ou non, mon accord pour qu’elle puisse aller visiter un cégep ! Elle achève son troisième secondaire ! Le cégep, j’en suis sortie hier : give me a break !

Heureusement, notre grande a déjà une bonne idée de ce qu’elle aimerait faire plus tard. Elle rêve d’enseigner le français... ou de posséder son propre petit café. Reste à savoir quelle voie elle décidera de suivre en premier.

Son père et moi aussi savions dès le secondaire ce que nous voulions faire une fois adultes. Lui s’alignait pour être prof d’éduc et moi, psychologue. Deux métiers que nous n’avons pratiqués que dans nos rêves. Tous deux sommes allés à l’université dans nos domaines respectifs, mais la vie nous a amenés ailleurs. Complètement. Ni un ni l’autre n’est malheureux de son sort pour autant. Reste que de devoir penser à son avenir à 14 ans, ce n’est pas toujours évident. Certains n’ont jamais préparé leur lunch seul. Ça fait une marche haute à monter.

Heureusement, il y a maintenant la TOP !

La quoi ? La Typologie Orientante Personnelle.

La TOP est un fascicule qui permet à un élève de troisième secondaire d’apprendre à se connaître. De découvrir les traits de personnalité qui le caractérise.

Bien sûr, à chaque type de personnalité, il y en a six, sont associés divers programmes d’études. Par des questions du genre « Je suis de nature très généreuse » ou « Je n’aime pas la lecture » auxquelles il faut répondre par Pas du tout/Un peu/Beaucoup ou Tout à fait, le jeune cumule des points pour ensuite faire ressortir ses deux personnalités dominantes. Une description est finalement liée à chaque type de personnalité (pratico-pratique, analytique, anticonformiste, sensible, ambitieux et prévoyant) auxquels sont collés des champs professionnels et, ensuite, des professions ou des métiers.

Dans le temps, on répondait aux questions du RIASEC. Un questionnaire qui découlait de la typologie de Holland. Le test nous disait alors si on était (R) réaliste, (I) investigateur, (A) artistique, (S) social, (E) entreprenant ou (C) conventionnel. Je me souviens seulement que je n’étais pas du tout du type entreprenant.

Les résultats de la TOP de ma fille l’ont dépeinte comme étant ambitieuse et anticonformiste. En plein elle. Des traits de personnalité rattachés à ce qu’elle aimerait faire comme métier. Je la trouve chanceuse, car le nombre de jeunes indécis face à leur avenir, même pas si lointain, doit être assez élevé.

Je me revois, au même âge, assise dans le bureau de mon orienteuse, à parler de ma passion pour la psychologie. Ça avait quelque chose de sécurisant. Ça m’a poussée à aller de l’avant. Ce n’est que quelques années plus tard, lors d’une sabbatique, que le RIASEC, et une bonne dose de détermination, m’a guidée vers le journalisme.

Mon domaine, plusieurs y sont arrivés par des chemins de traverse. Une voulait être architecte. L’autre gestionnaire d’entreprise. C’est leur amour de l’écriture qui les a menées vers la presse écrite. Certains ont même fait de grands détours pour, enfin, pouvoir déployer leur plume.

« Il faut toujours écouter sa première idée ou avoir un plan B, m’a confié mon voisin de bureau. Moi, j’ai toujours voulu écrire, mais j’ai croisé un “désorienteur”. Il m’a dit que jamais je ne pourrais gagner ma vie en écrivant dans les médias. Que j’allais finir par placer des cacannes à l’épicerie... Il m’a fait faire un christie de détour ! »

Dans une période d’inquiétude face à l’avenir de la presse écrite, il y a quelques années, j’ai entrepris une démarche d’orientation secrète. Je voulais savoir ce que je pourrais faire d’autre comme boulot. Au cas où. J’ai alors répondu à un questionnaire de l’espèce du RIASEC et de la TOP. Au terme de la démarche, on me disait que je devrais être... journaliste ! Je suis revenue au bureau en me disant que j’allais traverser la rivière une fois rendue au pont.

Pour le plaisir, j’ai répondu à la TOP récemment. Ma personnalité dominante est prévoyante. Dans la typologie de Holland, cela correspond au type de personnalité Conventionnel. Et c’est tout moi. Les personnes de ce type préfèrent les tâches précises, méthodiques et organisées. Elles aiment travailler dans un environnement en ordre et bien rangé et sont efficaces dans un boulot qui exige de l’exactitude. Pas surprenant alors que mon travail soit désormais plus orienté vers la coordination, la mise en page, la correction et l’édition. Dans le fond, la vie est bien faite. Le chemin à suivre, même s’il n’est pas balisé, nous mène souvent là où l’on doit être.

J’ai finalement signé l’autorisation de mon ambitieuse-anticonformiste. À la fin du mois, elle ira visiter le Cégep de Granby.

« Mais que tu étudies à Granby, Saint-Hyacinthe ou Sherbrooke, l’important, c’est que tu fasses ce que tu aimes », que j’ai toutefois tenu à lui dire.

Bon, ce n’est peut-être pas le conseil le plus payant, mais au moins, il colle à tous les types de personnalité.